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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 10:17

 

 

Colette - Gérard Bonal - éditions Perrin - juin 2014 - pr

 

Quand on s’y arrête deux minutes, la lecture d’un ouvrage - quel qu’il soit - a ça d’un peu étrange qu’on fait sien, en quelques heures, un travail de longs mois, parfois de plusieurs années. Nous naviguons sur le long fleuve tranquille du livre fini, en étapes par nous seul choisies, sans bras morts, sans barrage, sans cataracte vertigineuse, assurés d’être portés jusqu’à la dernière page. Reste que ce cours d’eau, l’auteur a mis pour le creuser, le remplir, un temps sans commune mesure avec celui de notre navigation.

 

À ce raccourci temporel un peu injuste (pour l’auteur), la biographie en ajoute un autre, du même ordre, puisqu’elle prétend raconter une vie, une vie entière, en quelques centaines de pages. Plusieurs dizaines d’années de vie au départ, hop ! quelques jours de lecture à l’arrivée.

 

On sait par ailleurs que l’auteur nous apparaîtra d’autant plus talentueux et son livre d’autant meilleur que rien ne nous sera sensible de ses difficultés ou, pour continuer de filer la métaphore fluviale, sans que rien ne reste de ses nombreux coups de pioche et sans que l’eau qui nous porte n’ait le goût de sueur ni de larmes.  

 

À ces défis - comme si ce n’était pas encore assez - Gérard Bonal en ajoute plusieurs autres pour écrire son « Colette ». C’est sa biographie s’ajoutant à une bonne demi-douzaine d’autres et je ne compte que celles trouvées vite fait sur n’importe quelle librairie en ligne où n’apparaît aucun travail universitaire. De plus, c’est un livre sur une romancière, chroniqueuse, journaliste, critique, auteur dramatique, scénariste, épistolière… À se demander s’il reste un genre littéraire dans lequel elle n’ait pas réussi magnifiquement. C’est donc un livre sur une femme écrivant des livres, puisant d’ailleurs largement dans sa propre biographie. Tu vois l’écueil ? On ne peut pas être trop en dessous d’elle, on ne peut prétendre être au-dessus. Restait à côté. Mais ni trop loin, ni trop près.

 

C’est cette juste distance, trouvée, gardée, maîtrisée, qui me rend infiniment attachante la biographie de Colette écrite par Gérard Bonal. D’autant que, ultime défi, je soupçonne fort l’auteur d’être raide dingue de Colette, or il parait que l’amour rend aveugle. Ici, c’est exactement le contraire. C’est donc un livre d’amour, comme il existe des lettres d’amour - Colette en a écrit un bon paquet - mais c’est ici un attachement fait de milles attentions, d’infinie patience et d’un immense respect, y compris envers les autres biographes, essayistes, chercheurs déjà penchés sur le « cas » Colette.

 

Avec les éléments méticuleusement collectés par Gérard Bonal, on pourrait sans difficulté dresser un portrait de Colette très noir, du même noir dont elle soulignait ses yeux. Sans entrer dans le détail - où serait le charme de la découverte sinon ? - disons qu’elle ne s’est pas interdit grand-chose. Le biographe sous-titre d’ailleurs son ouvrage d’un : « Je veux faire ce que je veux » tout à fait à propos. Elle a collectionné les scandales et les sulfures. Mais peut-être la véracité même de ce qui nous est rapporté par Gérard Bonal donne-t-elle la mesure de son attachement à Colette ? Je m’explique. Ce qui étonne, séduit puis ébloui à lire Colette et qui signe pour moi son génie, c’est l’inexplicable disproportion entre le peu de moyens semble-t-il à l’œuvre et l’impression produite. Ses mots, on croyait les connaître, mais elle en fait du jamais vu, du jamais lu, qui touche simplement, terriblement. C’est donc en confiance que Gérard Bonal ne fait pas l’économie du sordide, du mesquin, du malsain, il sait la capacité de Colette de transformer ce plomb en or (également en argent, d’ailleurs), elle s’est assez battu pour ça. Il veut croire que cet or là, celui de l’œuvre, rien de ce qu’à vécu son auteur ne pourra jamais le ternir. Je le crois volontiers avec lui.

 

 

 

Encore deux anecdotes et un remerciement, je peux ? Pour les anecdotes, je connaissais l’une et j’ai découvert avec ravissement l’autre dans le livre de Gérard Bonal. Connu : le « système Willy » J’adore positivement cette histoire d’écrivain n’écrivant pas. Je rêve de ça. Je ne dois pas être le seul : on connaît les tentatives (tout à fait réussies d’ailleurs) de générateurs automatiques de texte. Voir les travaux de Jean-Pierre Balpe sur cette question. Le « système Willy » ne devait rien à l’informatique mais consistait « simplement » à demander trois lignes d’intrigue à l’un, puis à les transmettre au suivant en le priant d’étoffer un peu, puis à un autre pour, j’imagine, doper les dialogues par exemple et l’on peut extrapoler comme ça une « chaîne » de production littéraire le long de laquelle chacun serait chargé, je ne sais pas moi, des décors, des costumes, des scènes d’amour… tu vois le truc ? Bon, ok, pour Willy, c’était un peu crapuleux vu qu’à l’arrivée, il signait de son seul nom, mais ça interroge la notion même d’auteur d’une façon très moderne, je trouve.

L’autre anecdote, ahurissante, est à situer dans le cadre plus large de la prédestination, autrement dit de la recherche, dans l’entourage, la famille, la généalogie des artistes, de quoi fonder le « Ah ben oui ! Forcément… » qui n’explique absolument rien mais rassure sur le fait que les chiens ne font pas des chats et que la pomme ne tombe jamais très loin du pommier. Sauf qu’à chercher dans les proches de Colette ceusses qui auraient eu des velléités d’écriture, on trouve. On trouve Sido, sa mère dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle maniait la plume pour écrire à sa fille et on trouve son père qui - on croit rêver - faisait relier pleine peau, titres au fer à dorer, d’épais volumes DE PAPIER BLANC, dans lesquels il projetait, un jour, d’écrire les livres en question !  Mouhahaha ! J’adore également cette histoire, qui, tiens ? interroge également la notion d’auteur, mais d’une autre façon.

 

Enfin, merci à Gérard Bonal de m’avoir fait parvenir son livre. N’y voit aucune collusion, cher lecteur suspicieux : il avait eu l’indulgence d’aimer mon article sur son également très bien « Colette journaliste », la gentillesse de s’en souvenir à la sortie de sa biographie et l’imprudence de m’en faire part juste avant mon anniversaire.

 

 

 

2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 15:53

Colette---Gerard-Bonal---editions-Perrin---juin-2014---pr.jpg

 

 

Il y a... hûm ! quelques temps de ça, j'écrivais le plaisir que j'avais eu à lire "Colette journaliste", de Gérard Bonal et Frédéric Maget. Gérard m'avais fait le très grand honneur d'un commentaire et il s'est souvenu du Carnet de Jimidi alors que sort aux édition Perrin son "Colette".

 

Je dis ça, je dis rien, mais mon aniversaire, c'est le 6.

 

(Depuis, hi hi ! j'ai reçu le bouquin. J'ai le nez dedans, là.) 

 


Colette journaliste - Gérard Bonal & Frédéric Maget - Seuil, mars 2010

 

Colette-journaliste.jpg

 

 

Peut-être le meilleur angle pour attaquer cet article* sur Colette journaliste serait-il de suivre son judicieux conseil ; elle l'adressait à Georges Simenon dans les années vingt quand elle était directrice littéraire au journal Le Matin : « Vous savez, j’ai lu votre dernier conte […]. C’est presque ça, mais ce n’est pas ça. Il est trop littéraire. Il ne faut pas faire de la littérature, et ça ira. » Ce conseil peut paraître étrange, venant d’une écrivain* s’adressant à un autre, mais il a le mérite ne nous faire entrer de plein pied dans la seule question qui m’intéresse ici : celle de l’écriture. 

 

Sans doute avez-vous de Colette une image un peu floue. Il est assez peu probable que vous la teniez comme moi dans cette poignée d’auteurs essentiels dont on retrouverait facilement l’ADN littéraire dans ce que j’écris. Il est encore moins probable que vous soyez également en train de lire « Colette journaliste » paru au Seuil en mars dernier. On peut donc raisonnablement penser qu’elle est pour vous l’auteur de la série des Claudine et peut-être même n’avez-vous jamais rien lu d’elle, du moins rien qui vous permette de la distinguer dans la foule pressée des grands écrivains francophones. Pas grave. On va faire avec ça.

 

Le premier mérite de Colette journaliste est de flinguer cette caricature d’écrivain rédigeant à l’écart du monde son immortelle œuvre romanesque, mais acceptant de loin en loin de basses besognes rédactionnelles pour faire bouillir sa marmite et regrettant de se voir alors détourné de sa vraie mission. C’est ce qu’avait en tête Sido, la mère de Colette, citée par les auteurs (p 17) : « Tu prends un engagement bien lourd envers Le Matin. C’est la fin de tes œuvres littéraires, tes romans. Rien n’use les écrivains comme le journalisme. » Elle se trompait. Littérature et journalisme entretiennent heureusement - en tout cas pour Colette - des rapports beaucoup plus complexes et beaucoup plus féconds qu’un simple antagonisme.

