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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 18:57

 

Forêt de troncs - Le carnet de Jimidi

 

 

Avertissement aux lecteurs et teuses : Attention ce billet renvoie à deux articles assez longs, dont la lecture (ou relecture) intégrale risque de te prendre une bonne heure. Tu ne diras pas qu’on ne t’a pas prévenu.

 

Lettrine (Q Grixel - forêt) Le carnet de Jimidiuelle ne fut pas ma surprise, ce matin, alors que je flottouillais sur le net en attendant l’heure d’être en retard, de tomber sur l’excellent article de Claire Labrue titré : « La forêt comme clôture : l'enfermement de l'habitat par la forêt ». J’ai été très content de trouver théorisé, expliqué, démontré par A plus B ce vague malaise dont je m’épanchais dans un article intitulé « Des arbres, toujours » et qui disait entre autre ceci :

 

Tout allait bien dans mon amour des arbres jusqu’à ces vacances au lac de Vassivière (Creuse/Corrèze). Jusqu’à cette fête de village au cours de laquelle, un type a profité de notre conversation, que la situation promettait sans lendemain, pour me sortir : « Vous n’avez pas l’impression d’être cerné par les arbres ? » puis, comme je devais avoir l’air ahuri : « Les arbres : ils se rapprochent. » C’était rien moins pour moi qu’une nouvelle vision du monde. J’ai éprouvé un bouleversement comparable aux malheureux ayant appris que la Terre tournait autour du Soleil, et non l’inverse. Que les arbres puissent être une sorte de menace m’a troublé. La termite de cette idée là s’est insinuée. Elle allait creuser de plus en plus profondément la galerie de cette guerre des tranchées qui oppose les arbres au ciel, de cette bataille opiniâtre pour la conquête ou la défense de l’horizon.

 

Depuis, il faut bien le dire, j’ai retourné mon écorce : je suis passé à l’ennemi. J’aime désormais les vues dégagées, les perspectives ouvertes sur l’infini. J’habite maintenant au septième étage. Aucun arbre ne pousse jusque là. Dehors. Non parce que dedans, c’est encore la forêt. On n’y échappe jamais tout à fait, mais rien ne vient plus hachurer mon ciel de barreaux de bois. Si un jour j’ai une maison, autour, ce sera prairie. S’il faut absolument quelques lilas – comment s’en passer ? - ils seront hors de ma vue, mais je n’envisage rien de plus haut que des rosiers. Je souhaite encore de longues années de vie à mon père, mais je sais qu’avec lui, un certain nombre d’arbres le suivront dans la tombe. J’en laisserai les bûches au sec un an ou deux, puis devant ces bons feux de cheminée qui en sépareront la chaude lumière de la cendre, je rêvasserai peut-être à La cour des lierres.

 

Le résumé de l’article de Claire Labrue

Au XXe siècle, l'espace rural et particulièrement les moyennes montagnes françaises ont été le théâtre de la reconquête forestière et du desserrement urbain, si bien qu'aujourd'hui, espaces urbains et forestiers entrent en interface et s'emboîtent. La clairière, issue de l'évolution des logiques socio-économiques en milieu rural, est la traduction spatiale de cette dynamique. Contrairement à la clairière traditionnelle générée par les défrichements, la clairière est à présent due aux reboisements qui ferment les paysages. Habiter en milieu sylvestre est immémorial mais le manque d'acculturation à la forêt d'une société devenue urbaine renforce son effet clôturant : la lisière engendre des désagréments paysagers tels que l'obstruction des vues et l'ombre portée des arbres dont l'impact influence le ressenti des habitants. La forêt devient alors enfermante.

 

Les liens 

La forêt comme clôture : l'enfermement de l'habitat par la forêt

Des arbres, toujours

 

 

Published by Jimidi - dans Arbres
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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 20:18

 Cèdre Lettrine (A Cèdre)

 

ïe ! Je crois que je vais encore vous parler d’arbres... Bah ! Depuis que Louve m’a ouvert les bourgeons là-dessus : « Les arbres ? Tu en parles tout le temps. », j’assume. Aujourd’hui : les cèdres. J’en revois plein, une quasi forêt, mais ce n’est guère étonnant puisque cet arbre superbe est un habitué des parcs, surtout le modèle Liban. Oui, parce qu’il y en a deux modèles principaux : le cèdre du Liban - cherchez pas, c’est celui que vous avez dans l’oeil, et le cèdre de l’Altas ; en gros le même, mais plus conique, façon sapin. Rien à voir avec le « red cedar » qui est un thuya. Vous y êtes ? D’ailleurs, si vous voulez tout savoir, Liban et Atlas débutent pareil, mais le cèdre du Liban, en vieillissant, a tendance à perdre sa cime puis à se développer latéralement, ce qui lui vaut ces magnifiques branches en forme de trompe d’éléphant. Elles peuvent partir quasi du pied pour aller jusqu’à la cime si on lui fout la paix un millénaire ou deux. Celui de l’Atlas, non. Pyramidal il commence, pyramidal il fini.

