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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 09:41

 

 

 

Par expérience, je vois qu’il me faut une large vacance de temps, un esprit qui commence à zoner dans des fronts nuageux et glauques, une liberté totale au fil des jours, pour entrer dans un écrit, vraiment.

Laure, dans « Je sans elle » sur « Une chose et son contraire ».

 

 

Tu me connais : les questions relatives à l’écriture m’intéressent. Toutes. Ça va des avantages comparés du Bic quatre couleurs sur le calame de bambou, jusqu’à la balance entre les critères endogènes ou exogène pour la critique d’un texte. Donc forcément, quand Laure s’autosouhaite un peu de calme - entre autres conditions propices - pour aller plus profond en elle, puis plus avant sur un texte, j’ai les oreilles qui se dressent.

 

On questionnerait les gens qui écrivent, pour leur demander qu’elles seraient leurs conditions idéales, l’item « Trois semaines, trois mois, trois ans devant moi sans rien ni personne pour faire chier » arriverait sans doute en bonne position, suivi de : « Bière à volonté sans gueule de bois ni mal de tête. » juste derrière, peut-être.

 

Mais ce que je connais aussi – désolé, on ne me la fait plus – c’est le génie que nous avons pour accumuler les préalables, les pré-requis, les conditions, les tout ce qu’il faudrait réunir avant de nous y mettre, d’y aller, d’écrire.

 

Tu dis ? Ce côté « lundi je m’y mets » n’est pas réservé à l’écriture ? Tout à fait. Ça marche également pour beaucoup de trucs qui font devoir, mais aussi envie. Tu penses bien que si l’écriture ne faisait QUE corvée, personne n’écrirait jamais. Elle fait également plaisir, mais c’est un plaisir qu’on remet volontiers, qu’on voudrait plein et entier, détaché de toute contingence, de toute urgence. Un plaisir qu’on imagine d’autant plus pur que la vaisselle serait faite, l’aspirateur passé et la façade repeinte. Un plaisir qui n’empièterait sur rien et que rien ne viendrait perturber. On peut toujours rêver, heureusement.

 

Mais perso, je suis engagé dans une quête tout à fait à rebours de cette idée là, dans une pratique délibérée d’écriture tout terrain, inconditionnelle. Je n’attends pas, ou plus, que le minimum syndical des « bonnes » conditions soient réunies pour écrire. Je profite des pires conditions pour voir s’il est possible d’écrire encore, d’avancer d’une façon ou d’une autre sur le texte en cours, d’envisager le prochain. Attention, l’idée, c’est pas non plus de se faire mal, ou violence, d’accumuler les obstacles pour voir si je peux toujours sauter la barre, franchir le pas, non. Tiens, par exemple, cet article, je l’ai bien commencé au bureau, mais après avoir rédigé le rapport Briba. Je peux composer avec mon surmoi, négocier, mais pas le faire taire. Je n’essaye d’ailleurs même pas, non, l’idée, c’est de me dire : « Ok, les conditions ne sont pas top, mais est-ce une raison pour ne pas écrire ? Et si j’essayais ? » Ça marche dans beaucoup plus de situations que j’aurais pu l'imaginer. Pas toutes. Je n’arrive, par exemple, pas du tout (jamais) à écrire quoi que ce soit en réunion, aussi chiante soit-elle, qui soit sans rapport avec elle. Dessiner oui, des trucs de bloc téléphonique, écrire non.

 

Mais sinon, le bruit, l’agitation autour, le cours laps de temps, le lieu, souvent, de plus en plus souvent, ne sont plus des obstacles. Pire : s'accorder une petite pause écriture perso entre deux prises de tête, ça aide à tenir. 

 

Bon, après, faut nuancer et préciser. Écrire, ce n’est pas toujours, ce n’est pas seulement écrire cette scène super délicate, centrale, cruciale dans ta dernière œuvre impérissable, ce dialogue tendu, aiguisé, entre le bon et le méchant dans ta dernière fiction, ce paysage délicat dont tu vas devoir choisir chaque mot soigneusement. Pour ça, oui, vaudra peut-être mieux réunir un max de conditions favorables.

 

 

Mais écrire, c’est parfois « seulement » penser, réfléchir, envisager. Même pas besoin de crayon. C’est aussi relire, chasser la répét, la formule lourde, les que les qui, les facilités, les trucs qui t’ont fait plaisir sur le moment mais bof. Bref, écrire, c’est aussi toute cette « maintenance » pour laquelle les trois mois de désert ne s’imposent pas forcément.

 

Du coup, pour mon roman, là, qui va très bien merci, j’écris sur « Google doc ». En ligne donc. L’époque est ainsi faite qu’on est jamais très loin d’un ordi et d’une connexion Internet. Très pratique. Même plus besoin de trimballer le manuscrit, sous quelque forme que ce soit. Pi comme ça, je peux trainer sur Facebook, aller lire les carnets des potes… En attendant de m’y mettre.

 

 

 

 

9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 19:54

 

Ardoise-avec---ici-on-vend-de-belles-oranges-pas-cheres---.jpg

 

 

Lettrine--P-Bacon--le-carnet-de-Jimidi.jpgour un article que je projette, j’ai besoin que tu aies en tête ce sketch de Fernand Raynaud qui, mine de rien, aborde une question fondamentale en matière d’écriture : sa nécessité.

On trouve facilement à écouter ce sketch sur Musicme, par exemple et c’est d’ailleurs à partir d’une version audio que j’ai établi cette version écrite.

 

— Qui c’est qui veut des oranges ? Messieurs-dames, en passant, regardez mon cageot ! Regardez comme elles sont belles mes oranges ! J’en ai un plein cageot ! Bonjour Madame... En passant... (en aparté : elle regarderait même pas ! C’est quelqu’un ça ! ) Venez voir, j’ai des belles oranges ! Personne veut des oranges ? C’est quelqu’un ça alors ! Bonj... Bonjour Monsieur !

— Qu’est ce que vous faites là, vous ?

— Moi ? Je... Je vends des oranges.

— Je le vois bien, non ?

— Je suis l’employé. C’est le contremaître qui m’a employé depuis ce matin sept heures pour vendre des oranges.

— Et moi, je suis le patron, moi.

— Oh, pardon ! ( petit rire gêné ) hi hi hi !

— Et vous en avez vendu beaucoup, de ces oranges ?

— Ben non, j’en ai pas encore vendu une ! C’est quelqu’un ça !

— Qu’est ce que vous faisiez, avant de vendre des oranges ?

— Je vendais du poisson.

— Et vous en vendiez beaucoup ?

— Heu... Non, je n’en ai jamais vendu ! Qui c’est qui c’est qui veut du poisson ? On me répondait : « Vous ne savez pas où on peut acheter des oranges ? » C’est quelqu’un ça alors !

— Ça ne m’étonne pas que vous n’en vendiez pas.

— Pourquoi ?

— Comme ça... Vous avez une ardoise et une craie, c’est pour quoi faire ?

— C’est pour faire mes totaux ! Quelqu’un qui viendra, comme ça et qui me dirait d’une seul coup, allez, paf : « Il m’en faut trois kilos. » Alors... (il compte, rapidement) Cent multiplié par trois, trois fois zéro, je pose zéro, je retiens rien, trois fois zéro... Enfin.. Hi hi hi ! Je ferais mes totaux quoi ! Voilà !

—... !

— Voilà, voilà, voilà, voilà...

— Vous avez une ardoise et une craie, mon cher ami, servez-vous en pour faire de la publicité ! Le commerce, c’est un métier. Ce n’est pas n’importe quelle personne qui peut faire du commerce. Marquez quelque chose sur votre ardoise, de manière que, lorsque les client passent sur le trottoir, ils se disent : « Tiens ? Qu’est ce qu’il y a d’écrit là-dessus ? » Ils approchent, et vous les accrochez pour vendre votre marchandise.

