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Lettrine--M-Cauvin-.jpgalgré l’agitation et le bruit de ces presque trois jours en Chartreuse, j’ai réussi à lire « Les pantoufles du samouraï » de Patrick Cauvin, profitant du fait qu’il est d’une lecture facile et que de toute façon, je pourrais lire sous les bombes. Tu dis ? C’est quoi un livre facile à lire ? Tu vois « Saint Genêt, comédien et martyr » de Sartre ? Ben… un livre facile à lire, c’est le contraire. Avant de chausser ces pantoufles là, j’ai dû passer outre un je ne sais quoi me retenant au bord de Cauvin, dont j’avais pourtant aimé « E=MC2 mon amour », et même « Pourquoi pas nous ? » mais dont « Le sang des roses » m’avait prodigieusement agacé. S’agissait-il pour l’auteur, avec ce livre, comme je crois le comprendre en essayant d’en étayer mes souvenirs à la lecture de ses critiques sur le Net, d’en finir avec la dichotomie de ses deux noms de plume et me serais-je alors trouvé « volé » de lire, signé Cauvin un livre plus dans la veine de Claude Klotz, son autre avatar ? Possible. Il est possible aussi que « Le sang des roses » soit juste un mauvais livre. Mais disons pour situer les choses que « Les pantoufles du samouraï » est clairement issu de la veine « tendre » de son auteur et remarquons au passage que les écrivains publiant sous deux noms de plume paraissent tous affligés des mêmes malédictions, genre : « Suis-je meilleur quand je suis un autre ? », question qui doit rendre bien perplexe quand on ne l’est pas déjà, puis très malheureux s’il en était besoin.

 

Je ne vous résume pas « Les pantoufles du samouraï », vous trouverez tout ce qui faut en cherchant un peu, mais je voudrais juste regarder avec vous de près quelques pièces de cette belle mécanique moulinant sans heurts dans l’air du temps.

 

Le personnage principal est un vieux. Je ne vais pas me lancer dans des considérations socio-philo qui seraient de toute façon hors de ma portée, mais il n’est nul besoin d’aller bien loin dans l’investigation pour constater que nos arts sont envahis par des hordes de vieux. Il doit y avoir un marché, ou alors ils sont moins chers, ou c’est peut-être juste qu’ils ont le fric et savent – eux – profiter de la vie.

 

Les personnages composent une foule pittoresque et bigarrées. J’utilise à dessein cette formule à la con de mauvais guide touristique pour faire le lien avec d’autres auteurs présentant comme Patrick Cauvin le talent (c’en est un) de composer des personnages aussi improbables qu’attachants. Là, on sera servi, avec une mention spéciale pour « Benjoin », veuve informe d’ambassadeur. On pourra penser à Pennac, quand il faisait du Pennac et à d’autres dont vous pourrez sans peine alimenter la liste au fil de vos propres lectures. Perso, j’aime bien la monstruosité ordinaire, que serait cet ici-carnet sinon ? et j’aime bien que la littérature témoigne de l’éternelle source de surprise qu’est l’humanité.

 

« Les pantoufles du Samouraï » mélange les genres. Oui, mais non™. C'est-à-dire qu’on peut lire ça et là, à propos de ce livre, que son auteur aurait bousculé les codes. Tout ça parce que son ouvrage utilise certains ingrédients du fantastique et du journal autobiographique pour écrire ce qui se révélera au final inclassable dans aucun de ces deux « genres ». On trouvera des plumes plus autorisées que la mienne pour argumenter que tout classement de la littérature en genres littéraires montre assez vite ses limites et ne donne finalement rien, la plupart des bons livres s’affranchissant très bien de toute nomenclature. Je me demande d’ailleurs si finalement, cette question ne se résume pas à celle de savoir dans quel rayon classer les ouvrages chez les marchands de livres ? Perso, j’ai plutôt eu chez Cauvin le sentiment d’une grande liberté d’écriture, l’auteur ne s’interdisant pas grand-chose, cuisinant au final un excellent pot-au-feu, à l’intention de convives dont il n’aurait pas eu envie de rassasier à l’avance les appétits carnivores ou strictement végétariens.

 

On est donc également loin (j’espère !) des calculs intéressés de ces trop nombreux auteurs adeptes du « deux (ou trois) en un » accommodant, par exemple, l’Histoire à la sauce thriller ou eau de rose, prétendant servir la soupe à plusieurs segment du lectorat, nous gavant de livres cumulant des avantages qu’on aura pris soin d’opposer avant et ne signant finalement que leur propre incapacité à s’adresser à tous. « Les pantoufles du samouraï » ne provoquera peut-être pas de choc esthétique, mais au moins personne ne sera-t-il obligé, pour le lire et l’apprécier, de renoncer pour partie à ce qu’il est, ou à ce qu’il aime.

 

Un livre finalement très littéraire. On aura compris que pour moi, c’est un compliment. On trouvera dans « Les pantoufles du samouraï » bien des plaisirs que procure la lecture quand l’écriture est en forme : des trouvailles, de la poésie, de l’humour, voire – mais n’est-ce pas un passage obligé ? – de la réflexion sur elle-même, comme en témoignent ces lignes de la page 48, dont j’apprécie la dérision sans partager tout à fait le point de vue :

Je continuerais bien à écrire mais je ne sais pas vraiment quoi. J’aime me trouver en compagnie de ce cahier et de mon stylo. Comme si je m’étais fait de nouveaux copains. J’en viens à me dire que l’un des secrets de l’écriture est complètement tactile, donc sensoriel. Tous se lancent dans de grandes explications : ah ! exprimer mes tourments, mes intérieurs superbes et douloureux, ma souffrance si unique, ma magnifique douleur, mes intestins incandescents, mon inspirations marquée des dieux, mon style inimitable, ma pensée délicate et constructive, mon humour corrosif et délié… en fait, ils ont chopé la manie d’avoir un stylo entre les doigts qu’ils aiment tripoter, et voilà l’explication. C’est comme les types qui mâchent du chewing-gum, mâcher devient un besoin, un TOC, pareil pour l’écriture.

1

On complétera agréablement la sympathique image de Patrick Cauvin en lisant ses réponses au questionnaire de l’Express. Il termine ainsi : Comment aimeriez-vous mourir ? En douce. Et qu'aimeriez-vous que Dieu vous dise? «Elle est là.» Je sais que ce serait ma mère. J'espère simplement qu'elle n'aura pas occupé son éternité à me tricoter un nouveau pull-over !

 

Jimidi

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