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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 14:29

 

 

SAMEDI.

             Vie littéraire. Quand je vais à Jaligny-sur-Besbre (Allier), fief de René Fallet, ma journée est réglée comme du papier à musique. Quatre heures de route, je pars à 9 heures, j'atteins à 13 heures mon coin de croûte et de sieste, près de Saint-Léon (Allier aussi), loin de tout et de la folie des hommes. C'est encore le cas cette année. Il fait beau, ça aussi c'est tous les ans la même chose. Je cherche l'ombre, et commence à m'assoupir béatement quand des bruits étranges me tirent de ma torpeur et me poussent à ouvrir les yeux. Il y en a qui sont comme au spectacle.

 

Philippe-Didion---Troupeau.jpg

 

 

J'essaie de me rendormir, bernique, ces choses-là font trop de barouf et puis j'ai peur de finir brouté. Je salue la compagnie, parcours les quelques kilomètres qui restent jusqu'à Jaligny (Allier toujours), abandonne l'auto et accomplis mon habituel tour de bourg, chaque année plus déprimant. Le coiffeur est fermé, l'Hôtel de France est devenu une étude notariale. Je passe ensuite l'après-midi dans la salle surchauffée où se déroulent les Journées littéraires du Bourbonnais. Je salue les connaissances, pas de Raymond Poulidor cette année, pas d'Agathe Fallet non plus, malade, alitée, dommage nous nous étions promis de parler de mon dernier écrit sur René, dans lequel elle avait relevé certaines inexactitudes. Je vote pour un livre (Station Rome, de Vincent Pieri) mais c'est un autre qui emporte le Prix René-Fallet, La Silencieuse, d'Ariane Schréder.

 

Philippe Didion 

 

 

12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 07:57

 

 

 

 

 

MERCREDI.

                  Vie halieutique. Ici, je pêche. Deux heures le matin, deux heures le soir, le reste de la journée, je ne pense qu'à ça. La nuit aussi. Dès que je ferme les yeux, je vois mon bouchon qui s'enfonce. J'adore la pêche, mais je ne suis pas pêcheur. Des pêcheurs, j'en ai connu et j'en connais encore : je n'ai pas leur patience, leur méticulosité, leur habileté, leurs connaissances, leur science. Je ne sais pas pêcher. Je suis infoutu de faire un noeud potable, je m'emmêle à chaque lancer, je m'accroche dans tout ce qui pousse aux alentours. Un jour, sur la Creuse, j'ai réussi à me planter un hameçon dans la lèvre et j'ai ainsi appris ce que pouvait ressentir un poisson capturé. C'est peut-être pour cette raison que j'en prends si peu, et toujours des petits que je relâche. De toute façon, quand je touche un gros, on peut être sûr que l'épuisette est restée dans le coffre de la voiture et que je ne pourrai le hisser sur la rive. A la pêche, j'ai tout perdu, dans l'eau : des hameçons, des bouchons, des lignes, des cannes, des bottes, des lunettes, des casquettes, des allumettes, des briquets, des paquets de tabac, des couteaux, des boîtes d'appâts, des seaux d'amorce, des rames, des dames de nage, des musettes entières, et je ne parle pas de ce que j'avais dans les poches quand je suis moi même passé au bouillon. On considère souvent la pêche comme une activité reposante. "Détendez-vous, allez à la pêche", disait le slogan. Pour moi, c'est tout le contraire : je trépigne, je fume comme une cheminée, je m'épuise, j'en rentre sur les genoux. Dans mes jeunes années, il m'est arrivé de faire des parties de pêche en compagnie de vrais pêcheurs mais désormais, je considère que j'ai suffisamment d'occasions de me rendre ridicule pour en ajouter. Maintenant, je pêche quinze jours par an - je pense à ces quinze jours pendant les cinquante semaines restantes - et sans témoin. Cela vaut mieux, comme j'ai pu encore le constater ce matin. C'était la fin de la séance, le bredouille était en vue. Au moment de rassembler mes affaires, la canne me file entre les mains, tirée par une grosse pièce dont je me demande encore ce qu'elle trouvait comme intérêt à mon misérable asticot. La canne s'éloigne, inutile d'essayer de la rattraper. Heureusement, elle a la bonne idée de flotter. Je file sur l'autre rive chercher la barque, embarque, souque ferme jusqu'à ma canne que j'ai bon espoir de récupérer avec, qui sait, ce qu'il y a au bout. J'avais compté sans les sens aiguisés de ma commère la carpe qui, à mon approche, se taille dare-dare. Et me voilà, moi qui n'ai jamais lu Moby Dick, lancé à la poursuite de ma baleine blanche d'un bout à l'autre de l'étang. Cela dure jusqu'au moment où je réussis à coincer l'attelage dans un herbier et à empoigner ma gaule. A l'autre bout, on n'est pas d'accord et nous rompons là. Je rentre au port en n'ayant à déplorer que la perte d'un bas de ligne, ce qui est tout bonnement remarquable. Caroline et les filles se lèvent. Elles ne savent pas ce qu'elles ont manqué.