— Ah, c’est vrai ! Hi hi hi ! C’est vrai.. J’y avais pas pensé de... d’écrire... C’est vrai !

— Je repasse dans dix minutes, hein.

— Au revoir M’sieu le patron ! C’est vrai... Une ardoise et une craie... Qu’est ce que je vais bien pouvoir écrire là-dessus ? Heu... (il écrit en s’appliquant) Ici-on-vend-de-belles-o-ranges... (il relit rapidement) Ici on vend de belles oranges... (il ajoute) pas chères. Voilàààà ! Qui c’est qui veut des oranges ?

(le patron, de retour) —C’est vous qui avez pondu ça ?

— Oui M’sieu le patron. Hi hi hi!

— Bon, donnez moi ça... (il lit) « Ici on vend de belles oranges pas chères ». Mmm mmm... Vous avez bien fait de marquer « ici », des fois qu’on pense que ce soit ailleurs... Vous ne voyez pas que c’est inutile le mot « ici » ?

— C’est vrai, j’ai mis « ici »... (il crache sur l’ardoise) Ptfu ! j’efface « ici ».

— « On vend de belles oranges pas chères » Ils auront bien le temps de le voir, que c’est pas cher... Pourquoi vous avez écrit « pas chères » ?

— C’est vrai ! Ptfou, ptfou ! J’efface « pas chères ».

— Donnez moi ça... « On vend de belles oranges » ... « on vend » vous aviez peut-être l’intention de les donner ? Mmm ?

— Nan !

— Alors pourquoi vous avez marqué « on vend » ?

— C’est vrai, hi hi ! Dire « on vend » !?  Ptfu, ptfu !

— « de belles oranges »... Quand on fait de la publicité, il faut en marquer le moins possible, de manière que ça frappe d’avantage l’imagination. Qu’est ce que ça veut dire, ça,  « de belles oranges » ? Elles sont pourries vos oranges ?

— C’est vrai !

— Et ben, effacez « de belles » !

— C’est vrai, ptfu ! « de belles»...

— C’est des bananes, que vous vendez ?

— Nan, c’est des oranges.

— Alors, pourquoi y’a « oranges » ?

— C’est vrai, pourquoi y’a... Ptfu ! Bon, ben je vais allez revendre mon poisson ! Comme ça j’aurais pas besoin de le marquer.

— Pourquoi ?

— Ça se sent !

 

16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 14:45

 

  Bulletin-scolaire.jpg

 

 

Lettrine--0-vieille-photo-.jpg

 

 

 

n me sait grand lecteur d’écrits périssables, prospectus, mode-d’emploi, blogs voisins, ordonnance de 45... Mais dans ce registre là, j’affectionne tout particulièrement les bulletins scolaires. Tu dis ? C’est parce que les miens sont encore classifiés « secret défense » ? Possible. Par chance, ma pratique professionnelle me conduit régulièrement à demander à mes ouailles (aïe, aïe ! ) de me montrer les leurs. Pour avoir suivi de près, et depuis longtemps, toutes les évolutions de ce genre littéraire à part entière, je crois pouvoir m’autoproclamer expert en lecture de bulletins scolaires. D’ailleurs on m’en envoie par mail, et ce, pas plus tard qu’hier, c’est vous dire ! Ce que vous ne mesurez peut-être pas, bande de cancres, c’est la sophistication extrême qu’adopte actuellement cette mesure trimestrielle de la performance scolaire individuelle.

 

Le bulletin type se présente comme un tableau à double entrée, ayant principalement en ordonnée les matières, et en abscisse des chiffres et des appréciations littérales. Dans un souci (sans doute légitime) de détacher les moyennes individuelles de l’idée de valeur absolue, on leur accole volontiers des éléments permettant de relativiser, à commencer par la moyenne de la classe. J’ai connu des collèges dans lesquels les professeurs étaient explicitement priés de faire en sorte que la moyenne des classes soit systématiquement à 10 (dans un système de notation sur 20). On conviendra qu’une moyenne collective qui s’éloignerait trop de la moyenne théorique donne en fait des indications sur la pratique du prof en matière de notation. Ainsi, les peaux de vache qui saquent tout le monde se situeront volontiers en dessous et les démagogues au-dessus. Suit en général une information sur les extrêmes, meilleure et pire moyenne de la classe dans cette matière, et/ou nombre d’élèves dans des catégories comme : à chier, passable, moyen, bon, très bon. On trouve même parfois une case « nombre de notes ». Sur le bulletin d’hier, je relève qu’aucune information complémentaire ne permet de savoir si les chiffres rangés dans les colonnes + et - de « notes extrêmes » sont des moyennes, ou des notes de contrôle, relevées dans la classe, ou s’il s’agit des notes personnelles extrêmes de l’intéressé.

 

C’est bien sûr dans la case d’après, celle des appréciations littérales, qu’on trouvera ces morceaux d’anthologie dont la toile regorge : « Cet élève confond la seconde et la marche arrière », « Elève brillant... par son absence. », « Se retourne parfois, pour regarder le tableau. »,  « A touché le fond mais creuse encore. »,  « En nette progression vers le zéro absolu. » et mes préférées : « L’apathie a un visage » ou : « Un vrai touriste aurait au moins pris des photos. » Certains bulletins ajoutent encore une, voire deux colonnes à côté de celle servie par l’appréciation littérale, celle du comportement et celle des conseils pédagogiques adressés à l’élève.

 

Vous êtes largués ? C’est normal : une bonne partie de cette mise en page des bulletin est en fait une mise en scène, destinée à donner du sérieux à l’ensemble. Or à notre époque, qui dit « sérieux » dit « technique » et qui dit technique dit opacité. Du coup, pas mal de collèges ont mis en place une procédure consistant non plus à envoyer les bulletins aux parents, mais leur demandant de bien vouloir passer le prendre au collège, ce qui devrait pouvoir donner aux pédagoques l’occasion d’une explication de bulletin : « Vous avez mis « ABS » à mon fils...  Assez Bien Suffisant, c’est pas mal non ? »

 

Reste que le bulletin de JB est bon, très bon même, parole d’expert. A ce titre, il mérite toutes nos félicitations. Oui, je parle de toi, de toi et surtout de toi ; je m’adresse rarement à moi en disant nous. Alors attention, tout le monde avec moi, deux, trois : BRAVO JB !

 

 

Illustration : pour ce montage, j'ai utilisé un bulletin trouvé sur le Net, il ne s'agit pas de celui de JB.

12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 12:11

 

Je ne crois pas avoir déjà repris cet article ici. Il a été écrit il y a quelques temps, après avoir lu la réflexion un peu découragée d’une blogueuse traversant un moment de doute, ce doute qui peut saisir chacun, confronté à la possible vanité de toutes ses entreprises. Certes, il est un peu long. Et alors ? Il n’y a pas que le Schmilblick dans la vie !


Lettrine--A-stradivarius--Le-carnet-de-Jimidi.jpgttention, les réflexions qui suivent s’inscrivent dans le cadre stricte de ce premier constat : pour certains – dont je suis – écrire est aussi inévitable que sécréter du calcaire pour un coquillage. Oui, ça marche aussi avec les escargots et tiens ? ça me ressemble plus. C’est-à-dire que pour ces âmes damnées, écrire procède d’un mouvement comparable à la pousse des cheveux et des ongles. Faut que ça se fasse. Ceux là écriraient avec un bâton sur le sable de leur île déserte s’ils n’avaient plus que ça et je soupçonne certains de chiper en douce – tac – une rémige des anges du paradis pour continuer après leur mort.