 

Peut-être faut-il rappeler comment Colette vint à la littérature ? Elle est très jeune, mariée à vingt ans avec Willy, qui a le chic pour faire écrire les autres à sa place mais signer de son nom. Il lui demande d’écrire des petites choses charmantes. Elle s’exécute consciencieusement à la plume sur des cahiers d’écolier, écrivant ce qui deviendra « Claudine à l’école ». Willy jette un œil sur le résultat et trouve ça impubliable. L’un et l’autre passe à autre chose jusqu’à ce que deux ans plus tard, retrouvant les cahiers, Willy réalise enfin ce qu’il tenait là. Il publie sous son nom « Claudine à l’école ». Le succès est immédiat et Willy presse bien sûr Colette d’en écrire d’autre, ce qu’elle fait, trois fois : Claudine à Paris, Claudine en ménage, Claudine s'en va, tous publiés sous le nom de Willy. La suite est connue : divorce et autonomie littéraire. Colette rate de peu le Goncourt pour « La vagabonde » en 1910. Elle a trente sept ans. Ajoutez à ça que les « Claudine » ont immédiatement été adaptées pour le théâtre, que « La vagabonde » a d’abord été publiée en feuilleton, que Colette publiait également des compiles plus ou moins réécrites des articles qu’elle écrivait pour les journaux et on en aura fini une bonne fois avec cette idée de l’écrivain déchiré entre son œuvre romanesque noble, mais ne rapportant rien, et ses travaux de commande payant le loyer.

 

Pour Colette au moins, ça ne fonctionne pas comme ça et c’est sans doute un des aspects qui me la rend si attachante puisque je suis persuadé, de longue date qu’écrire sur commande, ou sous contrainte est la seule façon de mettre en œuvre cette idée que la liberté créatrice, (comme peut-être toutes les libertés) ça se gagne tous les jours.

 

Une fois l’écrivain bien située dans le contexte de ses publications (on exagèrerait à peine en parlant de son processus de production ) on peut enfin lire Colette journaliste non comme de la mauvaise herbe risquant d’étouffer l’arbre fruitier mais bien comme l’abondant, le profond humus et le semis d’éblouissantes récoltes.

 

L’ouvrage de Gérard Bonal et Frédéric Maget, ne prétend pas donner l’intégral de ce que Colette a publié dans les différents journaux avec lesquels elle travaillait - les auteurs ont recensé plus de 1260 textes écrits en cinquante ans - juste une petite deux centaine, laissant de côté (j’imagine ) ceux déjà publiés en d’autres recueils. Ils ne sont pas très explicites sur leurs critères de choix, mais leur intention est claire : « Réunir un volume des textes éparpillés à travers les titres et les années pourrait sembler, à première vue, une sorte de crime de lèse-Colette, si l’on ne savait pas que l’écrivain elle-même agissait de la sorte. Modestement, c’est donc un ouvrage supplémentaire que nous avons voulu ajouter à la liste des œuvre de Colette. Peut-être celui-là même qu’en 1927 - déjà - le journaliste Robert Brisacq appelait de ses vœux : "Nous réclamons d’un éditeur avisé qu’il groupe ces pages où nous retrouvons la Colette que nous aimons, avec des yeux bien ouverts sur le monde. "»

 

Arrivés là, il est assez probable que ceux d’entre vous n’ayant pas déjà cliqué ailleurs, se demandent de quoi Colette peut bien parler dans ses fameuses chroniques et reportages. Ça tombe mal, parce qu’on s’en fout. On aura compris qu’elle n’était pas libre de ses sujet puisqu’ils étaient déterminés par ses employeurs : critiques de spectacles, chroniques judicaires, reportages sur des événements mondains… et c’est peu dire que l’actualité théâtrale, judiciaire ou mondaine de la première moitié du siècle dernier, on s’en tape grave. Ou plutôt, on s’en taperait grave sous la plume d’une autre. Pour être tout à fait honnête, il faut donc bien convenir que ces textes s’apprécient plutôt que par leurs sujets en ce qu’on y retrouve de façon discontinue et moins dense les qualités plus immédiatement frappantes dans l’œuvre romanesque, comme après une distillation réussie. Je te le fais plus court : Ça se lit comme on boit du petit lait, mais on peut préférer les fromages.

 

Reste l’écriture, ce qu’on résumerait sans grand profit par le « style » mais qui est avant tout (et peut-être seulement) un rapport au monde. C’est bien les qualités de ce lien là, de cette tresse si personnelle de mots entre une personne et tout le reste qui rend Colette si attachante. On pourrait parler de la langue, du phrasé, du vocabulaire, des images. Je dis « on » pour dire « d’autres » puisque perso, je n’y connais rien, mais ça ne m’empêche ni de goûter le résultat, ni de constater une nouvelle fois qu’il vaudrait mieux parler pour chaque auteur de ses différentes écritures. Je l’ai dit, on retrouve dans Colette journaliste les qualités de Colette romancière mais son écriture est sensiblement différente. C’est par exemple la différence toute bête consistant à écrire la plupart de ses chroniques à la première personne. Là, point de narratrice, le lien avec le lecteur est à la fois très personnel et très direct. C’est ce qui fait penser aux blogs - il fallait y venir - avec l’éclectisme des sujets et la taille des textes. Mais du coup, lancé moi-même depuis quelques temps déjà dans l’aventure consistant à vous fournir un peu de lecture sur mes carnets électroniques, je trouve très encourageant qu’un auteur que j’apprécie tout particulièrement ait ouvert sans se renier une voie assez semblable il y a presque un siècle, pour y réussir magnifiquement.

 

Jimidi

 

 

 

* Qu’on se le dise, j’adopte dans la mesure du possible le terme employé par mon hébergeur pour désigner les contenus édités en ligne. Pour Haut&fort c’était des notes, pour Overglog (et Wordpress) ce sont des articles.

 

* Ça y est, je crois que j’en ai marre de la féminisation monstrueuse genre « auteure » et « écrivaine » donc à partir de dorénavant et jusqu’à désormais, ce sera : une enfant, une ministre, une auteur, une écrivain, une professeur, une médecin et une petite bière fraîche c’est pas de refus.

 

 



 

Parmi les commentaires recueillis lors de la publications de cet article, avant son archivage sur cette page :

 

Cher Jimidi, Bravo et merci pour cet article très sympa sur notre livre (ou plutôt sur le livre de Colette !) "Colette journaliste". Je suis heureux de rencontrer quelqu'un pour qui Colette est un auteur essentiel. Merci ! Gérard Bonal le 15/09/2010

 

Ouaou ! Cher Gérard (j'ose !) c'est à mon tour d'être extrêmement touché que vous ayez pris la peine de me lire et de poster un commentaire à la suite de mon article sur votre excellent livre. Vous me faites une joie qui paye de bien des silences. Y'a même un peu de rab pour les jours plus sombres. Je vous souhaite le meilleur pour la suite de vos travaux. Jimidi le 15/09/2010

 

Merci Jimidi de votre message. J'aimerais bien parler de Colette avec vous. Nous avons Frédéric et moi de grands projets colettiens. faites-moi signe. gerardbonal@wanadoo.fr A bientôt. Je compte sur vous Gérard Bonal le 16/09/2010

 

Bougez pas, j'arrive. Jimidi le 16/09/2010

 

 

 


 

 

 

Les artistes se mobilisent pour sauver la maison natale de Colette, et célébrer l’une des plus grandes femmes de lettres française. Un spectacle original composé de lectures, d’extraits de films et d’images d’archives, de musique...

 

Colette-1.jpg

 

Colette, nous sommes encore dans votre monde, nous n’en pouvons pas sortir, nous n’en voulons pas sortir, car il dure plus longtemps, il est plus vrai que le nôtre.  

 

J.M.G. Le Clézio

 

 

 

Je veux faire ce que je veux (Dialogues de bêtes)

 

Toute sa vie, Colette revendiqua sa liberté et son indépendance. « Faire ce que je veux », c’était pour elle refuser les limites d’un genre ou d’une profession, pouvoir être à la fois, romancière, dramaturge, journaliste, artiste de music-hall ou marchande de produits de beauté, se jouer en amour des normes et des conventions, refuser les diktats de la mode qui asservissent le corps de la femme, faire en littérature l’école buissonnière et n’être d’aucune chapelle. Dans cette vie de vagabondages, que n’arrêtèrent ni l’âge ni la maladie, il y eut un point fixe, un centre et un secret d’où sont nées les plus belles pages de l’oeuvre : la maison natale, la célèbre Maison de Claudine. Aujourd’hui, la maison natale de Colette est en danger. Mise en vente il y a plus de deux ans par ses actuels propriétaires, elle se dégrade lentement et pourrait bientôt fermer définitivement ses portes aux amoureux de Colette, comme aux autres curieux qui n’imaginent pas un séjour dans la région sans un passage par le village natal de l’écrivain. C’est une part importante de notre patrimoine littéraire et culturel qui risque de disparaître. Le fonds de dotation « La Maison de Colette » et la Société des amis de Colette souhaitent sensibiliser les pouvoirs publics (état, Région, Département, Commune) et les mécènes privés à la nécessité de racheter et d’aménager la maison pour l’ouvrir au public. On estime le budget nécessaire à 300.000 euros.