 

 

31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 11:17

 

 

On sait le plaisir dans lequel me plonge la lecture des notules dominicales de culture domestique, qu'adresse à qui veut bien leur rédacteur, Philippe Didion. C'est encore le cas pour la dernière en date, la 562, dans laquelle je relève ceci :

 

 

JEUDI.

          Lecture. La formation de la classe ouvrière anglaise (The Making of the English Working Class, Edward P. Thompson, 1963 pour l'édition originale, Le Seuil, 1988 pour l'édition française, rééd. Points, H 460, 2012; 1168 p., 14,50 €).


                       J'aurai beau me fouiller, je ne trouverai jamais qu'une raison qui m'a poussé à lire ce livre. Ce n'est pas un intérêt subit pour l'histoire anglaise, que je connais bien peu, ni un subit intérêt pour les études sociologiques, quoique ce qui touche à la classe ouvrière ne me laisse pas indifférent. Non, ce qui m'a attiré dans cet ouvrage, c'est son poids. Un peu plus de mille pages, comme pour les Goncourt (Ndlr : Ph. D. en parle juste avant). J'aime les gros bouquins, je n'y peux rien, j'aime le creux qu'ils impriment à mon estomac quand je les lis couché, j'aime le boucan qu'ils font quand ils tombent des étagères au milieu de la nuit. J'en achète des tonnes, c'est le mot, j'en lis peu parce que ça demande tout de même un petit peu de temps mais j'aime muscler mes maigres biceps en les manipulant. Cela dit, quelques lumières sur la formation de la classe ouvrière anglaise ne sauraient nuire à quiconque et ce fut une lecture parfois ardue - Thompson s'adresse à un public un peu plus au fait des aléas de l'histoire de son pays que je ne le suis - mais riche d'enseignements sur le luddisme, le wesleyisme, le chartisme, l'owenisme et autres bestioles dont je ne soupçonnais pas vraiment l'existence.

11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 14:16

 

 

 

Vie nocturne. J'ai passé un bon dimanche. Beaucoup de photos dans la matinée, le bistrot pour les journaux et le tiercé, les notules, une bonne croûte, une bonne sieste, un monument aux morts sous la première neige, le premier feu dans la cheminée au retour. J'ai fini L'Assommoir, entamé au plume un polar qui semble prometteur. A 23 heures 17, j'éteins. Je rêve, un rêve intéressant, mouvementé, je dois être un héros quelconque, j'en bave mais je gagne. Je me réveille, satisfait de cette belle nuit bien remplie. J'ouvre un oeil. Il est 23 heures 31.

 

Philippe Didion - notule dominicale de culture domestique 556 - extrait. 

 

 

 


23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 11:45

 

 

Etude thématique. Le coiffeur est un officiant, son salon est une chapelle. Son tiroir est son tabernacle d’où il tire des objets sacerdotaux. Il vous place sur la sedia gestatoria, vous drape dans un peignoir à col romain, pratique l’ondoiement et l’onction. Dans ses mains, le shampooing est un saint chrême, l’encens se dégage de sa poire à parfum. Les bigoudis forment une couronne d’épines, le casque chauffant est une tiare, une mitre ou une barrette. A l’issue de la cérémonie, les pièces de la quête tintent dans la soucoupe à pourboires. Certains merlans (le poisson, symbole de la chrétienté) ont mis en valeur la dimension spirituelle de leur sacerdoce, (...)

(Suivent les photos des salons « Capil’Eve », « L’hair de Noé », « Samson & Dalila », « Gloire à Dieu coiffure », « Jesús peluquero », « Les beautés de Nazareth ».) L'Hair du Temple, B'Attitude, Coupe Coupe Paradise et nombre de variations sur le mot Ange (ou Angel) auraient pu également figurer dans cet évangéliaire illustré.

 

Bon, ben je sais maintenant pourquoi je ne fréquente pas plus les lieux de culte que les coiffeurs. J’en profite pour dire que si, dans la sphère privée, je ne doute pas que la religion puisse apporter du mieux à chacun, dans la sphère sociale et politique, c’est un cancer. À combattre par tous les moyens, les principaux étant la démocratie, la laïcité et la culture.  

24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 22:20

Parfois, même si c’est assez rare, mais c’est d’autant plus émouvant, dans ses « Notules dominicales de culture domestiques » Philippe Didion parle un peu de lui. C’est le cas dans la 544 d’où j’extrais ce paragraphe.

 

DIMANCHE.