 


On a pu voir là une nécessité vitale – c’en est une – mais dont on mourrait si on en était privée. Heu… C’est envisager la question à l’envers. Si la mort empêche d’écrire (elle n’empêche pas d’être publié !) je doute qu’on puisse empêcher un vivant d’écrire (Cf. « Le scaphandre et le papillon). Ou alors c’est que d’autres nécessités seraient devenues bien plus prioritaires, ou certaines fonctions vitales trop amoindries. L’écriture n’aurait alors – comme tout le reste peut-être – plus beaucoup d’importance.


Bref, pour nous les damnés, ceux pour qui l’écriture est une sorte de cicatrice qui démange – alors on gratte – elle reste une inépuisable source d’interrogation dont les blogs ne sont pas indemnes, mais qui ne doit pas masquer les questions spécifiques qu’ils posent.


 « Un blog : à quoi bon ?» doit être alors compris, pour moi, non comme « Pourquoi un blog plutôt que le macramé ? » mais bien comme « Pourquoi un blog plutôt qu’un journal intime, un recueil de souvenirs, une autobiographie, une revue littéraire, des nouvelles etc. ?»


 On contournera ici, des questions comme « Pourquoi écrit-on, Tonton ? M’as-tu lu, Lulu ? Il n’est pas impossible que dans le même mouvement ample et lâche, cet article passe également à côté des figures libres ou imposées de l’écriture sur blog, comme la chronique des petits riens. Tout ça pour dire que du point de vue que j’entends défendre, le principal défaut du blog pour ceux qui écrivaient-écrivent-écriront, c’est le flou de sa représentation mentale : est-ce que j’écris vraiment si j’écris sur mon blog ? Or cette question ne se pose pas si on est lancé dans un texte destinée à une édition papier, par exemple.



Le papier, encore.


C’est peu dire que livre, et plus généralement l’édition papier, culturellement, on l’a dans la tête. Ça n’a pas toujours été, mais ça fait quand même un certain nombre de milliers d’année que ça dure. Ce n’est pourtant pas universel : nous avons tous des voisins, des parents, des enfants, pour qui le livre ne représente pas grand-chose. Mais, virgule, pour les autres, ceux pour qui la culture et l’écrit font bon ménage, le livre représente un symbole au moins aussi fort et tout aussi irrationnel que - je ne sais pas moi - la croix du Christ en religion ? Le livre, on l’a dans la tête à côté d’autres objets irrationnels, déraisonnables et indispensables.


 Encore une fois, je sais bien qu’il s’agit là d’un moment inscrit dans l’histoire. Il y a eu un avant livres, il y aura un après. Mais nous sommes dans un entre-deux et dans cet entre-deux : nos carnet électroniques. On les décrit comme des journaux intimes, mais publics, comme des fanzines en ligne, comme des revues de presse, comme des albums de voyage en temps réel, comme des catalogues éphémères… Bref, on fait appel, pour se les représenter, pour dire ce qu’ils sont, dire ce qu’on voudrait qu’ils soient, à des modèles préexistants. On cherche des parentés pour situer des différences et des racines d’où pousseraient des branches auxquelles se raccrocher. Cette incertitude, ce flou donnent à certaines questions une acuité qu’elles n’ont pas ailleurs, comme la question de savoir par qui, par combien nous sommes lus. Parce qu’enfin, soyons honnêtes, quand on publie un livre, nous n’avons pas de contact avec nos lecteurs, peu d’info sur leur nombre et en gros : on s’en fout. Pourquoi, passant d’un modèle éditorial à un autre cette question change-t-elle à ce point de visage ? Parce que justement nous sommes alors dans l’incertitude des termes dans lesquelles les poser, dans lesquels y répondre et au final de leur importance.


 Je ne suis pas en train de dire que le nombre des lecteurs de nos blogs on s’en fout parce qu’on se fout du nombre de lecteurs de nos livres. Je suis juste en train de relever que pour le livre, on s’en fout parce que le plaisir qu’on a d’être publié n’est pas fonction du nombre de nos lecteurs et que ce nombre n’a une importance qu’économique pour l’éditeur.


 

Et tonk ?


On ne répondra donc pas ici à la question « Un blog : à quoi bon ?» avec un compteur de visites ou de pages lues, non, car ce que j’entends dans cette question, c’est du doute, du découragement, de la solitude, le bilan d’une énergie possiblement gaspillée, d’efforts peut-être vains, d’espoirs peut-être déçus. On peut se poser les mêmes questions en faisant du macramé, mais au moins à l’arrivé a-t-on un sac, un hamac, un objet. La « récompense » de l’écriture, quand on est publié, on l’éprouve, mais pour un blog, elle est où ? Vers quoi est-ce qu’on va avec un blog ? Qu’est-ce qu’on accumule, qu’est-ce qu’on construit ? Juste une alvéole supplémentaire de sa coquille, ou autre chose de plus ?


 Perso, je crois sincèrement que le côté « sécrétion naturelle » peut suffire à certains, à bon droit. Je le dis autrement : écrire un blog juste parce qu’écrire ou juste parce que déborder ou juste parce que ras le bol ou juste pour fleurir ou juste pour le calcaire, ça me semble tout à fait légitime et suffisant et ne pas se poser la question d’à quoi bon ? parfaitement respectable. Mais je crois aussi que ce qui fonde l’importance d’un livre, c’est qu’il est tous les livres, comme un être humain est d’une certaine façon toute l’humanité. Alors quelle est cette « blogosphère » cette « toile » dont chacun de nos blogs serait constitutif et comment se représenter enfin leur irréductible et singulière importance dans ce grand tout ? Forment-ils (métaphoriquement) les cellules d’un tissu vivant ? Ont-ils noué des liens avec les autres blogs jusqu’à constituer un filet ?  


C’est peut-être encore du livre que peut venir la réponse. Oui, parce que le livre, on s’en fout. Le livre, ce n’est jamais que la production d’un auteur dont on sait qu’ils ont le nez dans le guidon, la tête dans le sac et le tout dans un tunnel. L’important, c’est la littérature, et désolé, mais ce ne sont pas les auteurs qui font la littérature, ce sont les lecteurs. Ah, je crois que j’ai été un peu vite pour certains (de Tours). On pourrait en discuter, mais je crois que la littérature est plus un ensemble (organisé) de lectures qu’une accumulation de livres.


Dans le même ordre d’idée, je ne crois pas que les blogs tissent la toile. Ils figurent plutôt les fils de chaîne et le lecteur cette navette les traversant pour constituer de son va et vient, au final, cette toile. Tu vois pas ? Oui, ben tu n’avais qu’à prendre « tissage artisanal » plutôt que « poterie », dégage. Perso, l’image vaut ce qu’elle vaut, mais je me représente nos blogs côte à côte, tendus comme les cordes d’un piano, allant du grave à l’aigu. Avec son clavier (c’est le cas de le dire) le lecteur compose sa petite mélodie personnelle en nous parcourant si bien qu’au final, la blogosphère est plutôt un concert qu’une salle de spectacle, dans laquelle nous sommes peut-être plus les instrument que les instrumentistes.


Vous avez de la chance, ici, c’est Stradivarius tous les jours !

 


2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 13:14

 

 

 

Profitant d’un courriel consacré à une question sans importance ici, Alphonse Salafia ajoute : J'avoue que je suis épaté par l'abondance de ton écriture. Je n'arrive pas à écrire autant de poèmes ou autres.  Je suis curieux de tes pratiques « écriturales » (ce serait peut-être une idée à exploiter : les pratiques d'écritures des uns et des autres...)