 

Le cèdre est un arbre particulièrement sympathique pour qui aime les arbres, et parmi eux, les résineux. Tiens ? Réflexion faite, je crois que c’est le seul résineux qui trouve grâce à mes yeux... Avec le cyprès peut-être... Et le pin parasol. Et maintenant que j’y pense, le mélèze. Bref. Il y avait un cèdre chez ma grand-mère maternelle, mais il ne ressemblait à rien. Il y avait deux autres cèdres au beau milieu de l’établissement scolaire où les études m’ont poursuivi de la sixième à la première, disons de 11 à 18 ans pour ceux qui n’ont pas le système métrique, mais là, c’est moi qui ne ressemblait à rien, et il y a surtout un cèdre chez Dut, de l’Atlas celui-là. Quand on a fini par s’installer dans cette maison que perso, je n’ai jamais habitée finie (d’ailleurs, l’est-elle vraiment aujourd’hui ?) le cèdre était encore loin d’elle. Il venait d’Ardèche, de chez Jean et Mado Pontier, et avait à peine la taille d’un sapin de Noël. D’ailleurs, on le décorait de guirlandes et de boules, qu’une fois les fêtes passées, mon frère Christophe s’amusait à dégommer à la carabine à plomb. Les parents fermaient les yeux, lui en gardant un ouvert. Puis l’arbre et la maison se sont rapprochés. Le cèdre grossissant et la maison s’annexant une véranda. Maintenant, l’arbre à sa base dépasse un mètre de diamètre et ses branches caressent une bonne partie du toit. C’est le coup classique. On plante des trucs et des machin pour occuper l’espace, le borner, arrêter le regard avant qu’il ne se perde dans le lointain, et quelques années plus tard, on a fait de son jardin un sous-bois et de l’horizon une idée réservée à d’autres.

 

Mais en cèdre, j’ai mieux. Parce que le cèdre, c’est bien sûr l’odeur de résine, celle de son feuillage, de ses pommes, mais c’est surtout l’odeur très différente de son bois quand il est coupé. J’ai découvert cette odeur dans la seule forêt de cèdre que je connaisse pas trop loin de chez moi, et dont l’existence même est un mystère. Imaginez des cèdres centenaires, mais plantés en rangées comme vulgaires poireaux. Plus de deux cent au même endroit. Qui peut avoir l’idée de planter des cèdres pour d’attendre plusieurs centaines d’années qu’ils arrivent à maturité ? Et surtout : pour faire quoi ? Wikipédia mentionne quatre usages pour le bois de cèdre : le temple de Jérusalem, la constructions navale, les sarcophages et les boites à bijoux. Un peu étroit comme débouchés. Mais il se trouve que passant dans cette forêt un jour, un des cèdre y avait été débité. Un tas de sciure et quelques tranches témoignaient du crime dont la scène baignait dans une odeur magnifique. Là, il me faudrait plus de talent et plus de vocabulaire pour vous décrire cette odeur si vous ne la connaissez pas. N’est pas Patrick Süskind qui veut. Perso, c’est une odeur qui ne m’évoque pas spontanément le bois, ni la résine. Il est vrai qu’en matière de bois, on connaît surtout l’odeur du sapin, qui vous suit des noëls de l’enfance jusqu’au cercueil bon marché. Celle du cèdre est infiniment plus douce, quasi doucereuse. Elle fait penser à quelque chose d’ancien et doux, une pâtisserie de grand-mère peut-être, ou une grand-mère en pâtisserie... J’ai encore les morceaux de bois ramassés ce jour là dans cette forêt improbable.  L’odeur n’a pas faiblie, au contraire. Il est vrai que depuis, je me suis avisé que le cèdre existait en huile essentielle. J’en ai fait provision. Ne collez pas votre nez au flacon ouvert si vous en trouvez : il faut impérativement en déposer une goutte où vous voulez, mais attendre qu’elle s’évapore un peu. Et là : boum, vous êtes à fond de cale au temple de Jérusalem, dans votre sarcophage, le nez dans votre boîte à bijou.  Autrement dit : complètement ailleurs. Pas géographiquement, mais dans le temps.