                  Vie fatigante. Je l'avoue sans détour : je rigolais doucettement quand Pierre Bergounioux, dans ses Carnets de notes, parlait de la "noire fatigue" qui lui tombait dessus à l'issue de ses journées de collège. J'ai rigolé jusqu'à ce que cette fatigue me saisisse à mon tour, au début de ces vacances. Un trou noir, une pesanteur extrême, des siestes vécues comme des puits sans fond. Il y avait eu des signes avant-coureurs : voilà que je m'endormais dans le train du retour, puis dans celui de l'aller; un matin des derniers jours de classe, le réveil, que j'ai toujours devancé ou attendu plus ou moins patiemment, m'a cueilli comme une gifle. Des bâillements incoercibles du lever au coucher. Et puis une bonne partie de ma chevelure envolée, mais qui commençait tout de même à repousser, blanche mais bon, on n'est pas en train de repeindre une chambre, on ne choisit pas la couleur. Pourtant, l'année avait été paisible et j'avais pris soin de la vivre à l'économie, sachant le boulot qui m'attendait pendant ces vacances. Un boulot qui se révéla impossible à entreprendre : des chantiers bloqués, des articles en souffrance (des livres à chroniquer mais aussi un gros travail sur René Fallet), une notule sur la fatigue impossible à écrire pour cause de fatigue, des tâches domestiques accomplies au ralenti. A un point tel que je me suis demandé si cet état ne cachait pas un dérèglement biologique quelconque. Mais les analyses ne révèlent rien d'anormal : il ne s'agit donc que de l'usure de la bête, et ça risque de ne pas s'arranger avec le temps. Autant dire que j'ai accueilli avec un soulagement non feint le décret du 2 juillet dernier rétablissant le droit de la retraite à 60 ans au titre des carrières longues pour les personnes ayant commencé à travailler à 18 ans. Mon premier bulletin de salaire date d'octobre 1978 (2576,97 F, j'ai tout de suite acheté une chaîne hi-fi), j'avais 18 ans et 5 mois, je n'ai jamais arrêté depuis sauf pour aller faire le zouave sous les drapeaux, je suis dans les clous et je m'en réjouis.


   Il reste tout de même du temps à accomplir, une huitaine d'années. A ce stade, Bergounioux, lui, a choisi de changer d'air. L'opportunité d'un poste à l'Ecole des Beaux-arts s'offrait, il l'a saisie et ne semble pas regretter de l'avoir fait. Je pourrais moi aussi, sans prétendre à une fonction aussi prestigieuse, aller voir ailleurs, demander un poste au lycée voisin par exemple, me frotter à un nouveau public qui me réveillerait un peu. Je ne le ferai pas. Déjà parce qu'il faudrait, pour cela, solliciter et dépendre d'une hiérarchie que je vomis et qui me le rend bien. Ensuite parce que je me sens plus à ma place auprès du public défavorisé que je côtoie que dans une structure où l'accompagnement et l'encouragement cèdent la place à une sélection qui n'est pas dans ma nature - ce n'est peut-être pas le cas partout mais c'est ainsi que je vois les choses. Donc, il va falloir les aligner, ces huit années et ce ne sera pas simple. Pas seulement à cause de la fatigue. Ni à cause de la lassitude : mon métier (je ne parle ici que du temps de classe, en présence du public qui m'est confié) ne me pèse pas encore, je l'accomplis toujours avec un plaisir relatif. L'âge n'est pas non plus un véritable souci : que vous ayez vingt-cinq ou cinquante-deux ans, pour les mômes, c'est la même chose, vous êtes de l'autre côté. Non, ce qui me préoccupe vraiment, c'est le fossé qui se creuse entre le monde que je représente et ce que j'appellerais le monde réel, le quotidien de mes élèves. Je continue à m'agiter avec des instruments frappés d'obsolescence, un tableau, un bâton de craie, des livres, des textes, du papier, des stylos, à l'heure où tout est écran. Une heure de cours, c'est aujourd'hui, à part les plages de sommeil, la période la plus longue au cours de laquelle un adolescent ne jette pas un oeil sur son écran de téléphone ou d'ordinateur. La question n'est pas de savoir si c'est une chose louable ou regrettable, c'est ainsi et cela semble irréversible. Le monde qui est le mien, la culture que j'essaie de transmettre, celle ni plus ni moins des humanités, les moyens qui me sont donnés pour agir en ce sens ne correspondent plus à la réalité et je ne sais combien de temps je pourrai encore faire face.


   Heureusement, mes jeunes collègues, je les admire sans les envier, sont mieux armés et plus à l'aise avec cet état de fait. Ils ont grandi avec ces nouvelles pratiques. Ils évoluent avec aisance, "valident les acquis" comme j'enfile mes pantoufles, parlent du "socle commun de compétences" comme d'un vieil ami, ils viennent au collège avec leur ordinateur personnel sur lequel tout est enregistré, reçoivent leurs directives sur leur boîte à courriel professionnelle (jamais ouvert la mienne, j'ai jeté les codes comme j'ai jeté mon téléphone de poche le jour où l'administration m'a demandé de fournir mon numéro), ils passent des coups de fil à la récréation, envoient des textos pendant les réunions, ils sont au poil. Je travaille avec des professeurs de lettres qui ne lisent pas trois livres par an mais qui connaissent les instructions officielles par coeur et c'est eux qui ont raison, pas moi. Je regarde tout cela d'assez loin parce que je suis d'un univers qui ne les intéresse pas et surtout je ne veux pas gêner. Le genre j'ai tout vu, j'ai tout fait, croyez-en mon expérience, très peu pour moi. Je suis depuis un bon moment dans un processus d'effacement progressif : je ne me mêle pas des conversations, je ne parle pas du passé, je dis bonjour le lundi et au revoir le vendredi, le reste du temps je me fais peu visible et je pourrais être absent pendant trois semaines sans que personne ne le remarque. En attendant, je vais devoir être présent encore huit ans en essayant de maintenir les choses en état. Jusqu'à maintenant, j'ai eu la chance de faire mon parcours sans me blesser et sans blesser personne, ce qui a toujours été mon objectif premier. Je croise les doigts pour que ça dure le plus longtemps possible.