Cher Alphonse, s'il y a bien une chose dont je ne sais jamais trop quoi faire, c'est l'admiration. Je parle de celle des autres à mon endroit, bien sur puisqu'à l'inverse, comme en témoigne j'espère ce carnet, je me sens une infinie capacité d'admirer ce que fait autrui, que ce soit de l'art, du cochon, ou du boeuf. Les compliments, l'étonnement positif, l'admiration, quand ils me sont personnellement adressés, j'ai immédiatement le sentiment qu'ils se trompent d'objet. C'est doublement le cas ici pour « L'abondance de (mon) écriture ». Je n'ai pas l'impression d'être pour grand-chose dans ce que j'écris. Je l'ai déjà dit ailleurs : l'écriture me paraît poursuivre ses propres fins, utilisant les auteurs plus qu'ils ne l'utilisent.


Quand à l'abondance, elle est ici en trompe l'oeil. A la suite de ta remarque, j'ai été compter, dans les derniers quarante articles publiés sur ce carnet, combien m'avaient demandé un vrai travail d'écriture. Je ne parle pas de trouver un emballage de mots, mais d'écrire, c'est à dire organiser (tu parles !) la confrontation entre les mots et mes intentions, compter les points sur le ring de la page, accepter de perdre là une reprise pour mieux gagner la phrase suivante et constater une nouvelle fois qu'à la fin, le seul vainqueur n'est ni l'écriture ni l'auteur mais le texte, dans le meilleur des cas.

Sept. Sept sur quarante : Immolation, Faire mieux que bien, Scribulations était de la revue, mes toponze, Wim Delvoye, Imre Makovecz, Ecriture quadrumane. Je ne compte pas D&Co trop taupe puisque c'est une reprise et Mes toponze m'a surtout demandé un travail technique de documentation.


Le reste est là pour me faire croire que j'écris et il semblerait bien que ça marche aussi pour certains lecteurs ! Hi hi ! Je ne suis pas très loin de penser que l'ordinaire de mes publication, ou du moins la majorité d'entre elles, est là justement pour éviter d'écrire. Je ne sais pas si tu as eu l'occasion de lire ce que qu'en dit Peter Mullan, propos que je rapporte dans l'article « Écrire, dit-il », mais je m'y retrouve tout à fait : J’aime travailler dans les bibliothèques, parce que ça veut dire que je ne suis pas obligé d’écrire, ça veut dire que je peux être assis, étaler mes journaux, et absolument ne rien foutre. Je suis assis, j’écoute de la musique, je regarde les gens et si j’ai du pot, les gens viennent me parler. Parce que, comme la plupart des écrivains, la dernière des choses qu’on a envie de faire au monde, c’est d’écrire. On sait tout de suite si quelqu’un est en train d’écrire, parce que, lorsque on va chez lui, c’est propre, vaaachement propre. Parce qu’il a absolument TOUT FAIT, tellement tout, qu’il n’y a absolument plus rien d’autre à faire. La plupart des auteurs que je connais - je m’inclue dans le lot - et ben on ne commence vraiment à écrire, que quand il n’y a plus de placard à ranger. Tout a été fait : les lessives et tout. On a fait tout. Et là c’est : « Oh putain ! Il ne me reste plus qu’à écrire. Et il faut y aller.


Sauf que perso, je ne range pas mes placards et je ne vais pas dans les bibliothèques : je publie des conneries sur mon carnet. Publier pour éviter d’écrire, ça peut aussi prendre un tour comique (quoiqu’un peu désespéré). Qu’on en juge : j’ai rédigé l’essentiel de cet article au bureau, ce qui m’a permis, une nouvelle fois, de ne pas écrire mes rapports en retard. Tu dis ? Oui mais là, ça aurait été de l’écriture pro ? Vi, mais raconter à un juge ce qu’on a compris d’une situation familiale et, au sein de celle-ci, de la situation d’un gamin, je peux t’assurer que c’est de la vraie bonne écriture qui prend la tête.


L’idée d’une rubrique qui témoignerait de nos différentes pratiques d’écriture est excellente. Elle est d’ailleurs tellement bonne qu’on la trouvera sur scribulations.fr dans le projet « J’écris ». Attention, l’inscription préalable est nécessaire, mais c’est juste une formalité. (« Créer un nouveau compte » en bas à droite de la page d’accueil.)


Nous sommes donc « à égalité » me semble-t-il, cher Alphonse, devant la difficulté d’écrire et perso, même quand je suis à fond, sortir une vraie bonne page par jour est mon maximum. Du coup, ajouta-t-il pour faire la passe, je suis très admiratif de la production de Jean-Marc La Frenière, par exemple, dont le volume (et la qualité) ne cessent de m’épater.

30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 16:53

 

Tarsier-et-crayon---Le-carnet-de-Jimidi.jpg

 

Lettrine--T-courrier--Le-carnet-de-Jimidi.jpgiens ? Ça ne m'avait pas sauté au vieux  jusque là, mais la « méthode » (tu parles !) que nous avons suivie avec Jane pour écrire à deux « Zones d'ombre » est sensiblement la même que celle suivie avec Kamash pour écrire les premiers épisodes des aventure de Wan & Ted.

 

Mais avant de te raconter ça, il faut quand même préciser que cet article ne parlera pas de mes expériences d'écriture avec le groupe LAIRE (Lecture Art Innovation Recherche Ecriture) pour la revue Alire – écrits de source électronique, cette écriture faisant appel à des collaborations techniques, tout particulièrement en matière de programmation informatique. Cet article ne parlera pas non plus de mes expérience mettant en œuvres un groupe d'auteurs. Non, il s'agira juste d'écrire un récit de fiction « à quatre mains », l'un et l'autre des co-auteurs étant a priori compétents  et compatibles sur l'ensemble des tâches que ce travail suppose.

 

Pour « Zones d'ombre », une fois décidé avec Jane Sautière qu'on écrirait un polar, j'avais bricolé une demi-douzaine d'intrigues, chacune susceptible de tenir la route sur cent cinquante pages, chacune comportant des forces et des faiblesse et le premier travail (mais n'est-ce pas valable très généralement, y compris quand on écrit seul ?) a été de se raconter l'histoire, le plus précisément possible : personnages, situations, intrigue, rebondissements, fin...

 

Bien sûr, à l'arrivée, l'histoire finie est sensiblement différente. Des trucs auxquels on n'avait pas pensés arrivent en cour de route. Les personnages ayant leur autonomie propre, toutes les situations ne leur conviennent pas. Des idées apparaissent dont il serait dommage de se priver. Mais tout ça arrive quand l'écriture est lancée et bien lancée, et cette irruption de inattendu apporte plutôt de l'énergie d'appoint.

 

Vient la question du « qui fait quoi ? » Pour Zones d'ombre comme pour Wan & Ted, ce partage des tâches a reposé essentiellement sur un partage des personnages. De ce Yalta miniature, Jane est reparti avec « ses » personnages à écrire et moi les miens, Kamash avec Wan et moi avec Ted. Pour Zones d'ombre, il nous est apparu évident (ça ne l'est pas du tout) que chacun des personnages serait tour à tour narrateur. Le roman est donc écrit à la première personne, mais ce n'est pas toujours la même. Le nom du personnage-narrateur figurant en tête de chapitre, ça fonctionne. Nous n'avons pas eu de retour genre « On ne sait pas qui raconte. » Il me semble me souvenir que j'avais plus de personnages que Jane et il faut croire que j'étais à l'époque un peu plus disponible qu'elle puisque j'ai vu le moment où, ayant écrit dans mon coin l'essentiel de « ma partie », et n'ayant aucune nouvelle d'elle, soit tout allait atterrir à la poubelle, soit j'allais devoir tout écrire seul. Puis heureusement, une grande enveloppe brune est arrivée dans ma boite aux lettres avec ce qu'avait écrit Jane.