 

Foulques de Jouvenel, Président du fonds de dotation «la Maison de Colette» - Frédéric Maget, Président de la Société des amis de Colette

 

Ont déjà donné leur accord : Mathieu AMALRIC et les actrices de Tournée Carole BOUQUET Leslie CARON Danièle DELORME Arielle DOMBASLE Andréa FERRÉOL Guillaume GALLIENNE Andy GILLET JULIETTE Doris LAMPRECHT François LE ROUX Claire NEBOUT Micheline PRESLE Didier SANDRE Sabine VATIN Karen VOURC’H et avec l’amicale collaboration de Robert CARSEN Sous le haut patronage de Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication, et Bertrand Delanoë, maire de Paris Avec le soutien de l’Académie française, et de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique en partenariat avec le Conseil général de l’Yonne et la Région Bourgogne

 

 Colette-2.jpg

 

 

« J’ai lu votre conte », me dit Colette. « C’est presque ça, mais ce n’est pas ça. Il est trop littéraire. Il ne faut pas faire de la littérature, et ça ira ». Supprimer la littérature, qu’est-ce qui restait ? Alors j’ai essayé d’être le plus simple possible. C’est le conseil qui m’a le plus servi dans la vie. Georges Simenon

 

C’est la seule personne au monde qui sache faire des bulles de savon avec de la boue. Jean Cocteau

 

Qui est Colette ?

 

La vie de Colette est l’histoire d’une conquête acharnée de la liberté. De l’indépendance. Indépendance financière: «Je gagne ma vie ! Le music-hall, où je devins mime, danseuse, voire comédienne à l’occasion, fit aussi de moi, tout étonnée de compter, de débattre et de marchander, une petite commerçante honnête et dure. C’est un métier que la femme la moins douée apprend vite, quand sa liberté et sa vie en dépendent…». Indépendance sociale : trois mariages, deux divorces et des amours féminines vécues sans hypocrisie. Qui est-elle cette mince jeune femme, cachée derrière le nom de son mari – Willy –, qui publie Claudine à l’école en 1900 ? Claudine, la première héroïne vraiment moderne du siècle, fruit vert inattendu et savoureux qui fera grincer quelques dents… 40.000 exemplaires vendus en deux mois. Un triomphe pour l’époque. Colette Willy est lancée, définitivement. Elle ne quittera plus le devant de la scène. A commencer par celle des music-halls, où elle se produit régulièrement de 1906 à 1912, n’hésitant pas à se montrer nue en jouant la pantomime. Sans craindre le scandale. «Je veux faire ce que je veux », écrivait-elle à l’aube de sa carrière. Elle l’a fait. Les livres, avec une soixantaine de titres où brillent quelques chefs-d’oeuvre de la littérature : Sido, Chéri, La Vagabonde, La Maison de Claudine… Le journalisme – Le Figaro, Marie-Claire, Le Matin, etc.– et même le commerce des produits de beauté, puisqu’elle lance la marque Colette en 1932, devenant ainsi une des premières à faire de son nom une marque. D’autres suivront, à qui elle a montré la voie… Elle a traversé toutes les modes, elle les a parfois inventées – les cheveux courts dès 1902, Saint-Tropez qu’elle est une des premières à fréquenter dans les années vingt… Elle a façonné sans le vouloir, rien qu’en vivant selon son bon plaisir, une image de la femme contemporaine. Libre, audacieuse, indépendante. A tel titre que beaucoup de femmes, aujourd’hui encore, la considèrent comme une sorte de modèle. Par ce regard aigu qu’elle porte sur les êtres, par sa manière singulière, basée sur les sens, d’appréhender le monde, elle reste unique dans l’histoire de la littérature française. Et dans l’Histoire de France car Colette est, encore aujourd’hui, la seule femme à avoir eu l’honneur d’obsèques nationales, en 1954.

Gérard Bonal

 

Soirée Colette en scène - Mardi 9 novembre 2010 à 20h30 Théâtre du Châtelet 2, rue Edouard Colonne 75001 Paris Réservations ouvertes par téléphone 01 40 28 28 40 du lundi au samedi de 10h à 19h par Internet www.chatelet-theatre.com aux caisses 1, place du Châtelet 75001 Paris du lundi au samedi de 11h à 19h Contact presse Anne Marret 01 40 28 29 30 amarret@chatelet-theatre.com assistée de  Martin Coulon 01 40 28 29 31 mcoulon@chatelet-theatre.com

 

 

9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 09:16

(Z'ont du m'entendre : 15 pages seulement de pub dans le numéro daté du 8 mars, et le rédactionnel commence page 4)


M-magazine--1er-mars-2014---Couverture-.jpg

 

Trop ! Beaucoup trop de publicité (à mon goût) dans M, le magazine du Monde daté du 1er mars. En voilà l’inventaire page par page. La publicité s’affichant comme publicité est en rouge, la publicité s’affichant comme reportage photo en orange et le rédactionnel, le vrai, en vert. 

 

1

Couverture

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151

 

2

Ralph

Lauren

52

 

102

 

152

 

3

53

Maje

103

Recylum

153

 

4

 

Chanel

 

54

 

104

 

154

 

5

55

Liu.Jo

105

 

155

 

6

56

Sandro

106

 

156

 

7

57

107

 

157

 

8

Giorgio

Armani

58

 

108

 

158

 

9

59

Vichy

109

 

159

 

10

Prada

60

 

110

 

160

 

11

61

Marc O’Polo

111

 

161

 

12

Versace

62

 

112

Américan

Vintage

162

 

13

63

Forte Forte

113

 

163

 

14

Michael

Kors

64

 

114

 

164

 

11

65

Sephora

115

 

165

G. Sjoden

16

Chloé

66

 

116

 

166

 

17

67

Ikks

117

 

167

 

18

D.&Gabbana

68

 

118

 

168

 

19

 

69

 

119

 

169

 

20

Dior

70

 

120

 

170

 

21

 

71

Emirates

121

 

171

 

22

Céline

72

 

122

 

172

 

23

73

 

123

 

173

 

24

Gucci

74

 

124

 

174

 

25

 

75

 

125

 

175

 

26

Kenzo

76

 

126

 

176

 

27

 

77

 

127

 

177

 

28

 

78

 

128

 

178

 

29

Miu miu

79

 

129

 

179

 

30

 

80

 

130

 

180

 

31

S. Ferragamo

81

 

131

 

181

 

32

 

82

 

132

 

182

Le Monde

33

Sonia Rykiel

83

 

133

 

183

 

34

 

84

 

134

 

184

 

35

Longchamp

85

 

135

 

185

 

36

 

86

 

136

 

186

 

37

Hugo Boss

87

Crédit A.

137

 

187

 

38

 

88

 

138

 

188

Le Monde

39

B. Cucinelli

89

 

139

 

189

 

40

 

90

Crédit A.

140

 

190

 

41

Le bon marché

91

 

141

 

191

 

42

 

92

 

142

 

192

Le Monde

43

 

93

 

143

 

193

 

44

R. Cavalli

94

 

144

 

194

 

45

MaxMara

95

 

145

 

195

(Divers)

46

96

 

146

 

196

Vuitton

47

Carven

97

 

147

 

 

 

48

 

98

 

148

 

 

 

49

 

99

 

149

 

 

 

50

Paule Ka

100

Head Genève

150

 

 

 

25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 23:21

 

 

 

On pourra s’en étonner - moi également, vu les doses de SF que je me suis enfilées depuis des années - mais jusque là, j’étais passé à côté du « Neuromancien » de William Gibson. Rétrospectivement, je m’en étonne d’autant plus que le livre a fait date, raflé tous les prix, a été vendu à un nombre indécent d’exemplaires, lus par au moins autant de gens. Il faisait parti des Ebooks affectueusement chargés par ma Gra-gra sur le Kindle qu’elle m’a offert à Noël.

« Neuromancien » sort en 1984 (année SF par excellence !) et donc, je passe complètement à côté jusqu’en fin 2013. C’est tant mieux : on attend toujours trop d’un livre précédé par sa réputation. N’étant en attente de rien, c’était cadeau. C’est effectivement un livre qui compte. Pas par son histoire, ébouriffée, quasi impossible à suivre, mais par le monde qu’il propose, d’une rare et dense cohérence. Je ne sais pas si tu as remarqué, mais les mondes de SF (tout particulièrement au cinéma), sont le plus souvent très proprets. Là, pas vraiment. C’est un monde futurible, qui affiche son histoire en couches superposées, que l’auteur donne à voir comme autant de plaies ouvertes, infectées. Un monde voisin de ceux de Matrix et Blade Runner, très crédible. Le tout est servi par une écriture flamboyante, inventive et c’est pour elle qu’il faut lire ce livre. J’espère en rendre compte avec ces extraits, piqués un peu au hasard, à part le premier et le dernier puisqu’ils ouvrent et ferment l'ouvrage.