 

 

20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 11:11

 

 

Pierre Bergounioux - Le carnet de Jimidi

 

 

Lettrine (0 vieille photo)ui, ben hein, je ne suis ni prof de lettres, ni retraité, ni « bergouniaque » (mais ça pourrait justement venir avec la retraite...) En revanche, je lis toujours avec beaucoup de plaisir les notules de Philippe Didion, érudites et légères, sérieuses et amusées. Si vous tiquez comme moi plus bas sur le mot « orde » dans l’expression « orde volatile », inutile de vous précipiter sur la hot line du service clientèle de ce carnet, ni d’ailleurs sur votre dictionnaire Larousse. En revanche, vous trouverez cet orde là dans un bon gros Littré, ou comme moi dans mon antédiluvien Dictionnaire National Bescherelle : Ord, orde, adj. T. vieilli. Qui excite le dégoût et, pour ainsi dire, l'horreur par la saleté (Cf. ordure). C’était notre séquence : « On en apprend tous les jours, pour mieux l’oublier immédiatement. »

 

Extrait de la Notule dominicale de culture domestique N°537 en date du 27 mai 2012, de Philippe Didion

 

DIMANCHE.

Lecture. Carnet de notes 2001-2010 (Pierre Bergounioux, Verdier, 2012; 1280 p., 39 €).

 

Nous y voilà. Au bout d'une lecture volontairement fragmentée, année par année, pour faire durer le plaisir. Car c'est est un, énigmatique peut-être, mais réel. Tiphaine Samoyault dans La Quinzaine littéraire a posé les données du problème : « La plongée fascinée que l'on peut faire dans cette lecture doit être expliquée. Comment se fait-il qu'on puisse être pris, de façon presque addictive, à ne plus pouvoir le lâcher, pour ce journal qui ne nous apprend rien qu'on ne sache déjà, qui répète jour après jour les mêmes choses, qui est foncièrement inintéressant ? Comment se fait-il qu'on n'en ressente aucun ennui, qu'il nous émeuve comme les grands livres savent faire ? »


On parlait ici même, l'autre dimanche, des bergouniaques anonymes. J'en connais, j'en suis. Je lis pas mal de choses de façon mécanique, presque compulsive, parce que je ne sais faire que ça, je ne prête parfois pas plus d'attention à ce que je lis qu'à l'air que je respire. Bergounioux est un des rares auteurs qui me fasse réfléchir, me ramène sans cesse à moi-même, qui peuple mon intérieur de points d'interrogation. J'ai la conviction que tout ce qu'il dit sur lui peut se rapporter à chacun de ses lecteurs. J'ai donc lu, et souvent relu, chacune de ces pages avec précaution, avec lenteur. Par crainte, souvent, de passer à côté de quelque chose de fort, d'essentiel. C'est que chez Bergounioux, tout se vaut : un tournage avec Godard à Sarajevo est relaté sur le même ton qu'un étendage de lessive. Par sidération devant une hauteur de vue qu'on a déjà connue mais chez si peu de gens, celle qui prend quand on écoute Braudel ou Dumézil. Par goût, aussi, comme chez Proust, de trouver des sensations vécues enfin mises en mots, le goût des points communs qu'on aime, immodestement, à se trouver avec plus fort que soi. Quand Jacques Réda, dans un portrait de Bergounioux paru dans Le préau des collines, dit de lui : "Il ne fume que des Gauloises. Ne téléphone jamais", je me dis que c'est moi, avec la Gitane maïs en lieu et place de la Gauloise. Des points communs, j'en ai trouvé de plus sérieux. L'âge d'abord. C'est qu'il devient, au début de la décennie qui l'occupe ici, mon exact contemporain. Je lis enfin le Bergounioux de la cinquantaine, il m'a enfin rattrapé. Et avec lui les effets collatéraux : le métier qui use, le corps qui demande plus de soin, les amis et parents qui s'en vont, la mesure de la chance apportée par une rencontre décisive qui nous a tirés du néant. Nous partageons aussi, désormais, des connaissances, je peux mettre un visage, une voix sur certains protagonistes de ce volume : le Spinalien Denis Montebello, Martine Sonnet, François Bon, Jacques Dürrenmatt, Françoise Gaillard qui ne rate aucun colloque des Invalides, Thierry Beinstingel, Eric Beaumatin, Frédéric Ciriez croisé un jour à Jaligny et d'autres comme Jean-Claude Bourdais ou Anne-Marie Emery qui, si je ne les ai jamais rencontrés, me sont devenus proches par la chimie notulienne. J'ai sillonné sa Corrèze, acheté ses livres dans la librairie d'Ussel qu'il visite chaque été, j'ai cherché sa trace à l'Ecole des beaux-arts. 