 

On aura compris qu'à ce stade (et en 1997) nos échanges passaient par courrier. Je ne sais plus si la grande enveloppe brune contenait des feuillets manuscrit, ou tapés, avec ou sans disquette d'accompagnement. En revanche, je me souviens bien lui avoir renvoyé le tout, avec des suggestions, des corrections, des ajouts, des retraits et beaucoup d'euphorie naïve.

 

Douche froide. Jane m'a fait comprendre, en toute amitié, mais fermement, qu'il n'était pas question que j'intervienne sur son texte. Je vais m'attarder un peu là dessus, puisque c'est à l'évidence autour de cette question que ce nouent les difficultés réelles et supposées d'une écriture à deux.

 

A moins que cette position ait été convenue au départ, il est exclu qu'écrire à deux suppose que l'un soit le nègre de l'autre. L'objectif est bien d'arriver à un texte commun, mais il me paraît indispensable, au moins le temps qu'une réelle confiance s'installe, que chacun soit complètement maître d'œuvre de ce qu'il écrit. On verra qu'avec Jane, mais également avec Kamash, cette confiance ayant été petit à petit essayée, éprouvée, testée et finalement acquise, il a été possible, mais dans une mesure sur laquelle je reviendrai, que l'un accepte de l'autre des suggestions puis qu'ils les intègre.

 

Nous n'avons pas tous (c'est le moins qu'on puisse dire) la même perméabilité aux retours sur nos textes. Perso, et même après plus de trente ans d'écriture à plusieurs, à moins que ces suggestions viennent de personnes que je compte sur les doigts d'une seule main, la réaction de rejet est toujours là, instinctive, immédiate. Il faut donc faire très attention avec ça, ne rien brusquer, d'autant qu'on doit garder en tête une autre évidence : un texte gagne beaucoup à être relu par quelqu'un qui ne l'a pas écrit. Il faut juste que ça ne soit pas n'importe qui et que les retours ne se fassent pas n'importe comment.

 

Mais une fois cette confiance établie entre co-auteur, sur la base de leurs qualités respectives, celles-ci ayant été éprouvées, reconnues, acceptées, alors là, oui, on peut passer à la réécriture, d'autant qu'il ne s'agit pas de tout refaire. Revenir sur un texte, pour moi, ça consiste à limer les aspérités, inverser certains bouts de phrase, chasser les répétitions, trouver des synonymes, et, au niveau de son économie générale, agencer ses différentes parties, écrire des paragraphes de liaison, apporter en amont des précisions qui s'avèrent nécessaires en aval, bref, pas grand chose à voir avec le travail de création.

 

Avec Jane, pour une scène et une seulement, tenaillés par l'envie d'en finir, nous nous sommes retrouvés physiquement devant le même ordi, moi tapant, nous deux élaborant, suggérant, précisant et finalement écrivant ensemble. C'est le seul endroit du livre où je ne pourrais partager ce qui tient à elle de ce qui vient de moi. Partout ailleurs, c'est sa plume OU la mienne et ça m'amuse beaucoup de ne jamais dire ce qui a été écrit par l'un ou par l'autre. Tous les lecteurs, même nos proches, se sont plantés dans cet exercice du « Qui a écrit quoi ? » Parce qu'au final, surtout s'agissant d'un récit de fiction où les personnages tiennent à tour de rôle la place de narrateur, c'est eux qui s'expriment.

 

On se tromperait également à coup sûr en voulant surligner d'une couleur ce qui a été écrit par Kamash et d'une autre ce qui a été écrit par moi dans les récits de Wan & Ted. Certes, le partage annoncé plus haut donne une bonne indication – toi Wan, moi Ted – mais il y a plein de situations où les deux protagonistes sont ensemble et plein d'autres où il ne sont pas là du tout, celles-ci mettant en scène, par exemple, des personnages secondaire ou des personnages liés à l'intrigue et eux seulement. Je crois qu'on était arrivé avec Kamash à une bonne osmose, ou une bonne symbiose, qui m'a permis, par exemple, d'aller beaucoup plus loin dans le loufoque, le déjanté et les jeux de mots que je ne me le serais autorisé sans lui. Quel bénéfice en a-t-il tiré lui ? Bah, il vous le dira peut-être, mais il me semble bien avoir lu quelque part qu'il appréciait par exemple que d'un mot ou deux, je sorte une phrase ou un paragraphe de son apparente banalité.

 

Un autre immense bénéfice que perso, je tire de l'écriture à quatre mains, c'est qu'on me botte le cul. Tu dis ? Ça suppose alors que dans les quatre mains il y en ait au moins une qui écrive comme un pied ? Très drôle. Reste qu'être plusieurs (mais deux, c'est bien aussi) ça motive, ça entraîne, ça console. Je fonctionne assez bien avec les obligations que me crée le partage de quelque chose avec quelqu'un. Mais ne regarde pas comme ça mon dessert, ça me rend nerveux.

 

30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 18:20

 

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Tout vient à point à qui sait ne plus attendre, mais il se trouve que jetant un oeil, aux toilettes, sur un numéro du Monde des livres daté du 12 mars 2010, je suis tombé sur un bien intéressant article signé Florence Noiville au sujet du livre « L’Écrivain et l’Autre » de Carlos Liscano. Il me semble qu’on est également là dans un cas particulier d’écrivain, mais bien incompatible également avec l’exercice huit heures par jour d’une activité tarifée. (Cf. L’article « Écrire ? Par plaisir seulement, merci »). Perso, j’ai de longue date un aphorisme qui se rapproche, me semble-t-il- des idées exposées ci-dessous : « L’écriture est une plaie. Alors je gratte. »

 

On pourrait également citer à comparaître comme témoin à charge, Peter Mullan que j’entendais dimanche dernier entre 10h et 11h dans « Au temps pour moi », une émission d’Harold Manning.

 

(3’17’’) (Peter Mullan répond à la question « Vous écoutez quoi, quand vous écrivez ? ») Mais bon, lorsque j’écris, j’ai tendance à écouter... (il explique) j’écris dans les bibliothèques publiques. Je ne dactylographie pas, j’écris à la main et j’aime travailler dans les bibliothèques, parce que ça veut dire que je ne suis pas obligé d’écrire, ça veut dire que je peux être assis, étaler mes journaux, et absolument ne rien foutre. Je suis assis, j’écoute de la musique, je regarde les gens et si j’ai du pot, les gens viennent me parler. Parce que, comme la plupart des écrivains, la dernière des choses qu’on a envie de faire au monde, c’est d’écrire. On sait tout de suite si quelqu’un est en train d’écrire, parce que, lorsque on va chez lui, c’est propre, vaaachement propre. Parce qu’il a absolument TOUT FAIT, tellement tout, qu’il n’y a absolument plus rien d’autre à faire. La plupart des auteurs que je connais - je m’inclue dans le lot - et ben on ne commence vraiment à écrire, que quand il n’y a plus de placard à ranger. Tout a été fait : les lessives et tout. On a fait tout. Et là c’est : « Oh putain ! Il ne me reste plus qu’à écrire. Et il faut y aller. Alors je vais dans les bibliothèques publiques, je mets mes écouteurs (...) quand j’écris, j’ai tendance à écouter de la musique sans paroles. Principalement du classique. (4’51’’)

 

 

Une prison de mots


Sauvé des geôles uruguayennes par l’écriture, Carlos Liscano montre que cette passion peut aussi être un piège.

 

Même si tout écrivain est  animé du dur désir de  durer, la mode du « durable », heureusement, n'a pas encore  affecté la littérature. Bizarrement,  c'est pourtant l'adjectif qui vient à  l'esprit quand on pense à Carlos Liscano. Sans doute parce que son  œuvre frappe par sa profondeur, sa  solidité, sa permanence. Disons  qu'elle imprime en nous un « souvenir durable ».  