 

Published by Jimidi - dans Arbres
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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 19:12

 

 

 

 

 

 

Qu’est-ce qui se passe avec les arbres ? C’est chez moi une question aux racines aussi profondes que l’enfance, qui bourgeonne de temps en temps. Assez souvent si j’en crois Louve, puisque me transmettant un diaporama d’arbres, l’année dernière, et alors que je lui demandais pourquoi elle avait pensé à moi en le regardant, elle me répondait quelque chose comme :

— Les arbres ? Tu en parles tout le temps.

Prends ça vieille branche. Mais elle a raison, les arbres m’interrogent.

 

Ça doit être une question ancienne puisque j’ai grandi perché sur eux. À La cour des lierres, la maison de mon enfance, ils étaient grand comme des Amériques et nous les avons conquis un par un, Je vais donc vous parler de La cour des lierres, mais également de la maison où nous avons emménagé après l’avoir quittée. Puis on terminera par le diaporama (commenté) de Louve. Bonne ballade en forêt !

 

 

La cour des lierres

 

 

À La cour des lierres, j’ai grandi parmi, avec, sous, mais essentiellement sur les arbres. Il faut imaginer ce bout du monde au bout du village, presque en bord de Saône alors que l’église, la mairie, l’école sont plus haut, éloignés d’un kilomètre et demi.

 

la cour des lierres 1

 

 la cour des lierres 2

 

 

Comme chacun le sait, le monde à deux bout. Il y a le bout qu’on quitte pour découvrir le reste et le bout auquel on arrive après l’avoir découvert. Mais à l’époque, je ne le savais pas puisque tout mon univers était là. On ne le quittait que pour aller à l’école à pied, pour les vacances d’été et les incontournables fêtes familiales dans la Loire, (mes parents se sont rencontrés et ont fondé leur famille à Lyon mais ils sont tous deux de la Loire) mais tout ce que nous découvrions du monde extérieur était trop grand, trop étranger, trop inutile puisque tout l’univers dont nous avions besoin était à La cour des lierres.

 

Je n’ai compris que bien plus tard que nous y étions relégué. Cette relégation était celle dans laquelle les gens du village tenaient les voyous du centre dans lequel travaillaient tous les adultes de La cour des lierres, puisque ils y occupaient des logements de fonction et travaillaient « au Centre ». Mais cette relégation s’étendait des mineurs délinquants à ceux qui s’en occupaient, à leurs proches, à leurs enfants. De plus, la morphologie du village n’incitait guère au bon voisinage. Ce village là, comme tous ceux du Val de Saône servaient de lieu de villégiature pour les bourgeois de la ville tentant d’échapper dans les Mont d’Or aux étouffants été citadins. Ils étaient installés là, sur leurs terres, celle-ci étant constituée d’un loess, très fertile, mais vite ravagé par l’érosion. Aussi certaines vieilles rues du villages étaient - sont encore - des cañons étroits, bordés de falaises de murs. Murette coté propriété, muraille côté rue.

 

L’autre population endémique, enracinée celle-là, était paysanne. Fructicultrice comme on ne disait pas encore (et comme on ne dit peut-être toujours pas). C’était donc un village de murs, derrière lesquels se cachaient de grosses maisons de famille et des vergers.

 

La cour des lierres 3

 

 

Avant d’être coupée en deux vers 1850 par la ligne Paris-Lyon-Marseille, La cour des lierres devait être une grosse propriété. Le Bâtiment dont nous occupions le premier étage, en turquoise sur la photo, portait encore les attributs de son ancienne gloire : escalier dans une tour surmontée d’un toit conique en ardoise, véranda, toit en terrasse ceinturé de balustres. Au centre de notre cour, un bassin d’agrément en demi-lune avait été transformé en bac à sable. Sur lui veillait la statue d’un triton de zinc. De sa bouche avait dû jaillir de l’eau, dans le temps.

 

La cour des lierres 4

 

La cour des lierres 5

 

Les photos viennent de Google Map et Google street view. Elle montrent donc l'état actuel de La cour des lierre : l'entrée, ravagée, mais le sephora toujours là et ressemblant toujours à un éléphant cachée sous une couverture verte. Derrière, le remblai de la voie ferrée dissimulé par les arbres. Sur cette photo, en amorce, à gauche, la tour dans laquelle se trouvait l'escalier menant à l'étage, chez nous.  