 

Bien sûr, nous ne lisons pas les mêmes livres, les siens sont trop costauds pour moi, et puis vous imaginez Bergounioux un Série Noire à la main ? Mais il y en a quand même : Painter, Hunter S. Thompson, Malinowski, Steinbeck, Remarque, Cueco, la nouvelle traduction d'Ulysse... Mais assez pour les considérations personnelles. Pour ce qui est des généralités, de l'étude approfondie de ce journal, des plumes plus autorisées et plus expertes que la mienne ont déjà fait le travail depuis qu'il est paru. Reste la possibilité de s'offrir une petite promenade au hasard des pages.


 « Cela fera bientôt quarante-trois ans que je me suis enfermé dans un réduit, que la réalité se ramène aux quatre murs entre lesquels mon existence aura passé. » (p. 997) Assez. Ca ne tient pas. L'ermite de Gif-sur-Yvette n'a pas plus de réalité que l'ermite de Croisset. Faisons le bilan des déplacements effectués en une décennie, hors Corrèze et région parisienne : Allemagne, Jura, Bordeaux, Bari, La Rochelle, Toulouse, Cuba, Pontoise, Lille, Lyon, Nantes, Sarajevo, Cassis, Nancy, Gand, Bruxelles, Montpellier, Tours, Marseille, Amsterdam, Caen, Rennes, Chambéry, Rouen, Narbonne, Lagrasse, Périgueux, Poitiers, Saint-Etienne, Guéret, Lorient, Chartres, Aix-en-Provence, Figeac, j'en oublie mais c'est plus que je n'en aurai vu quand la lumière s'éteindra. Il aurait pu m'envoyer des photos de salons de coiffure.


 « Saint-Céré est vide en ce dimanche de novembre. Le monument aux morts n'est pas exempt de sauvagerie. L'inévitable poilu a cloué au sol, avec sa baïonnette, l'aigle germanique. Et comme cela ne suffisait pas à terrasser l'orde volatile, il l'a achevé au moyen d'un gourdin primitif, torsadé, qu'il brandit d'une main, l'autre élevant le casque. » (p. 1243) Et l'on parlait de points communs. Quoique, en y réfléchissant bien, "l'orde volatile", ça ne me serait pas venu spontanément.


 [Dans le train] « Enfin, devant moi, deux Bordelais, trente-cinq ans, épais, moustache. L'un d'eux va passer les trois heures du voyage à lire un journal de sport qui détaille, je crois, les rencontres de la prochaine coupe du monde de football. Me demande chaque jour un peu plus ce que je fais encore parmi les vivants. » (p. 166) J'aime aussi l'humour de Bergounioux, volontaire ou non. Surtout quand je me dis que je pourrais très bien être ce voyageur plongé dans L'Equipe. J'aime m'afficher avec du futile.


L'humour (in)volontaire, encore : « J'ouvre Les Cadres de l'expérience de Goffman que, pour une raison qui m'échappe, je n'avais toujours pas lus » (p. 764); « Je n'ouvre les yeux qu'à huit heures. On aura tout vu ! » (p. 196); mieux : « N'ouvre les yeux qu'à six heures et demie. Une honte. » (p. 260) « Sujet à une insomnie provoquée par un emballement du rythme cardiaque, une gêne qui me fait craindre un accident circulatoire. Me lève, passe au bureau où j'avais laissé le spray de Trinitrine. J'appuie sur le bouchon. Rien. Peut-être qu'une coiffe de protection recouvre la valve. J'essaie de la retirer, sans succès, descends chercher des pinces, à la cave, sans plus de résultat, et me résous alors à lire la notice. Il fallait presser cinq fois le bouchon, pour amorcer le spray. Il ne doit pas être loin de deux heures du matin lorsque je finis par m'endormir. » (p. 1099)

 « C'est un Corail, et je me rappelle le premier train Corail que j'ai emprunté. C'était pour les congés de Pâques, à Limoges, en avril 1967. » (p. 167) Un des rares moments où l'on peut prendre Bergounioux en faute. Les voitures Corail doivent dater du mitan des années 70.


 « Je porte un gros pull de laine bleue que Mam m'a tricoté il y a peut-être quarante ans » (p. 775). On le connaît ce pull, il existe même en version écrue, on voit l'un ou l'autre sur nombre de photos. Une espèce de serpillière à boudins, un truc qui gratte rien qu'à le regarder. C'est pour ça, entre autres, qu'il faut acheter les livres de cet homme : pour qu'il puisse enfin s'offrir un petit cashmere avec ses droits d'auteur.