 

Il faut avouer que l'histoire de  Liscano, né en Uruguayen 1949, est  peu banale. Un jour, des hommes,  des militaires, sont venus le chercher. C'était le 14 mars 1972, à Montevideo. Une belle journée de printemps. Mais à partir de cette date,  plus personne, ni ses voisins ni ses  amis, ne l'ont revu.

 

Incarcéré par la junte au pouvoir  pour avoir rejoint le mouvement  des Tupamaros, Liscano a passé treize ans, en prison, dans un établissement de pointe ironiquement nommé pénitencier de la Liberté.

 

C'est là, en prison, qu'il a fait l'expérience de la torture quotidienne,  qu'il a appris la mort de sa mère et  le suicide de son père. Là qu'il a failli  sombrer dans la folie. Là qu'il a  découvert l'écriture.

 

«Les châtiments, l'isolement,  tout ça est dur, raconte sobrement  Liscano, de passage à Paris. Dans ces  conditions, on commence facilement à délirer. C'est pourquoi j'ai  pensé que je devais faire quelque  chose pour contrôler ça et j'ai commencé à écrire un roman mental. »  L'homme n'était nullement prédestiné à l'écriture. A l'époque, il voulait faire des mathématiques. Il essaie donc de se remémorer comment est construit un roman. Il pense à Céline, Beckett, Buzzati. Par  miracle, il réussit à écrire en cachette, soustrayant quelques-uns des  feuillets distribués par les bourreaux pour communiquer avec les  familles.

 

 

Dissimulés par un codétenu

 

Son premier roman sortira de  prison sous forme de petits bouts  de papier couverts d'une écriture  minuscule et soigneusement dissimulés par un codétenu à l'intérieur  d'une guitare ...

 

Vingt -cinq ans plus tard, on peut  lire en français trois romans de Carlos Liscano, La Route d'Ithaque, Le  Fourgon des fous et Souvenirs de la  guerre récente (tous remarquablement traduits par Jean-Marie Saint- Lu et publiés chez Belfond), de  même que quelques nouvelles, un  essai, L'Impunité des bourreaux  (François Bourin), de la poésie, du  théâtre ... Et voici que nous arrive un  nouveau texte, bref et saisissant.  Atypique aussi dans cette œuvre. Une manière de faire le point sur  l'acte d'écrire: à quoi ça sert ? à quoi  ça mène? en quoi ça mine?

 

Dieu sait si on en a lu, pourtant,  des textes sur l'impossibilité d'écri re. Cette littérature qui se demande  « ce qu'est l'écriture et ce qui rôde  autour d'elle » est presque devenue  un genre. Mais qui ouvre L'Ecrivain  et l'Autre ne le lâche pas. L'extrême  sincérité de la démarche et l'intensité de la quête vous prennent à la gorge. Intelligence, clairvoyance,  détresse nue : on est d'emblée dans  l'essentiel.

Ça a l'air simple, pourtant. Ça a  toujours l'air simple avec Liscano.  Sujet-verbe-complément. On  commence par tirer un fil banal.  Par exemple : «J'ai le sentiment  d'avoir construit un personnage  qui est un écrivain. » Puis : « derrière ce personnage il n’y a rien. » « Celui qui écrit s'est peu à peu  emparé de tout et a écrasé  l'autre. » A écrasé la vie. «Le problème, ce n'est pas la littérature. C'est la vie. » Comment retrouver la fraîcheur de l'homme qui va acheter  son pain et ses oranges? Comment échapper à l'observation  permanente ? L'écrivain a pris le  pas sur tout le reste, tant et si bien  que Liscano ne peut même plus  lire un livre : « Au-delà de la  deuxième page, je me concentre  pour tenter de voir non pas ce  qu'on me raconte mais comment  on me le raconte ( ... ) Il y a de l'orgueil à dire qu'on ne peut pas lire  de romans et en même temps à en  écrire. »

Et puis il y a cette « inquiétude  infinie dans l'absence de mouvement », Cette frustration constante. « Parce que écrire, c'est ça. On  atteint un territoire, pas un but. La  littérature n'est pas un point d'arrivée. Ecrire, c'est être attaché à un  poteau au milieu du désert et vivre  une inquiétude sans limite. »

 

 

Plaisirs minuscules

 

Il n'y a aucune posture romantique chez Liscano, il n'y a que du  désespoir. Ironie du sort, l'écriture qui l'a jadis sauvé de l'enfermement est devenue sa nouvelle geôle. Pourquoi Liscano a-t-il inventé  Liscano ? Pourquoi a-t-il eu besoin  de s'enchaîner à cet Autre, qui lui  prend son oxygène, l'empêche de  goûter de plain-pied aux plaisirs  minuscules, passe son temps à se  demander s'il a raison d'écrire et  le droit de le faire, est pris de vertige devant la vanité de toute chose  et se résout, abattu, à l'idée qu' « il n’y a pas de paix dans les mots ».  L'écriture comme piège, cauchemar, addiction, aliénation.  Quelqu'un avait-il décrit ça comme ça? En dénudant son dénuement ? En allant aussi loin dans  l'humilité ? On sort de là chamboulé, aussi perdu que Liscano lui-même.

 

Faut-il continuer d'écrire? Ce  qui est sûr c'est qu'il faut cesser d'écrire sur quelqu'un qui écrit  qu'il ne peut pas écrire. Mieux  vaut le lire (et aussi ses romans).  Sans tarder.

 

Florence Noiville pour Le Monde des livres du 12 mars 2010 page 3

 

Extrait :

 

« On écrit pour laisser un témoignage ( ... ). Mais cette tentative  peut s'inverser. Elle peut  conduire à écrire pour sentir  qu'on est en vie. Alors la vie' se  transforme en néant. Commence la lutte pour conserver l'harmonie, qui finit par conduire  où on ne voulait pas aller, au  chaos, à l'angoisse. Alors I'individu recommence à se consacrer à la vie, à la vraie vie, à  l'amitié, à l'amour, au sexe.  Mais il en revient très vite à son  intention de ne pas vivre, de n'être que littérature. L'ironie  lui donne la certitude de se  prendre pour rien, contraire-  ment au reste du monde qui se  prend toujours pour quelque  chose. Puis il cherche un abri

( ... ). Il ne trouve pas d'issue.  Mais il n'y a pas d'issue, comme  on le sait depuis le début. Voilà  la réalité de l'écrivain grand ou  petit. La lutte pour l'être le  conduit constamment de la  grandeur à la misère. Il ne souffre pas plus que quiconque  mais il souffre. La différence  tient peut-être au fait que l'écrivain croit savoir qu'autre chose  est possible. » L’Écrivain et l’Autre - Page 160-161

 

 

Coïncidence liée à la mise en page, il se trouve qu’en dessous de l’excellent article consacré au livre de Carlos Licscao s’en trouve un autre, assez nul, tartinant sur « La Fin » de Salvatore Scibona. On y saute de poncifs en lieux communs, en enfonçant au passage pas mal de portes ouvertes. Bah, on ne va pas mettre en cause la qualité des journalistes et penser que les deux livres sont loin d’avoir le même intérêt, même si les deux articles abordent des questions liées à l’écriture.

 

(...) Car la rareté de ce premier roman est tout entière contenue dans ces personnages. Ils pensent, s’émeuvent, hésitent. Ils vivent, semble-t-il, malgré leur créateur. Ce sont des êtres indépendants, comme l'explique Salvatore  Scibona, de passage à Paris : « Dans  mon roman, le forme découle de la  fonction, comme dans les théories  de l'architecture fonctionnaliste. Je ne voulais pas inventer une structure et la décorer avec des personnages. Les personnages étaient là les  premiers. Cela met l'auteur dans  une position très différente : si  j'avais commencé par construire  une trame, mon livre ne serait  qu'ego. A l'inverse, je considère que  mes personnages ont un libre arbitre. Dès que j'essayais de les forcer à  faire quelque chose, ils sortaient de  la page et me disaient: "non, je ne  suis pas comme ça". Alors, je me suis  dit que j'allais leur construire une  maison qui leur conviendrait, dont  je serais le dieu – nécessairement,  comme tous les écrivains –, mais  dans laquelle je les laisserais vivre.» (...)