 

La cour des lierres était donc un monde clos, ses bâtiment formant un L majuscule écrit sur la ligne de la rue du Port, la ligne supérieure étant tracée par la voie de chemin de fer, la rue de la Saône finissant par couper les deux, l’ensemble traçant un trapèze allongé d’une centaine de mètres de long, d’une quarantaine de mètres à un bout, vingt-cinq à l’autre extrémité. La ligne de chemin de fer était plantée au sommet d’un remblai haut d’une bonne dizaine de mètres, colonisé par d’infranchissables orties. Un rideau d’arbre le séparait de la maison. On ne voyait pas les trains. On ne les entendait plus non plus, sauf au retour des vacances, le temps de reprendre nos habitudes.

 

Des arbres. Des arbres partout, la plupart immenses. Au moins deux marronniers, des érables, des ifs, des tilleuls, un sophora. Je connais chacun d’eux mieux que les membres de ma famille. J’ai grandi avec eux de zéro à douze ans. J’ai eu bien assez de nos soirées, de nos fins de semaines, de nos petites vacances pour explorer à fond chaque centimètres carrés de notre paradis.

 

Les arbres les plus petits s’étaient laissé conquérir assez vite, mais pour les plus grands, aux troncs décidément trop haut et trop lisse, suivant une méthode qu’il me semble bien avoir inventé, nous lancions une corde par dessus l’une des branches maîtresse du géant.  La manœuvre pouvait être assez longue pour qu’une longueur suffisante redescende de l’autre côté. Puis ayant attaché un bâton à cette extrémité, on s’asseyait dessus pour se hisser en tirant sur l’autre brin. Ne me demandez pas comment on passait de ce tire fesse rudimentaire aux branches elles-mêmes, je ne m’en souviens plus. Utilisait-on le même procédé pour redescendre ? Aucune idée. De toute façon, notre frère aîné avait l’exclusivité des plaies et des bosses et ses treize hospitalisations prouvent qu’il prenait ce rôle très au sérieux.

 

Un tilleul nous a résisté longtemps. Ses premières branches étaient vraiment trop hautes pour qu’on réussisse à lancer une corde. Mais comme l’une d’entre elle touchait un if voisin, nous grimpions au premier, puis comme des rats sur une chaîne d’ancre à quai, nous investissions le second. C’était plus pour l’exploit que par réel intérêt puisque la ramure de ce tilleul était constituée de grosses branches à leur tour très lisse et qui ne nous permettaient pas de grimper beaucoup plus haut. La plupart des autres arbres de la cour des lierres étaient beaucoup plus accueillants. Quand nous avons quitté cette maison, vieille et charmante, mais prenant l’eau à chaque orage (on finissait par ne plus avoir assez de bassines) j’ai laissé les arbres de La cour des lierres derrière moi, sauf un. Mon févier d’Amérique.

 

Je n'ai connu son petit nom que bien plus tard. Papa Guy me l'avait présenté sous son nom de cour - Gleditsia triacanthos - et sous sa forme la plus réduite : des graines alignées dans un grand haricot plat. C'est les papas qui donnent les graines, c'est bien connu. J'ai mis celles-là dans du coton. Elles ont germé, lançant à travers l'eau, vers le centre de la terre, un dard blanc et vers le ciel, là haut, deux petites feuilles en tout point identiques à celles qu'il lancerait toujours : deux rangs opposés de petits folioles ovales accrochés de part et d'autre d'une nervure en queue de rat. Si les oiseaux avaient des feuilles, elles ressembleraient à celles de mon arbre. Quand il fut assez grand pour connaître le vaste monde du jardin, j'ai planté mon arbre entre deux arbustes chargés de veiller sur lui. L'un de ses deux parrains était un aucuba ; j'ai oublié l'autre. Mon arbre est resté là petit, ne poussant pas au delà d'une trentaine de centimètres, attendant je ne savais pas quel événement connu de lui seul.

 

Puis nous avons déménagé dans notre nouvelle maison, cette maison dont les parents seraient propriétaires, cette maison au grand terrain habité avant nous par un verger de cerisier dont ne restaient que des trous d'obus laissés par le départ de leurs souches. Dans ce terrain dont les arbres étaient partis, j'ai replanté mon arbre à notre arrivée.