 « A l'instant de repartir, une collègue me dit que la principale souhaite me voir. Je me rends au bâtiment administratif. On m'attendait pour m'annoncer que la Légion d'honneur m'a été décernée - le rectorat vient d'appeler. Je réponds que je n'en veux pas. » (p. 301). Erreur. Les décorations sont contingentées. En refusant une telle breloque, un homme de qualité laisse sa place au suivant sur la liste qui risque d'être un fâcheux ou un incapable notoire. C'est comme l'Académie française. Tant que Bergounioux ou Michon refuseront d'y entrer, on sera exposé à y voir trôner des Poivre d'Arvor ou des Philippe Meyer. Moi, je préfère le dire tout de suite, je prends tout : Légion d'honneur, Palmes académiques, Mérite agricole, médaille des sapeurs-pompiers et des donneurs de sang, je veux que ça tintinnabule sur mon veston.


 « Je reprends l'Esquisse, que je termine vers une heure du matin. » (p. 462). J'ai eu peur, j'ai cru un moment que c'était L'Equipe.


 « Beaucoup de voitures, de cars venus de Bretagne, à cause de la finale de football au Stade de France. La sorte d'existence que je mène me rend incompréhensible le fait de parcourir un millier de kilomètres pour assister, une heure et demie durant, aux évolutions de deux douzaines de bonshommes en culottes courtes derrière un ballon. » (p. 998). Vingt-deux bonshommes, Pierrot, pas vingt-quatre. Mais une heure et demie, c'est juste.


 « Un garçon me dira encore que les Carnets de notes l'ont aidé à vivre et alors, la peine que c'est, jour après jour, de combattre le temps irréparable est justifiée. » (p. 1061) Un moment rare, là aussi : le seul, en 3500 pages de Carnets, où Bergounioux jette un oeil indulgent sur son oeuvre.


 « Mme Leboissetier me propose d'assurer l'enseignement de littérature, pour lequel un poste vient d'être créé, à l'Ecole des beaux-arts. J'hésite. Je sais, pour l'avoir vérifié, il y a deux ans, combien il est plaisant de faire cours devant ces étudiants. Mais pour ingrat qu'il soit, mon public de collégiens me dispense, depuis le commencement, des tâches annexes, les corrections exceptées, qui sont la croix du métier. J'arrive, jette un oeil au cahier de textes et poursuis mon chemin... » (p. 634) Privilège de l'âge, il en faut bien, que je connais parfaitement. Une efficacité nécessaire, obligatoire, pour garder intact le temps imparti à la vraie vie : je suis capable en une séance, s'il le faut, de dépêcher mon cours, de corriger les travaux issus du précédent et de préparer ceux du suivant tout en épluchant Livres Hebdo et en remplissant une fournée de bulletins trimestriels. C'est fatigant, mais c'est la condition nécessaire au respect de la loi que j'ai édictée il y a une douzaine d'années et à laquelle je n'ai jamais dérogé : rentrer at home par le premier train, le cartable vide et l'esprit léger. Suffisamment désencombré pour rédiger, par exemple, une interminable notule sur Bergounioux.


 « Je réponds courtement aux questions de Frédéric Ferney. » (p. 640). C'était pour l'émission Le bateau livre, dont l'enregistrement a lieu le 29 mars 2006. C'est là que j'ai vu et entendu Bergounioux pour la première fois, su que je devais lire cet étrange bonhomme toutes affaires cessantes.


 « Nous quittons Les Bordes, Cathy et moi, vers sept heures. [...] Retardés par les gens de la Creuse et du Berry, qui n'avancent pas. » Ne pas oublier que Bergounioux est un automobiliste. Sur la route, il quitte sa grille de lecture marxiste pour se comporter comme vous et moi et prendre les plaques d'immatriculation pour des marqueurs socioculturels. Les Creusois roulent comme des limaces aux yeux des Corréziens. Les Vosgiens avancent comme des tortues aux yeux des Nancéiens mais les premiers considèrent les Meusiens comme des lambins alors que les seconds se font agonir par tout Mosellan qui se respecte. On est toujours le 88 ou le 23 de quelqu'un.


 « Je me suis procuré des macarons, rue Bonaparte, et les remets à Cathy. » Bergounioux chez Pierre Hermé. On aura tout vu, comme dirait l'autre.


 « Je fais quelques lancers mais la passion n'y est plus. » (p. 1177) Bergounioux ne pêchera plus. Plus le goût. Passion enfuie. J'en ai rêvé, peu après avoir lu ça. J'étais en vacances, en Creuse, et je n'allais pas à la pêche. On s'étonnait autour de moi. Je répondais que ça ne me disait plus rien. Quand je me suis réveillé, j'étais le plus malheureux des hommes. Si je perds ça et l'envie d'aller au stade, les deux fièvres qui m'accompagnent depuis l'enfance, qu'on m'abatte sans sommation.