 

 

Rappelons au passage que le Fonctionnalisme en architecture et la formule- manifeste : « form follows function » de Louis Sullivan, architecte étasunien, datent des années 1900 (L’Encyclopaedia Universalis nous fait même remonter le fonctionnalisme à l’époque romane ). Quant aux « Six personnages en quête d'auteur » la pièce de Luigi Pirandello a été écrite en 1921. Pas bouleversant de nouveauté, tout ça.  

26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 10:55

 

Lettrine (N diable)

on, vraiment, après l'avoir une nouvelle fois lu chez Lise, je n'aime pas ce distinguo entre professionnels et amateurs qui repose sur le sérieux et la rémunération opposés à l'approximation et au dilettantisme, surtout en matière d'écriture. Oui, tu peux fuir pendant qu'il est encore temps, c'est encore un billet sur l'écriture (que j'ai failli commencer un peu rapidement par « L'écriture fait couler beaucoup d'encre ! »)


Il se trouve que je suis en train de rédiger un article sur Maskull Lasserre, un jeune sculpteur. Je ne sais pas de quoi il vit, mais on peut l'imaginer : il a pris un job pour payer le loyer, au mieux prof d'art plastique, au pire équipier MacDo. Sa sculpture ne lui rapporte encore pas grand'chose, sauf ponctuellement, comme par exemple cette commande pour Lacoste à l'occasion de laquelle il a réalisé, comme trois autres artistes, un truc assez immonde (mais quand même le plus intéressant du lot).


Tu vois le problème ? Maskull Lasserre EST sculpteur, même si son activité salariée n'a (possiblement) rien à voir avec sa pratique artistique. Il pourra peut-être vivre de sa sculpture un jour, sans se fourvoyer dans des commandes publiques ou privée, et ce jour là, laisser tomber les jobs plus ou moins utilitaires mais aura-t-il pour autant changé de statut ( hi hi !), et quand exactement ? En abandonnant les commandes, ou les jobs ? Le cas particulier des jeunes artistes ne rentrent donc pas dans le distingo.


Les vieux non plus. Combien de retraités, mais également de chômeurs, d'intermittents, de gens ayant choisi (ou pas) de vivre des minima sociaux, exercent une activité qui les gratifient bien autrement qu'en fric ? Parmi eux, combien de fous furieux, un peu, beaucoup, passionnéments investis dans leur activité, au point parfois d'en devenir des spécialistes, des experts ? Amateurs, bénévoles, mais sérieusement « pointus ».


En revanche, oui, je crois volontiers qu'on n'accède à une certaine qualité de son expression artistique qu'en y passant du temps, mais étant précisé alors que la quantité ne suffit pas. D'ailleurs, dans l'idée de « huit heures tous les jours », seul le « tous les jours » me paraît intéressant dans ce qu'il suppose de régularité, d'entraînement. Non parce que perso, huit heures par jour, à part dormir... 

De la régularité donc,mais également de la recherche, du questionnement, du souci de se perfectionner, de la distance critique. On serait condamné sinon à rabâcher, à perseverare diabolicum.


Au final, il n'y a donc pour moi que la qualité de ce qu'on donne qui compte, les amateurs ayant en plus, souvent, la générosité d'offrir ce qu'ils font gracieusement. Je ne vois pas en quoi ça « dévalue » ce qu'ils font, sous réserve bien sûr, je te vois venir, qu'ils ne mangent pas ce faisant le pain de quelqu'un d'autre. D'ailleurs, la plupart du temps (c'est exactement mon cas) les amateurs, faisant ce qu'ils font uniquement par plaisir, ils ne sont pas du tout prêt à sacrifier aux corvées ni à l'aliénation que suppose de faire ce qu'on aime pour le profit... de quelqu'un d'autre qui vous paye pour ça. Le plaisir joint à la liberté, c'est irremplaçable !


Perso, je sursaute toujours quand on me présente comme « écrivain ». Si le critère, c'est d'avoir publié des livres, c'est OK, mais l'étiquette me paraît tellement poussiéreuse ! Non, vraiment, j'aime bien dire « j'écris » et j'aime bien publier des textes de gens qui écrivent, mais la question de savoir combien de temps ils y passent par jour et ce qu'ils déclarent aux impôt : je m'en tape. 

 

10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 22:27

 

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Répondant à la suggestion de m'envoyer des liens vers des sites ou des blogs susceptibles d'alimenter les pages de ce carnet, Kats m'expédie ironiquement au diable vauvert, ou pas loin, sur le site d'un océanographe et plus particulièrement sur une page consacrée au poulpe. Mais il faut croire que la dérision et le hasard font bien les choses puisque je ne suis pas loin de penser que ce céphalopode entretien avec le monde littéraire nombre de connections. Je parle du poulpe, bien sûr.

 

Le poulpe détective

Le poulpe, pour moi, c'est avant tout, comme le rappelle Wikipédia : une collection de romans policiers publiée aux éditions Baleine, inaugurée en 1995 avec La petite écuyère a cafté de Jean-Bernard Pouy, également directeur de collection originel. Bien que chacun des épisodes soit écrit par un auteur différent, on y suit les aventures d'un même personnage, Gabriel Lecouvreur, un détective surnommé « Le Poulpe » à cause de ses longs bras semblables aux tentacules d'un poulpe.

 

J'avais eu l'occasion d'écrire en avril 2009 un article là-dessus sur un ex-blog, dont je reprend la compile de fin, d'ailleurs déjà dédiée à Kats, à l'époque, l'un des titres étant un palindrome (mais lequel ?) J'avais mis en gras certains titres que je trouvais particulièrement drôles à l'époque, mais je défi quiconque de lire cette liste sans sourire au moins une fois.

 