 

 

 

Le ciel au-dessus du port était couleur télé calée sur un émetteur hors service.

« Faudrait pas m’prendre pour un camé, entendit dire Case tandis qu’il se frayait un passage dans la foule pour gagner la porte du Tchat. C’est juste que mon organisme souffre d’une énorme carence en drogue. » C’était un accent de la Conurb et une vanne de la Conurb. Le Tchatsubo était un bar pour expatriés de profession ; vous pouviez y zoner une semaine sans jamais entendre deux mots de japonais.

Ratz officiait au comptoir, avec son bras artificiel qui tressautait sur un rythme monotone pour remplir les chopes de Kirin-pression. Il vit Case et lui sourit de toutes ses dents : treillis d’acier est-européen et de caries brunâtres. Case se trouva une place près du bar, entre le bronzage improbable d’une pute à Lonny Zone et l’uniforme impeccable d’un grand marin africain dont les pommettes s’ornaient des balafres régulières de marques tribales.(…)

 

 

(…) Sa laideur était épique. En un temps où la beauté était devenue denrée accessible, il y avait quelque chose de chevaleresque dans sa façon de la refuser. Le bras antique grinça lorsqu’il le tendit pour servir une autre chope. C’était une prothèse militaire russe, un manipulateur à sept degrés de liberté et rétroaction sensorielle, sous une enveloppe de plastique rose sale. (…)

 

 

(…) La Cité de la nuit était comme une expérience folle de darwinisme social, conçue par un chercheur las, le pouce pressé en permanence sur la touche d’avance rapide. Vous cessiez de trafiquer et vous couliez sans laisser de trace, mais que vous avanciez un peu trop vite et vous brisiez la fragile tension superficielle du marché noir ; d’un côté comme de l’autre, vous étiez largué, et ne restait de vous que quelque vague souvenir dans l’esprit d’un vieux meuble comme Ratz, même si votre cœur, vos poumons ou vos reins pouvaient éventuellement survivre dans les cuves des cliniques au profit de quelque étranger pourvu de nouveaux yens.

Ici, le bruissement des affaires créait un bourdonnement subliminal constant et la mort était la punition acceptée pour cause de paresse, négligence, manque de grâce, inaptitude à se conformer aux exigences d’un protocole complexe. (…)

 

 

(…) Il l’avait trouvée, un soir de pluie, dans une galerie de jeux.

Dans la lueur des spectres qui brûlaient à travers la brume bleue de la fumée de cigarettes, des hologrammes du « Château du magicien », de la « Guerre de blindés en Europe », des « Gratte-ciel de New York »… Et voilà qu’il se souvenait d’elle ainsi, baignée de la mouvante lumière laser, les traits réduits à un code : éclats d’écarlate sur les pommettes tandis que brûle le Château du magicien, le front baigné d’azur lorsque Munich tombe dans la Guerre des blindés, la bouche effleurée d’or brûlant quand le curseur glissant arrache des étincelles aux parois du canyon entre les gratte-ciel. Il planait sec cette nuit, avec une brique de la kétamine de Gage en route pour Yokohama et le fric déjà dans la poche. Il arrivait de sous la pluie tiède qui grésillait sur le pavé de Ninsei et, d’une certaine manière, il ne pouvait voir qu’elle, un visage parmi d’autres devant les consoles, absorbée dans la partie qu’elle jouait. L’expression sur ses traits, à ce moment-là, avait été celle qu’il devait découvrir, des heures plus tard, sur son visage assoupi dans un cercueil du côté du port, le trait de la lèvre supérieure pareil à celui que les enfants dessinent pour figurer un oiseau en plein vol. (…)

 

 

(…) Il pivota et frappa du plat de la semelle en nylon de ses tennis la porte en synthétique laqué bleu située tout au bout ; faisant éclater le cadre et s’effondrer le panneau de matériau bon marché. Dedans : l’obscurité, la courbe blanche du carénage d’un terminal. Puis il se jeta sur la porte de droite, les deux mains sur le bouton de plastique transparent, appuya de toutes ses forces. Quelque chose craqua et il se retrouva à l’intérieur. C’était là que Gage et lui s’étaient réunis avec Matsuga, mais quelle que fût la firme-écran que manipulait ce dernier, elle avait depuis longtemps disparu. Plus de terminal, plus rien. La lumière de la ruelle derrière la galerie, qui filtrait à travers le plastique crasseux. Il distingua la courbe serpentine d’un câble de fibres optiques qui saillait d’une prise murale, une pile de conteneurs de nourriture vides, et la nacelle d’un ventilateur électrique privé de ses pales. (…)

 

 

(…) La matrice tire ses racines des jeux vidéo les plus primitifs, expliquait la voix hors champ, des tout premiers programmes graphiques et des expérimentations militaires avec les connecteurs crâniens. » Sur le Sony, une guerre spatiale en deux dimensions s’évanouit derrière une forêt de fougères générées de manière mathématique, démontrant les possibilités spatiales des spirales logarithmiques ; insertion d’une séquence d’archives militaires bleu glacé : animaux de laboratoire câblés sur des dispositifs d’expérimentation, casques branchés sur les circuits de contrôle de mise à feu de blindés et d’avions de combat. « Le cyberspace. Une hallucination consensuelle vécue quotidiennement en toute légalité par des dizaines de millions d’opérateurs, dans tous les pays, par des gosses auxquels on enseigne les concepts mathématiques… Une représentation graphique de données extraites des mémoires de tous les ordinateurs du système humain. Une complexité impensable. Des traits de lumière disposés dans le non-espace de l’esprit, des amas et des constellations de données. Comme les lumières de villes, dans le lointain… »

— C’est quoi ? demanda Molly, comme il manipulait le sélecteur des canaux.

— Une émission pour les gosses. (…)

 

 

 

(…) L’omnibus entra dans la station avec fracas, longeant le ruban noir du rail d’induction, dans un nuage de fine poussière arrachée aux fissures de la voûte du tunnel. Case monta dans la voiture par la porte la plus proche et observa les autres passagers durant le trajet. Un couple de scientistes chrétiens à l’air prédateur se dirigeait vers un trio de jeunes techs qui portaient au poignet des hologrammes de vagins idéalisés, scintillement rose moite sous la lumière dure. Les techs humectèrent leurs lèvres impeccables, nerveuses, lorgnant les scientistes chrétiens dessous leurs paupières métalliques baissées. Les filles ressemblaient à de grands herbivores exotiques, élancés, ondulant avec une grâce inconsciente au rythme des mouvements du train, leurs talons hauts comme des sabots polis sur le métal gris du plancher de la voiture. Avant qu’elles n’aient pu détaler pour fuir les missionnaires, le train pénétrait dans la station où descendait Case. (…)

 

 

(…) Elle sortit un mouchoir de batiste de la manche de son blouson noir et polit ses incrustations. Le paysage du nord de la Conurb éveillait dans la mémoire de Case des souvenirs d’enfance confus, touffes d’herbe morte dans les fissures des plaques de béton d’une chaussée d’autoroute.

Le train se mit à décélérer à dix kilomètres de l’aéroport. Case regarda le soleil se lever sur le paysage de son enfance, sur les terrils abandonnés et les coques rouillées des raffineries. (…)

 

 

(…) Leur chambre aurait pu être celle de Chiba où il avait fait la connaissance d’Armitage. Il gagna la fenêtre, au matin, s’attendant presque à découvrir la baie de Tokyo. Il y avait un autre hôtel en face. Il pleuvait toujours. Quelques écrivains publics avaient trouvé refuge dans les embrasures de porte, leur antique imprimante vocale protégée sous une feuille de plastique transparente, preuve évidente que la parole écrite jouissait encore ici d’un certain prestige. C’était un pays stagnant. Il vit une berline Citroën d’un noir terne, un antique modèle à piles à combustible, dégorger en bas de l’immeuble cinq officiers maussades en uniforme vert froissé. Ils pénétrèrent dans l’hôtel de l’autre côté de la rue. (…)

 

 

(…) Ils longèrent avec l’Arménien une large allée, abritée sous des feuilles de plastique maculées de suie tendues sur des charpentes en ferraille peinte en vert qui dataient de l’âge de la vapeur. Un millier de pubs suspendues s’y tortillaient en clignotant. (…)

 

 

(…) Case tourna la tête et chercha à distinguer la silhouette des vieux terminaux d’Orly mais l’aire d’atterrissage de la navette était clôturée par de gracieux déflecteurs de souffle en béton mouillé. Celui le plus proche du hublot portait un slogan en arabe bombé à la peinture rouge.

Il ferma les yeux et se dit que la navette n’était jamais qu’un gros avion, un qui volait très haut. À l’intérieur, ça sentait comme dans un avion, odeur de vêtements neufs, de chewing-gum et d’épuisement. Il attendit, écoutant un air de koto diffusé par les haut-parleurs.