 « Cathy rentre de l'institut et repart presque aussitôt pour Versailles. Elle passera par l'hôtel des ventes où sont exposés de la vaisselle, des bijoux puis dans une boutique de vêtements dont elle me rapporte deux pull-overs. » Ca, pour sûr, c'est les pulls écrus. On tient la coupable.


 « Il fait - 2° lorsque, à l'aube, je descends chercher le pain de la semaine ». (p. 835) On imagine qu'il le congèle ensuite pour les jours à venir. J'ai horreur du pain décongelé, ça n'a plus de goût, la croûte se détache, c'est une hérésie alimentaire. Quand Bergounioux m'invitera à manger, j'apporterai le pain.

 

10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 11:16

 

Philippe-Didion---Le-carnet-de-Jimidi.jpg

 

 

On le sait, je résiste difficilement au plaisir de reproduire ici certains extraits des notules dominicales de culture domestique de Philippe Didion. Pour ceux qui l’ignoreraient encore, vous pouvez vous abonner aux notules en le demandant (poliment) à l’auteur en lui envoyant un petit mot à cette adresse : ph.didion@orange.fr

 

Puis chaque dimanche (ou presque) à midi pile, vous aurez comme moi la joie d’avoir quelque chose d’intéressant, d’intelligent, de cultivé, de drôle (souvent) à lire avant de passer à table.


 

VENDREDI Vie socio-musicale - C'est l'été. C'est vendredi. Les vendredis d'été, le soir venu et quand le temps le permet, les Spinaliens convergent vers la place des Vosges où se tient un concert en plein air. Cela fait des années que ça dure et que ça marche : on a l'impression que toute la ville est là. Pourtant, les Spinaliens ont d'autres occasions de se ruer en masse vers le centre-ville, un festival de rues, la fête de la musique, le 14-Juillet, mais le premier est devenu le carrefour des malotrus, la deuxième une vaste foire à la saucisse et la célébration patriotique n'a rien à voir avec ce que l'on voit ici les vendredis d'été. Ces soirs-là, on a vraiment l'impression que les gens se redécouvrent après un long hivernage, tout le monde discute, s'interpelle, s'apostrophe, se bisouille, se claque les paumes et les endosses. Les mômes parlent de leur bac, les vieux parlent de leur jardin, tout le monde à quelque chose à dire à son voisin. La musique, tout le monde s'en fout. Un vague groupe s'époumone sur l'estrade dans l'indifférence générale, le son tourne en rond sur la place, s'engouffre dans les rues qui y mènent, vous revient dans le dos en bourrasque, on ne comprend rien aux paroles mais ça n'a aucune espèce d'importance, on n'est pas là pour ça. D'ailleurs, si la municipalité, organisatrice de ces festivités, avait un tant soi peu le respect des deniers publics, elle nous collerait un bon vieux CD des grandes musiques d'Ennio Morricone par Raymond Lachance et son orchestre et le tour serait joué. On dira, pourquoi les gens ne font-ils pas ça spontanément, sans musique puisque celle-ci est inutile, les autres jours de beau temps ? C'est parce qu'on a besoin de balises, d'autorisations, de convocations. Une fête des voisins pour dire bonjour aux voisins. Un autre exemple. Autour d'Epinal, des forêts. Partout. Des kilomètres de chemins dans les bois, déserts. Une chance sur cent d'y croiser un promeneur de chien, un type en short en train de courir ou un Alzheimer évadé de l'hospice. Vous prenez un de ces chemins, vous marquez à l'entrée "Chemin", vous l'agrémentez de quelques panneaux didactiques du genre "ceci est un chêne", "ceci est un gland" pour pallier les carences des pères pédagogues et en deux dimanches vous avez des autos partout à l'entrée, des cyclistes casqués, des joggeurs à oreillettes, des pousseurs de poussettes, des vieillards à alpenstock, toute la panoplie Décathlon sera de sortie. Tiens, on pourrait aussi y mettre de la musique.

 

26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 11:54

 

 

Vous savez ce que c’est : quand on a rien à dire (ou pas le temps) et que d’autres écrivent très bien, impossible de résister à la tentation de les citer. On trouvera donc ci-dessous un extrait de  la notule dominicales de culture domestique de ce 26 juin 2011, signée Philippe Didion, arrivée dans ma boîte aux lettres à 12h17 et pompée en ligne ici moins d’un quart d’heure après. Plus frais, on peut pas, ou alors ça bouge encore.

 

(...)

MARDI.

En feuilletant Livres Hebdo. Celui qui avait pastiché les best sellers de la rentrée avec Et si c'était niais en 2007 et L'élégance du maigrichon en 2009 s'attaque aux témoignages plus ou moins sordides qui font tourner le rayon documents en librairie. Pascal Fioretto signe le 25 août chez Chiflet & Cie Moi Pascal F. congelé, élevé par les loups, presque chauve… ou l'histoire d'un homme congelé quelques mois après sa naissance, rescapé d'un tsunami, recueilli par les loups puis placé dans une famille d'accueil homoparentale, qui a épousé une cadre persécutrice de France Télécom et souffre de Toc. » L'éditeur prévoit ce bandeau : « Le livre le plus drôle depuis Les Misérables ! »

JEUDI.