La Petite Écuyère a cafté / Saigne-sur-Mer / Arrêtez le carrelage / Nazis dans le métro / Un travelo nommé désir / Un trou dans la zone / La Pieuvre par neuf / La Cerise sur le gâteux / Le Cantique des cantines / Les Pis rennais / Les pieds de la dame aux clebs / Chili incarné / Les sectes mercenaires / Le G.A.L., l’égout / Les gens bons bâillonnés / Ouarzazate et mourir / Le saint des seins / Allah recherche de l’autan perdu / Les damnés de l’artère / Comme un coq en plâtre / Lundi, c’est sodomie / Bunker menteur / Chicagone / J’irai faire Kafka sur vos tombes / Boucher double / Causse toujours ! / Lapin dixit / Lavande tuera / Du hachis à Parmentier / L’amour tarde à Dijon / Vomi soit qui malle y pense / Les potes de la perception / Le Karma saut’ra / Je repars à Zorro / Danse avec Loulou / J’aurai ta Pau / Dakar en barre / Crève de plaisanterie / La Belge et la bête / Eva te faire voir ! / Le crépuscule des vieux / Sans foie ni loi / La lune dans le congélo / Tropique du grand cerf / La neige du killerman manchot / Satanique ta mère ! / Le bal des dégoûtantes / Nice baie d’aisance / Le chien des bas serviles / L’aorte sauvage / Les bêtes du Gévaudan / Docteur J’abuse / Papy end / Lazare dîne à Luynes / La Disparition de Perek / La bête au bois dormant / La Nantes religieuse / La dingue aux marrons / E pericoloso for Jersey / Une balle dans l’esthète / Les deniers du colt / Fugue en Nîmes majeur / Touchez pas au grizzli / Le Nord aux dents / L’opus à l’oreille / La Bande décimée / Au nom du piètre qui a l’essieu / Légitime défonce / L’helvète underground / Allons au fond de l’apathie / Les Jarnaqueurs / Un poisson nommé Rwanda / L’antiZyklon des atroces / Ataxie pour Hazebrouck / Zombi la mouche / Zarmageddon / Le manuscrit de la mémère morte / Meufs mimosas / Eros les tanna tous / Plus dur sera le chiite / Le carnaval de Denise / Kop d’immondes / Don qui shoote et la manque / Du pont liégeois / La petite marchande de doses / Mali-mélo / Tananarive qu’aux autres / L’aztèque du charro laid / Veine haineuse / Les pourritures célestes / Macadam cobaye / Vainqueurs et cons vaincus / Madame est Serbie / Le mec à l’eau de la Générale / Les Teutons flingueurs / L’arthritique de la raison dure / Un nain seul n’a pas de proches / La pensée inique / Sur la ligne Marginaux / Feinte alliance / Pour cigogne le glas / La Brie ne fait pas le moine / La tour de l’immonde / Le Vrai con maltais / L’évincé au fond du pouvoir / Belles et putes / Lisier dans les yeux / Quand les poulpes auront des dents / Goulasch-moi les baskets ! / La Petite fille aux oubliettes / L’agneau pas squale / L’ordure hein ! / Éthique et toc / 22 mars 2000 Un beau jour pour Gabriel / Saône interdite / Le cinquième est dément / Jeux de Roumains, jeux de vilains / Palet dégueulasse / Un pastis à la soviet / Drôle de drums / Des gourous et des douleurs / Le cas G.B. / Le poulpe au lycée / Notre père qui êtes odieux / Belle mère en l’île / Les Ravies au lit / À Freud ! Sales et méchants / Oasis pour l’OAS / Psy cause / Lady commandement / Je bande à Bonnot / Vol au-dessus d’un nid de cocos / Gab save the Di / Une valse de slave nu / Guère épais / Pompe et peine petite khmère / Touche pas à mes deux seins / Les dix scouts de l’abbé Todd / Toubib or not toubib ? / Pigalle et la fourmi / Un petit lapsus très suspect / Photos à mateurs / Boris au pays vermeil / Les Huns dealent au soleil / Parkinson le Glas / Le Fond de l’RMI / Le poulpe en prison / La légion d’horreur / Faut pas charnier / Babel ouest / Le malheur est dans le blé / Purée d’avocats sauce chili / Farine et Châtiment / Cyber Poulpe / Saké des brumes / En panne seiche / La Route du rom / Les Sept Poules de Christelle / Castro, c’est trop ! / Poulpe Fiction / L’appel du grand barge / La ballade des perdus / Sans Temps de latitude / Togo or not Togo / Saint Pierre et Nuque longue / À l’ombre des jeunes flics en pleurs / Certains l’aiment clos / D’amour et dope fraîche / Les Ch’tis commandements / À vos Marx, prêts, partez ! / Cinq bières, deux rhums / On ne badine pas avec les morts.

 

Le poulpe allégorique

Il y a un autre aspect fascinant chez le poulpe pour l’écrivain. Vous vous rendez compte ? Un animal avec huit bras et un clavier ventouse sous chacun d’eux !

 

 

 

 

 

3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 12:42

 

 

 

Que veux-tu ? On ne se refait pas : je suis content quand il arrive des trucs bien aux gens dont j’aime le travail, quand bien même je ne les connais pas personnellement. J’ai appris il y a peu que Jean-Pierre Géné, chroniqueur au Monde Magazine, avait été récipiendaire du prix Louis-Hachette pour la presse écrite, cette récompense lui étant décernées pour deux chroniques parues en 2007 : « Cette blonde venue du Nord » et « Le sang de la terre ». On pourra lire la première ci-dessous. Je n’ai pas encore remis la main sur la deuxième, mais tu ne perds rien pour attendre. J’aime lire J.P Géné et je ne suis donc visiblement pas le seul. Oserais-je le dire, je nous trouve une certaines parenté de style, du moins avec celui de ce carnet : un rien loufoque, mais documenté.

 

 

Cette blonde venue du Nord

 

Jadis, les hommes du Nord et la bière blonde ont déferlé sur le monde. Aujourd'hui, les femmes du Nord entretiennent le goût de certains pour la mousse. Ah ! Carlsberg, quand tu nous tiens...

 

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a première fois, ils sont arrivés du nord à la rame et à la voile, avec des cornes sur les casques et du mjöd dans les tonneaux, une sorte d'hydromel à base de miel et de céréales fermentées. C'était fort. C'était sauvage. Ils étaient les Vikings, buvant ferme et trucidant sans relâche, natifs de pays où il fait nuit longtemps et où Bacchus est interdit de soleil. On imagine le drame de ces populations croulant sous les glaçons et sans rosé à rafraîchir. Le supplice n'a pas duré longtemps, les ancêtres d'Ikea et de Nokia maîtrisant rapidement la fermentation du blé puis du houblon. Puisque la vigne ne pouvait pousser, la bière allait mousser et mousser encore pour étancher ces soifs baltiques, creusées par les viandes fumées et les poissons salés qui constituaient l'ordinaire. C'était au Moyen Age, quand la bière était une boisson plus sûre que l'eau, souvent polluée et source de trop d'épidémies. Au fil des siècles, elle s'est allégée, assagie en degrés et, au contact des maîtres brasseurs allemands, s'est faite « pils » ou « lager » sur le modèle bavarois à fermentation basse et culotte de cuir.

 

Cette bière était blonde comme les filles qui déferleront sur les provinces du Sud dans les sixties. Longilignes, les yeux bleus et le teint clair, elles offrirent à gorges déployées leur peau laiteuse aux rayons et aux regards. L'individu de type méridional, qui avait su échapper aux mâles vikings, capitula sans condition face aux créatures échouées sur les plages de la Méditerranée. Débarquement réussi. Le mythe de la blonde suédoise à la foufoune sympa était né.

 

Rétrospectivement, je ne puis m'empêcher de soupçonner un vaste complot marketing ourdi par les brasseurs scandinaves. Quand Vilma et Ingrid étaient rentrées au pays, que restait-il à Roger au comptoir du bar Les flots bleus, une fois les souvenirs et les vantardises épuisées ? Une Carlsberg, une Tuborg, peut-être une Heineken (Roger n'a jamais été clair sur la géographie au nord de Palavas) pour noyer ses amours d'été et revivre sa fameuse nuit de la pleine lune avec Brunhilde, en caressant une flûte de bière pression, bronzée jusqu’à la mousse, qui lui mettra les larmes aux lèvres à la huitième tournée. Envoyer de grandes blondes à cheveux longs pour faire boire de la bière à des petits bruns poilus fut assurément une idée de génie. Dans le jargon du métier, cela s'appelle un « plus produit ».

 

Comment en effet expliquer autrement que Carlsberg, fournisseur officiel à la cour royale du Danemark depuis le XIX' siècle, soit disponible dans plus de 140 pays, desservis la plupart par vols charters? Certains diront que sa franche amertume en bouche, ses arômes de pomme légèrement maltée, le soin apporté à sa présentation, sa fusion avec Tuborg ou la vigueur de son mécénat sportif sont les clés de ce succès. Analyse comptable qui néglige la dimension métaphysique du demi de Carlsberg servi à une terrasse de Strasbourg-Saint-Denis ou de Buenos Aires. Ce n'est plus de la bière, c'est Brunhilde... J.P. GÉNÉ - Le Monde 2 - 29 septembre 2007 - contact : jpgene@noos.fr

 

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Une autre chronique de J.P. Géné : La figue bien pendue 

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