Vingt minutes, puis la gravité lui tomba dessus comme une grande main douce aux os mégalithiques. (…)

 

 

 

(…) La drogue le percuta comme un express, une colonne de lumière chauffée à blanc qui lui remonta la moelle épinière depuis la région de la prostate, illuminant ses sutures crâniennes des rayons X d’une énergie sexuelle court-circuitée. Ses dents se mirent à chanter dans leurs alvéoles comme autant de diapasons, chacune parfaitement accordée et limpide comme l’éthanol. Sous la brumeuse enveloppe de chair, ses os étaient chromés et polis, les articulations lubrifiées d’une fine pellicule de silicone. Des tempêtes de sable faisaient rage sur le plancher décapé de son crâne, générant des ondes de parasites aiguës et fines qui venaient lui éclater derrière les yeux, sphères du plus pur cristal, se gonflant…(…)

 

 

(…) Il consacra le plus gros de son compte en Suisse à s’acheter un pancréas et un foie neufs, et le reste dans l’achat d’un nouvel Ono-Sendaï et d’un billet de retour pour la Conurb.

Il trouva du travail.

Il trouva une fille qui s’appelait Michael.

Et par une nuit d’octobre, alors qu’il se cliquait devant les rangées écarlates de l’Électronucléaire de la Côte Est, il vit trois silhouettes, minuscules, impossibles, qui se tenaient à l’extrême lisière de l’un des vastes niveaux de données. Si petites qu’elles fussent, il put néanmoins distinguer les traits du garçon, ses gencives roses, l’éclat des yeux allongés gris qui avaient été ceux de Riviera. Linda portait toujours son blouson ; elle lui fit un signe, au passage. Mais la troisième silhouette, toute proche d’elle, un bras passé sur son épaule, c’était lui-même.

Et quelque part, tout près, le rire qui n’en était pas un.

Jamais il ne revit Molly.

 

 

Vancouver

Juillet 1983

 

 Il parait qu'une adaptation ciné doit sortir cette année. Ça promet ! 

 

 

 


28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 11:05

 

 

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Lettrine (A caligraphie prunelle)

 

 

h, merde ! Je l’ai fini ! Ça n’a pas traîné. Je m’installais douillettement à bord de « dressing » vendredi en rentrant du boulot vers 17 heures 15 et j’en sortais deux heures et cent cinquante page plus tard, ayant franchi la porte des placards de Jane, refermant très heureusement derrière moi celle d’une semaine un peu harassante.

 

Quelle merveille ce livre ! Le prétexte est tout bête, c’est celui de l’inventaire. J’ai sacrifié à l’exercice ici à partir des tiroirs, mais les penderies, commodes et tous les meubles dans lesquels nous attendant nos habits et les souvenirs dont ils nous habillent, c’est pas mal non plus. Perso, je n’aurais pas pu. En tant que représentant quasi caricatural sur ce point de la gent masculine, je pensais ne reconnaître à mes habits que leur valeur d’usage. C’est ce que je croyais. Mais il en est de la foule de fringues de même que de la foule de gens qu’on connaît, pour les avoir connu ou les fréquenter encore : certains sortent du lot et je dois bien me rendre à l’évidence, le livre de Jane m’a fait me souvenir de certains vêtements qui ont compté pour moi plus que d’autres. C’est ce ceux là qu’elle parle.

 

Ceci dit, et pour suivre quotidiennement à pied un trajet balisé par des boutiques de fringues, quasi à touche-touche entre mon lieu de travail numéro 1 et le numéro 2, je me suis déjà demandé ce qui pouvait bien attirer là-dedans la meilleure moitié de l’humanité ? Maintenant j’en sais un peu plus. Dressing, le livre que toutes les chaussettes devraient lire et tous les hommes avoir lu. 

 

Enfin, et ce n’est pas le moins, « dressing » n’est pas du tout un essai genre « Le carré Lanvin dans l’émergence d’une conscience politique chez la ménagère de cinquante ans », c’est de la littérature, de la vraie bonne, de celle qui t’explose la tête quand, s’approchant à ce point de la vérité, les mots tombent tellement bien qu’ils s’illuminent comme jamais et toi avec. Jane évoque un truc qui ressemble à ça, page 134 :

 

J’ai beaucoup aimé m’habiller aux puces, chez les revendeurs de vêtements. Je pouvais chercher, singulière, unique, la chose abandonnée qui me conviendrait bien, à un coût moindre. Les vêtements n’étaient pas neufs, ils étaient pourtant bien nouveaux pour moi. La nouveauté, ce sont les premiers moments des épousailles du corps et d’un vêtement, pas toujours idylliques, il faut se connaître, chercher l’accommodement. Je ne pensais pas toujours aux prédécesseurs. Une trouvaille est toujours absolument neuve, on est l’inventeur d’un trésor.

 

Chapeau !

 

 

22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 10:48

 

 

 

 

lettrine (J' déco)étais sans nouvelle de Jane Sautière. Ma carte de vœux 2013, envoyée à sa dernière adresse connue (par moi) m'était revenue, me laissant un petit chagrin persistant. Gérable, certes - les petits chagrins le sont tous – mais tenace. Avec Jane, nous avons écrit au siècle dernier « Zones d'ombre » (éditions Gallimard - Série noire N°2512) . Il faut croire que l'expérience n'a pas été trop mauvaise puisque elle a écrit depuis « Fragments d'un lieu commun » (éditions Verticales, Prix Rhône Alpes du livre 2003), puis « Nullipare » (Verticales, 2008).

 

Alors ?

 

Alors j'ai trouvé d'elle ce matin, dans ma boite pro, un petit mail titré « Une revenante » dans lequel elle me demande mes adresses perdues, hu hu ! Elle voudrait m'envoyer son dernier livre. Je pense qu'il doit s'agir de « Dressing », toujours aux éditions Verticales, puisque son éditeur l'annonce pour avril 2013. Chouette, chouette, chouette ! On en parle sur France Inter dans la très courte émission « L'attrape livres »

 

Une amitié littéraire de quinze ans, ça compte !

 

La quatrième de couv donne bien envie : De notre naissance à notre mort, ce n'est pas un bref compagnonnage que celui du vêtement. Tous les jours, à toutes occasions, solennelles ou ordinaires, sans qu'on en garde le plus souvent la moindre conscience, nous vivons dans cette coque ou ce pelage. Le vêtement couvre et aussi souligne genre, condition sociale, usages et, bien sûr, mortalité. Au travers de l'exposition d'une penderie, il ne s'agit pas tant de théoriser, mais de joindre, de laisser voir endroit et envers, le vêtement comme récit de son porteur. Je me souviens avoir particulièrement aimé le travail d'un artiste exposant l'envers de broderies, qui recouvraient un secret dissimulé dans la toile du canevas. J'aimerais qu'il en soit ainsi dans ce livre, un aller-retour du visible et du caché, de la matière au commentaire.

8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 10:31

 

 

 

Histoire naturelle illustrée des animaux du monde-copie-2

 

 

Lettrine (I Beatle)

 

 

l y a peu de livres ici, parmi les mille, dont je puisse être sûr qu’ils me viennent de mes grands-parents maternels : Les fables de la Fontaine en deux volumes, illustrées par Grandville, et cette « Histoire naturelle illustrée des animaux du monde ». En deux volumes également. Elle m’a été offerte à l’un ou l’autre des noëls qu’on passait chez Mamie, à Riorges. J’avais probablement l’âge auquel tous les gamins veulent être vétérinaires.  Mais si ton esprit commence à cavaler vers les noëls d’antan, les vocations précoces et les éblouissement littéraires, je t’arrête tout de suite : Les fêtes chez les grands-parents étaient plutôt une corvée ; rien de ce que je voulais devenir étant petit n’est advenu - heureusement - et ces deux gros bouquins sont d’un ennui mortel.

 

Sauf, sauf, sauf quatre pages hors-texte, quasi cachées au revers des couvertures. Tout le budget a dû y passer, ce qui expliquerait d’ailleurs que dans le volume lui-même, les gravures et les planches couleurs se révèlent aussi médiocres. Ces planches là nous invitent à une sorte de « dissection propre ». Les animaux s’y lisent en couches successives. On peut ouvrir et tourner les pages de leur organisation interne. Me suis toujours demandé pourquoi avoir choisi ces quatre là. Deux insectes, un oiseau, un gastéropode : ça manque de mammifère.

 

Détail qui ne manquera pas de ravir mad meg : les animaux sont présentés comme « amis, concurrents et ennemis de l’homme ». 

 

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Histoire naturelle illustrée des animaux du monde - Paris

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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 00:00

 

Philippe BOURSEILLER - Paradis perudus - Première de couve

 

Avertissement. À l’exception d’une, toutes les photos illustrant cet article sont bien de Philippe Bourseiller mais ne sont pourtant pas tout à fait celles du livre : il est trop grand pour mon scanner. Celles-ci ont été reproduite à partir du site du photographe, rubrique « fonds d’écran ».

 

 

Rater un livre de photos. Je ne pensais pas ça possible. Où alors, je ne suis tombé jusque là que sur des livres-photos réussis... Rendons néanmoins tout de suite cette justice à Philippe Bourseiller : si « Paradis perdus » est en partie raté, ce n'est pas directement à cause de ses photos - elles sont magnifiques - mais plutôt en raison de leur irréductible incapacité à soutenir le propos écologico-apocalyptique qui plombe le texte d'accompagnement.