Lecture. Histoires littéraires n° 40 (octobre-novembre-décembre 2009, Histoires littéraires et Du Lérot éditeurs; 256 p., 25 €).

Revue trimestrielle consacrée à la littérature des XIXe et XXe siècles.

Quatre articles constituent le dossier du trimestre, consacré à Robert Pinget. Je ne savais pas grand-chose de Robert Pinget. Qu'importe, je savais au moins que j'avais en rayon un livre sur lui, grâce auquel j'allais pouvoir parfaire ma connaissance. Las, une fois le livre en main, je m'aperçus qu'il s'agissait d'un ouvrage sur Maurice Pinguet. Pinget, Pinguet, Robert, Maurice, je n'étais pas tombé loin mais l'histoire littéraire commande d'être précis car les chausse-trapes y sont nombreuses : Paul Nizan n'est pas Paul Nizon, Graham Greene n'est pas Julien Green, sachons distinguer Romain Rolland de Jules Romains, Paul Valéry de Valery Larbaud. Ne mêlons pas Georges Perec et Georges Perros, ne confondons pas Lucien Descaves avec Roger Grenier. Méfions nous des strictes homonymies, des Claudel, des Clavel et des Duhamel (au fait, Joan Didion n'a jamais notulé de sa vie), et des familles à tiroirs comme celle des Mann, aussi piégeuse que celle des Bach en musique. A ces pièges communs, j'ajoute quelques travers strictement personnels qui m'ont conduit à longtemps prendre Martin Gray pour Romain Gary et à chercher Pennac là où se trouvait Picouly. Mais pour en revenir à la revue, la suite comporte moins de risques de confusion : on parle du cent-cinquantenaire de Madame Bovary, on publie des lettres inédites de Maupassant à la comtesse Potocka... Et puis ça recommence : un entretien avec Nelly Kaplan, que j'ai toujours confondue avec Leslie Kaplan. Lisez Histoires littéraires, c'est très bon pour la mémoire. (...)

 

14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 14:31

 

LUNDI - Joies des listes.

 

La liste, "the nucleus of philosophy" selon un personnage de Fitzgerald dans This Side of Paradise.

 

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e passe pas mal de temps à lire des listes, parfois à la recherche d'un renseignement précis, plus souvent par simple plaisir du vagabondage. Les listes de personnes ont ma préférence, il est rare que je n'en tire pas une satisfaction quelconque : index, ours, monuments aux morts, compositions d'équipes, génériques, pétitions, tout fait ventre. Même les listes d'élèves, pourtant réduites, peuvent révéler des choses intéressantes et commandent la géographie des classes qui me subissent : Dupont et Durand seront voisins, Grandjean sera assis à côté de Petitjean et Lahache côtoiera Duchêne, on ne discute pas. En lisant dans La Quinzaine littéraire du moment la rubrique "Il y a quarante ans dans La Quinzaine" qui offre la liste des collaborateurs et des articles parus à l'époque, j'ai été ravi de voir que le nom de Gilbert Lascault, l'inamovible critique artistique de cette publication, était orthographié Gilbert Lascaux, comme s'il appartenait à la préhistoire de La Quinzaine. Il m'a fallu, autre exemple, patienter jusqu'à l'index qui figure en clôture d'Entre miens, de François Caradec, pour y découvrir une coquille. Hier se déroulait un grand match de football. Pas le pâlichon PSG - OM que Canal + s'évertue à nous présenter comme un événement incontournable, pas le Real - Atletico trop tôt bouclé par les Merengue mais plutôt agréable à suivre, mais le match qui fit trembler le Portugal, un FC Porto - Benfica Lisbonne atomique (5-0). En lisant la liste des joueurs, je suis tombé sur le Lisboète Kardec que j'avais déjà repéré la semaine dernière dans un match contre Lyon. J'ai fait une recherche et suis tombé sur ce que je n'osais espérer : Kardec se prénomme Alan. Ce qui en fait l'homonyme de Léon Rivail (1804-1869), plus connu sous le nom d'Alan (ou Allan) Kardec, auteur du Livre des Esprits et considéré comme l'introducteur du spiritisme en France. Le footballeur Kardec est la réincarnation du spirite Kardec qui disait être la réincarnation du druide Kardec. Pas étonnant, avec ça, que Benfica ait reçu une volée à Porto : c'est une équipe de fantômes.

 

Philippe Didion

 

Rappel : vous pouvez vous abonnez aux notules, qui vous seront envoyées par courriel chaque dimanche, en vous adressant à l’auteur : ph.didion@orange.fr. C’est simple, gratuit, assez vite indispensable, souvent drôle, toujours intelligent, parfois émouvant, continûment cultivé, inlassablement agréable à lire, infatigablement tonique, perpétuellement stimulant, fondamentalement réconfortant, hebdomadairement cordial. J’arrête là, je suis arrivé au bout de ma liste de synonymes.

 

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