 

On sait, mais c'est hélas de l'avoir lu ailleurs, Philippe Bourseiller fortement engagé dans une démarche plutôt orientée action que déploration nostalgique et c'est en substance ce qu'on peu lire sur son site (Vas-y ; il a une tête plutôt intéressante.) : « Je souhaite que mes photos aident les gens à prendre conscience que ces paysages extraordinaires qui nous entourent sont d'une extrême fragilité et qu'ils nécessitent une protection permanente. L'espèce humaine est la seule espèce du monde animale à se détruire entre elle, et elle détruit également son environnement, pourtant indispensable à sa survie. »

 

On peut donc raisonnablement imaginer le photographe d'accord avec le projet même du livre d'aller au-delà de la simple compilation de ses meilleurs clichés (il a dû galérer pour choisir) pour l'inscrire dans un propos politique, qu'il annonce, toujours sur son site : « La nature donne à l'homme sa véritable dimension, sa grandeur tout en lui montrant sa fragilité devant les éléments, comme les volcans. La vie d'un homme à l'échelle géologique ne représente strictement rien, pourtant les traces qu'il peut laisser derrière lui peuvent être incroyablement destructrices. »

 

Mais par ailleurs, et parce ce qu'un photographe est un artiste on comprend bien ce qui le motive : J'aime aller à la recherche de la plus belle lumière qui va sublimer un paysage, la lumière est ma peinture, la nature sa toile, mon œil tente simplement de saisir l'instant de la rencontre magique entre ces différents éléments. J'aimerais que mes photos reflètent ce moment de beauté à l'état pure où l'émotion m'envahit.

 

Voilà donc exposés les éléments de cette contradiction dans laquelle « Paradis perdus » s'embourbe : beauté d'un côté, menace de l'autre. On aurait aimé que le livre trouve comment la résoudre, selon les vœux même du photographe : « Je ne transforme pas la réalité, je me contente de saisir l'instant. La photo est très superficielle dans sa forme première, elle est le reflet d'une émotion, mais si elle peut provoquer chez celui ou celle qui la regarde cette même émotion, et encore mieux une réflexion et parfois une action, alors elle a sa raison d'être. » Ici, c'est raté.

 

On ne jettera pas la pierre à Sally Zalewsky, l'auteure des textes et des légende : elle a dû faire ce qu'on lui demandait. Mais on soulignera l'impeccable façon qu'à Albert Jacquard de se sortir du piège dans sa préface, que je paraphrase outrageusement : Le paradis n'est pas à chercher derrière nous, mais devant et il ne tombera pas du ciel. Hélas, cette préface, pour convaincante qu'elle soit, isolée en début d'ouvrage, ne pourra rien contre les rapprochements catastrophiques entre texte et photo des cent quatre vingt douze pages suivantes. Du coup, j'ose une suggestion pour une éventuelle réimpression : virer Sally (j'aime virer) et distiller la préface d'Albert au fil des pages. On profiterait alors complètement d'un texte d'une autre envolée que la mortification écolo de Sally qui perso m'exaspère : elle ne sert pas l'écologie mais ses donneurs de leçon.

 

Permets moi encore deux réflexions avant d'entrer plus avant dans le contenu du livre. La première pour rappeler que j'étais déjà tombé sur un photographe fourvoyé : Yann Arthus Bertrand. La deuxième pour me réjouir que le hasard des livraisons aient fait se rencontrer sous le sapin « Paradis perdus » et le hors-série Télérama sur Edward Hopper. Je lance ici ce qui deviendra peut-être un article ultérieur, mais la peinture me semble infiniment mieux armée que la photo de paysage pour donner à voir la dimension tragique et fugitive du réel.

 

 

Philippe BOURSEILLER - Antelope canyon - (fond d'écran dis

 

(Couverture et P. 54) - États-Unis, Antelope Canyon. De nombreux sites tout autour du monde montrent les mêmes symptômes d’une urbanisation incontrôlée : manque d’eau, coupure d’électricité, etc. Tourisme de masse oblige, ces territoires ont dépassé un seuil critique de capacité d’accueil, aussi bien au point de vue écologique et technique, que social et culturel.

 

Oh ? À Antelope Canyon, ça m’étonnerait, à part pour le manque d’eau. C’est en plein désert, au milieu de la réserve Navajo et les groupes de visiteurs sont limités à dix. Les pannes d’électricité ne doivent pas être trop problématiques : les éclairages et les couleurs sont naturels.

 

 

 

Philippe BOURSEILLER - Hoggar Algérie - (Fond d'écran dis

 

(P. 84)-Algérie, Hoggar. La création des parcs nationaux est maintenant considérée comme une mesure de conservation classique : mettre sous cloche la vie sauvage et ses habitats, éloigner les chasseurs et les populations ; bannir toute activité de subsistance… avant qu’il ne soit trop tard et que les derniers vestiges de la vie sauvage n’aient toute à fait disparu de notre planète. Mais a-t-on ou peut-on mesurer l’efficacité de cette politique à long terme ?

 

Les plus anciens parcs nationaux, comme celui de Yellowstone, par exemple, ont plus de cent ans. Cinquante pour le parc national de la Vanoise, le plus ancien parc français. Certes, les parc figent les choses, mais n’est-ce pas préférable au bétonnage ou à la dévastation ?

 

 

Philippe BOURSEILLER - Volcan- (Fond d'écran dispo sur le

 

(P. 128 , photo originale : fumeroles en Islande) - Le rejet de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère est responsable de plus de 80% du réchauffement planétaire. Le taux de CO2 dans l’atmosphère est actuellement le plus élevé depuis 420 000 ans, un niveau entièrement corrélé aux émissions liées à l’activité humaine.

 

Là encore, le rapprochement entre la photo d’un phénomène volcanique et le texte est pour le moins malheureux. Il rappelle fâcheusement certains faux arguments des détracteurs du réchauffement climatique. On sait que les volcans participent pour moins de 1% des émissions de CO2. Pourquoi, illustrer ce texte avec cette photo ?

 

 

Philippe BOURSEILLER - Dunes du Sahara en Tunisie - (Fond d


(P. 140) - Mauritanie, Sahara, dunes. Afin d’assurer l’avenir des espèces dans la nature, il est devenu nécessaire de conserver des variétés végétales dans des banques de gènes. Entant que gardiens de la biodiversité de la planète, les agriculteurs et les éleveurs ont pour responsabilité la préservation des plantes locales ainsi que la survie des animaux endémiques, en assurant leur reproduction.

 

Heu… N’est ce pas précisément ce qu’on fait dans les parcs nationaux ? Par ailleurs, j’ai bien regardé la photo, je n’y ai pas vu d’agriculteur, ni d’éleveur, qu’on sait par ailleurs responsable de bien des maux, dont la désertification.

 

 

volcan Ijen - Est de l'île de Java -.photo Caro&Dam

Le volcan Ijen, à l'est de l'île de Java. Photo Caro&Dam 

 

(P. 144) Vanuatu, lac acide du volcan Aoba. L’eau est « malade » de l’homme. Mille danger la menacent. Piégée dans les nuages de l’atmosphère, elle se transforme en pluies acides. Au creux des roches, elle se charge de substances polluantes que la terre ne retient pas. Et pourtant, l’humanité utilise aujourd’hui plus de dix fois d’eau qu’il y a cent ans.

 

Encore un rapprochement photo/texte très hasardeux, sans doute provoqué par la seule idée d’eau acide. C’est décidément un peu court. À part l’association d’idée, il n’y a aucun rapport entre les lacs volcaniques acides et les pluies acides.

Bref, comme on l’aura compris, en assénant des vérités parfois approximatives à l’emporte pièce, à côté de photos n’ayant au mieux aucun rapport avec, le texte de « Paradis perdu » ne rend, à mon avis, service ni à ses magnifiques voisines, ni aux visées qu’il prétend soutenir. Mais comme il serait dommage de rester sur cette mauvaise impression, hop, je te mets la préface d’Albert Jacquard, et encore quelques très belles photos de Philippe Bourseiller.

 

 Philippe BOURSEILLER - Grues au Japon - (Fond d'écran disp

 


 

Les paradis sont à construire - Albert Jacquard

 

Tous les objets qui peuplent l'univers sont les innombrables aboutissements d'une histoire longue de quelque quinze milliards d'années. Animés par les quatre forces primordiales - gravitation, force électromagnétique et deux forces nucléaires - les éléments mis en place par le bigbang ont interagi et produit des ensembles de plus en plus complexes, capables parfois de performances inédites. Les parcours de ces objets en perpétuel devenir ont connu des bifurcations qui les ont différenciés, mais ils sont tous des membres du même arbre généalogique universel, ce qui justifie la vision de François d'Assise (Le Cantique des créatures), regardant les oiseaux, ou les loups, et tous les êtres vivants, comme ses frères, et la goutte d'eau, cet objet inanimé, comme une sœur.

 

Nous, les humains, sommes une infime partie de cet aboutissement provisoire, nous faisons partie de la famille, nous sommes apparentés à tout ce qui nous entoure. Que nous contemplions des étoiles ou des fleurs, que nous soyons face à la violence d'un volcan en éruption ou à la sérénité d'un coucher de soleil, nous sommes chez nous, au cœur de notre tribu, heureux tout au fond de nous-mêmes de participer à l'aventure du cosmos à laquelle nous apportons une contribution unique : l'émotion que nous éprouvons en le trouvant beau.

 

Philippe BOURSEILLER - Dunes du Sahara en Algérie - (Fond


Car nous avons inventé la beauté. Tout, autour de nous, ne peut que subir les contraintes imposées par la nature. Galaxie ou grain de sable, primate ou virus, chaque objet fait ce qu'il ne peut pas ne pas faire ; il n'est ni beau ni laid, c'est notre regard d'homme sur lui qui l'enrichit d'une caractéristique nouvelle. Il se trouve que, grâce à l'hyper-complexité de notre système nerveux central, nous avons pu échapper à cet enfermement dans la soumission. Nous avons été capables de développer une performance inouïe : ne pas nous contenter d'être, mais prendre conscience de notre existence, nous regarder nous-mêmes comme si nous étions un autre, affirmer un « je ».

 

D'objets, nous nous sommes métamorphosés en sujets ; insérés dans une réalité qui ne connaît que le présent, nous avons inventé l'avenir et tenté de le rendre conforme à nos désirs. Nous sommes ainsi devenus les co-auteurs de notre aventure. Mais cette responsabilité nous paraît lourde. Comme un enfant hésitant devant les voies qui s'offrent à lui et n'osant quitter l'abri de sa mère, nous recherchons la protection de la nature et à peine nous en éloignons-nous que nous nous sentons en danger, comme si nous risquions de perdre un paradis initial.

 

Philippe BOURSEILLER - Islande - (Fond d'écran dispo sur l


Les réalisations du passé et du présent, dont les photographies ici présentées révèlent des aspects fantastiques ou merveilleux qui ne devraient pas nous étonner : elles sont chacune une facette d'un univers en devenir qui nous a produits en déroulant un processus capable de réaliser, d'un même élan, des animaux fabuleux, des arbres défiant l'usure du temps, des galaxies entreprenant dans l'espace un voyage peut-être sans retour. Et nous faisons partie de cette immense famille, nous y sommes immergés et ne pouvons que ressentir une solidarité véritablement cosmique.

 

Or, en présentant cet univers comme un paradis, nous ne faisons que prendre conscience de l'unité d'un Tout indéfinissable. Cependant, cette vision néglige une des dimensions de ce Tout : son avenir. De cette dimension, nous sommes apparemment les seuls conscients. En effet, rien autour de nous ne tient compte de demain. Chacune des forces à l'œuvre provoque, à chaque instant, des événements qui surviennent et se succèdent en fonction de l'ensemble du réel présent et des traces du réel passé. Aucune n'a d'intention, car l'avenir n'a pas de réalité. Le bruit de la fontaine attire l'oiseau assoiffé, mais ce n'est pas le signe d'un appel, simplement le résultat d'un enchevêtrement des causes et des effets. Les explications utilisant des « pour » n'ont pas leur place dans un monde où n'interviennent que des « parce que ». Une exception cependant apparaît lorsque, dans ce concert des interactions, un humain vient ajouter sa partition. Par sa seule présence, il bouleverse le déroulement des instants, car il est capable de faire une place dans le présent aux instants futurs, ceux qui ne sont pas encore advenus.

 

Une fourmi se déplaçant sur une sphère constate que son domaine n'a pas de frontières, nulle part elle ne rencontre de bord. Deux coordonnées lui suffisent pour se localiser, son univers ne comporte que deux dimensions; si un coup la frappe venant de l'extérieur, elle ne peut en imaginer la raison, car elle ignore la troisième dimension : celle-ci n'est définissable qu'en quittant son domaine. Dans notre minuscule portion d'univers, nous avons - semblable à la fourmi découvrant une sphère qu'elle a quittée - introduit une dimension supplémentaire que nous sommes seuls à connaître : celle de l'avenir. Cette découverte transforme radicalement notre compréhension de notre aventure, et même son déroulement, car nous sommes capables de mettre le présent au service du futur.

 

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Dans notre recherche du bonheur, nous nous contentons de reconstituer un passé dont nous avons bon souvenir, mais le « bon vieux temps » enjolivé par le prisme d'une mémoire sélective, se présente à notre imagination comme un épisode merveilleux qu'il nous faudrait reconstituer. C'était, nous semble-t-il, le paradis ; il est perdu, essayons de le reconstituer. Le présent est pris dans les filets d'un passé et tout ce qui peut nous en éloigner est jugé en le comparant à ce passé. Tout ce qui nous en éloigne est supposé néfaste.

 

Mais n'est-ce pas là une dramatique erreur d'optique ? La cohérence de l'univers initial résultait simplement de l'origine commune de tous ses éléments, y compris l'humain. Revenir à cet état ne serait que le signe d'une audace insuffisante face à l'avenir, le signe de l'incapacité de nous proposer à nous-mêmes un projet digne de nos possibilités. Le paradis n'est pas à rechercher dans un passé définitivement englouti, il ne peut être espéré que dans l'avenir. Il n'est pas à découvrir parmi les supposées ruines mais à construire sur un terrain neuf.

 

Albert Jacquard


 

17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 20:30

 

 

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C'est peut-être ça (ici) la liberté : Passer du jour au lendemain de Gifi à Dior et donc des merdouilles, pardon, des articles bon marché de grande diffusion, à des bijoux (avec cailloux) valant de deux à neuf mille euros pour les bagues. Nous consulter pour les bracelets. D'ailleurs non, ne pas nous consulter, je l'ignore, et ils sont moches. À part peut-être le plus fin. En revanche, les bagues m'ont tapé dans l'oeil. Ne me demande pas pourquoi : je n'en sais rien. Je suis tombé dessus en feuilletant les pages du magazine Culte (s), et plus précisément une page de publicité dont cette publication ne manque pas. Je reviendrai sur ce magasine prochainement, mais puisque pour l'heure nous sommes chez Dior – ce n'est pas si souvent ici – restons-y.

 

Si tu devais chercher plus avant des informations sur ces bijoux, saches que la collection s'appelle « My Dior » et qu'une bête recherche Google te conduira fissa sur tout ce qu'il faut comme sites pour en savoir plus, par exemple sur le motif « cannage », parait-il traditionnel dans cette maison, également sur Victoire de Castellane, la responsable joaillerie et j'ai même trouvé, pas loin, mais je ne sais plus où, un reportage sur la façon de produire ces bagues, pas du tout tressées ni assemblées comme pourrait le laisser croire leur motif, mais fondues à la cire perdue. Tu dis ? Mais non, pas les diamants ! On les rajoute après.

 

Oui, voilà, ça doit être le motif « Cannage ». Y'avait le même sur les chaises de grand-mère, celle qui habitait en ville ; l'autre avait plutôt des chaises paillées. C'est un motif qui m'a toujours fasciné, le cannage. Tu regardes la chaise, et tu n'y comprend rien. Ça passe dessus puis dessous, mais comment ? D'après Wikipédia, le cannage est apparu sous la régence (1674 – 1723) puis il a fait les beaux jours du style Louis XV (1730 – 1760) puis Napoléon III si j'en crois l'article ci-dessous. Je ne sais pas trop quel style revendiquaient les chaises de Mamie – elles n'étaient probablement pas d'époque – mais c'était urbain, bourgeois, très décoratif, aéré, intriguant et ça faisait une drôle de sensation quand on passait les doigts dans les trous.

 

 

À l’occasion de la sortie d’une nouvelle collection de joaillerie inspirée du cannage des chaises couture de Christian Dior, retour sur l’histoire du motif et ses réinterprétations. (Article piqué chez Dior - Sans effraction.)

 

Tout commence par un tissage. Pour une maison de haute couture, quoi de plus normal ? Mais celui-ci est un peu particulier. Aux traditionnels deux fils de chaîne et de trame qui font les tissus que l’on retrouve ensuite sur le corps des femmes, s’ajoutent ici deux fils croisés qui viennent, en diagonale, compléter le motif. * Les fils sont des cannes, c’est-à-dire des tiges de rotin : c’est le cannage. Et ce tissage-là a fait les grandes heures du mobilier Napoléon III : il en garnissait l’assise des chaises. L’histoire aurait pu s’arrêter ici. Pour qu’un si classique motif d’ameublement devienne tout un symbole, il fallait que Christian Dior passe par là. Lorsque le couturier réfléchit au décor de ses salons haute couture où seront présentées ses collections, il fait appel au décorateur Victor Grandpierre. Ensemble, ils élaborent un cadre neutre, raffiné, mettant en valeur les vêtements eux-mêmes. Ainsi choisissent-ils ces chaises de concert dorées et à l’assise cannée, des chaises de style Napoléon III qui, depuis, n’ont jamais quitté la maison. *** En 1953, Christian Dior commence à jouer avec ces motifs de rotin. Sans doute lui rappellent-ils la géométrie du prince-de-galles **, lui qui aime tant s’amuser à détourner les tissus pour hommes. Il réinterprète alors le cannage pour le packaging **** de son parfum  L'Eau Fraîche, insistant ainsi sur le côté masculin/féminin de cette eau de Cologne qu’il portera lui-même jusqu’à sa mort. En 1995, celui que l’on connaît depuis sous le nom de  Lady Dior, arrive en boutique. C’est un sac précieux, chicissime, très lady like *****, et la princesse Diana l’adoptera tout de suite. Elle, la princesse de Galles, a-t-elle été séduite par ses proportions, ses anses rigides, la qualité de ses peaux et de sa façon, ses breloques rock’n’Dior ou bien par ce rapprochement que faisait Christian Dior lui-même, avec le motif prince-de-galles, surpiqué ici sur le cuir du sac ******? Sans doute un peu tout ça. Mais il est certain que le cannage y est aussi pour quelque chose. Dès lors, le motif devient indissociable de l’image de la maison. Et, en 1997, l’architecte Peter Marino le reproduit en dallage de pierres blondes dans la rotonde de la boutique de l’avenue Montaigne, puis, sur les façades de l’immeuble Dior dans le quartier Ginza, à Tokyo, et en bien d’autres lieux encore. ******* Tout naturellement repris en signe de reconnaissance sur le rouge à lèvres Dior, le motif poursuit ainsi son évolution d’une collection l’autre : des palettes de maquillage jusqu’aux créations de l’artiste Anselm Reyle et son camouflage pop.******** Le cannage est l’esprit même de la maison, un fil rouge qui court de création en création. Un souvenir de Monsieur Dior. Une madeleine. *********

 

 

 

* En fait, on utilise deux joncs de trame pour l'ourdissure et deux de chaîne pour la monture, auxquels s'ajoutent les deux de la diagonale pour la garniture, ce qui fait six. Du moins pour le motif traditionnel « français ». On trouvera également des exemples de cannages réalisés avec quatre joncs : un vertical, un horizontal, deux en diagonale.

** Gnnn ? Tu m'aurais dit « pied de poule », j'aurais compris, mais « prince de galle », c'est juste vaguement écossais, sans aucune diagonale...

*** Pas trouvé d'image probante de ces chaises, mais je crains le pire.

****Tu peux dire « emballage », ce n'est pas un gros mot.

***** Ne t'énerve pas. Tu sais ce que le docteur t'as dit : « Efforcez-vous de parler français, parce que votre anglais, personne ne le comprend, et surtout pas les anglais eux-mêmes. »

******Ah, cette fois, non. Sur le sac « Lady Dior », c'est un motif cannage pur sucre. Oui, je sais : ça ruine un peu ton effet : prince de Galle --->Princesse de Galle ; désolé !

*******Y'a deux « et » dans ta phrase, dont un au début qui n'est pas du meilleur effet. Mais bon, je dis ça, c'est juste pour rajouter des étoiles. On en est à sept. 

******** Putain, fait gaffe ! La madeleine, c'est l'irruption brutale, soudaine, d'un souvenir enfoui, qui ressurgit et accède à la conscience grâce à un déclencheur pur beurre. Rien à voir avec le fil rouge, qui lui évoque au contraire quelque chose de permanent, qu'on retrouve au fil du temps.

********* Ouaip, ben c'est pas ce qu'on a vu de mieux.

********** Au fait : t'es viré !

 

 


 

17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 19:45

 

 

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En guise d’apéritif (à je ne sais quoi d’ailleurs...) deux petits contes de Jacques Sternberg, tirés de 188 contes à régler, des récits courts, voire très courts, mais toujours noirs et savoureux. Bon appétit !

 

 

La foi

 

Inlassable touriste des pays les plus déshérités, ce pape s'était forgé une réputation de star que les chanteurs débiles les plus adulés pouvaient lui envier. Avec sa montre Rolex toujours en gros plan télévisé quand il se prosternait sur les terres de misère, ses Cadillac blanches, sa cage de verre blindé, son sourire de saint clown, sa carrure de catcheur de la promotion divine, il lui suffisait d'asperger les foules miséreuses de quelques poncifs de la consolation pour éteindre presque toutes les flambées de révolte, pour nourrir de duperie et d'espoir truqué tous les affamés de ce monde. Depuis des années déjà, il avait à son actif de véritables shows qui coûtaient des fortunes aux pays qu'il honorait de sa présence, des spectacles son et lumière qui attiraient des centaines de milliers d'extasiés tout en explosant simultanément sur tous les petits écrans du monde. Cette formidable opération de publicité divine avait fait éclater tous les thermomètres du catholicisme. Et ceux du puritanisme par la même occasion. Jamais la foi réactionnaire n'avait eu autant d'adeptes, jamais elle n'avait bénéficié d'un tel battage promotionnel. Jusqu'au jour où cet orage d'une rare violence éclata alors que le pape venait de se hisser sur un podium de plein air, sucé par les clameurs de neuf cent mille fanatiques. Dans un crépitement assourdissant, sans une goutte de pluie, la foudre tomba sur la scène, s'accrochant au micro que le pape tenait à pleines mains. Il fut électrocuté à la vitesse de l'éclair, laissant la foule et le monde entier sans voix. Ce fait divers tourna sans transition à l'événement qui allait bouleverser la vie spirituelle et religieuse du monde. Des millions de catholiques se détachèrent de la foi et sombrèrent dans l'égarement. L'Église perdit tout son prestige, la prière tout son crédit et la messe tout son' ridicule pouvoir. Jamais un simple fait divers ne joua à ce point un rôle de révélateur brutal de la connerie humaine. En effet, les croyants ne voulurent plus rien savoir d'un Dieu qui avait pu frapper de plein fouet leur idole, un Dieu assez malveillant pour envoyer sa foudre sur la tête sacrée de son saint délégué. Étrange indignation ! Alors que, depuis deux mille ans, ils avaient vénéré ce même Dieu qui dispensait avec une superbe générosité les massacres et les famines, les maladies atroces et les cataclysmes naturels, les pièges mortels et les pires injustices.

Ce revirement imprévu ne pouvait qu'annoncer de curieuses remises en question. Et pour s'en tenir aux réactions immédiates, le pape qu'on nomma en remplacement fut assassiné le lendemain de son élection.

 

 

Le gouffre

 

Il avait vingt ans d'expérience de la navigation en solitaire d'un océan à un autre et avec ce voilier de 12 mètres des années 90, il n'avait jamais connu aucun avatar tragique. Mais cette fois, en plein Atlantique nord, au mois de novembre, l'horreur était au rendez-vous. Depuis deux jours et deux nuits déjà, le vent établi à force 10 dégorgeait des rafales qui atteignaient 12 et refoulaient le navigateur au plus profond de la panique. Ses voiles, toutes commandées par un réseau électronique sans défaut, étaient hors d'usage, déchiquetées. Son mât s'était brisé sous les coups de boutoir d'énormes déferlantes, elles avaient submergé et saccagé tous les ordinateurs qui contrôlaient la moindre drisse et sa radio comme son poste émetteur n'étaient plus qu'un amas de ferraille. Son orgueilleux croiseur hauturier à la pointe de la technique moderne n'était plus qu'une simple barque à la merci de n'importe quelle vague qui pouvait la prendre par le travers et l'engloutir dans un irrémédiable naufrage. Et même son dérisoire canot de survie avait été emporté par les lames. Accroché à une barre qu'il n'arrivait plus à contrôler, assourdi par le fracas du vent et de la tempête, brisé par les chocs continuellement encaissés, transi par le froid et l'eau glacée qui déferlait de partout, l'homme se rendait compte qu'il avait quitté son siècle en prenant le large. Il se retrouvait coupé de tout ce qui avait été son monde, rejeté comme un simple morceau de bois pourri dans un cauchemar qui semblait surgir du plus profond de la nuit des temps. Quelque chose de primitif, de chaotique, d'incontrôlable alors qu'en somme, en dépit des risques traversés, il n'avait jamais navigué que dans le confort, sécurisé par tous les gadgets de haute technicité. Et soudain, face à la gueule bavante, impitoyablement béante d'un océan, le temps comme l'espace semblaient avoir basculé dans un seul gouffre empli de fracas et il se sentait aussi vulnérable qu'un homme préhistorique jeté au seuil d'un imparable danger mortel. Acculé au fond de sa terreur, recroquevillé sur lui- même, écroulé dans son habitacle inondé, le navigateur sentit qu'il perdait peu à peu la raison, si bien qu'à court de solutions ou d'arguments pouvant le rassurer, il en arriva à prier. Il en était à psalmodier une litanie hagarde qu'il s'entendait à peine prononcer quand, au-dessus du sifflement furieux du vent et du fracas explosif des vagues, l'énorme grondement d'une voix se fit entendre. Trouant l'ouragan océanique et tombant de très haut sur la tête du futur naufragé.

- Quel vent, hein ! énonça-t-elle.

Puis, elle se tut à tout jamais.

 

 

 

 

 

 

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