Maintenant que je suis… Hûm ! dans la force de l’âge, mon arbre est un beau sujet de quinze, vingt mètres de haut, à peine adolescent. C'est un arbre garçon, tout hérissé d'épines, comme il se doit, au feuillage doux de mimosa.

 

fevier-damerique

 

Notre maison était la première du chemin de l’Écully, ce nom désignant parait-il un lieu planté de chênes ; on n’en sort pas. Mais il n’y avait alentour, comme arbres, rien de plus haut que des rangées d’arbres fruitiers, taillés à hauteur d’homme pour qu’on puisse en récolter les fruits sans trop de peine. Mon père a planté des arbres et ma mère à demandé à mon père de planter des fleurs.

Parce qu’on dira ce qu'on voudra, mais planter des arbres, c'est plutôt une affaire d'homme. Aux femmes les fleurs. J'entends déjà vos cris et vos propositions de me les planter où je pense, mes fleurs, ou mon arbre d'ailleurs. On se calme. J'aime aussi bien planter des fleurs, surtout sur mon balcon, où les séquoias géants et autres baobabs seraient un peu à l'étroit, et je conçoit tout à fait que vous puissiez, Mesdames, vous inscrire autrement que dans l'éphémère, le joli, ou plus simplement que vous puissiez avoir envie de feuillage, d'ombre et de racines, ou de vous couper du vent, ou que Jules soit trop occupé avec ses putains orchidées.

N'empêche, n'empêche, chez moi petit, les arbres c'était papa et les fleurs maman. C'est d'ailleurs aussi pour ça qu'on a beaucoup plus d'arbres que de fleurs ! Hi hi ! Bisous bisous maman.

 

Au premier regard, on verrait, un peu trop facilement, dans cette division sexuelle du jardin, quelque chose d’érigé, de phallique dans le tronc et quelque chose de plus saisonnier et décoratif dans la fleur. Un peu superficielle comme approche. Ce qui me parle, moi, c'est de penser qu'avec l'arbre, l'horizon ne porte plus à l’infini : l’inquiétante question de savoir ce qu’il y a au-delà se rapproche à portée de main, pas plus loin que le bout de notre nez. L’arbre incarne bien l’idée d’une durée de vie dépassant la nôtre, l’idée d’une mesure du temps excédant très largement notre existence, mais c’est une durée dont nous voyons avec lui la croissance, bien moins inquiétante que l’idée d’une éternité, d’un néant, d’un inconnu borné par on ne sait quoi, ou rien. Les fleurs, elles, nous inscrive dans une durée composée de cycles alternant morts et de renaissances toujours renouvelées. C’est finalement deux visions de l’avenir et deux réponses qui s’opposent au jardin sur la question de savoir comment s’y inscrire et de quoi pourra-t-il être fait. L’une, faite de maîtrise, peut-être plus masculine, consiste à planter pour l’éternité ou presque des arbres qui dureront des siècles, sauf accident de tronçonneuse, l’autre, faite d’aménagement, peut-être plus féminine, inscrivant l’avenir dans le renouvellement des saisons, chacune d’elle accrochant son maillon aux précédentes, constituant une chaîne à laquelle tenir bon.

 

Mais dans le chemin de l’Ecully, l’ancien verger qui entourait la nouvelle maison est patiemment devenue une forêt et le jardin un sous-bois. Les fleurs maternelles se sont réfugiées dans la portion congrue des rares oasis de lumière, cette lumière qui avait ébloui ma mère à son arrivée. Oui parce que la cour des lierres, en fond de vallée, avec ses arbres immenses en face des fenêtres à l’Est et quasi aucune fenêtre à l’Ouest sur la rue, c’était un peu la nuit perpétuelle.

 

Papa Guy, avec application et constance, a réitéré consciencieusement l’erreur de tout nouvel accédant à la nue propriété, trouvant les bornes de son domaine vraiment trop vague, ou l’espace insuffisamment peuplé : planter. Personne n’imagine bien sûr que cette misérable brindille, cette tige chichiteuse, ce pauvre tuteur hérissé d’un pathétique toupet de feuilles, deviendront quelques années plus tard un cèdre de l’atlas de deux mètres de circonférence, deux hêtres pourpres de trente mètres de haut, d’immenses cyprès, et je passe sur les bouleaux, le mélèze, l’arbre à kakis, les tuyas jamais taillés – pourquoi faire ? le cerisier, le prunier, les pêchers, le figuier de l’année dernière, le noyer, le tilleul et MON cyprès bleu. Je passe aussi sur ceux qui ont laissé leur place : le douglas, le vieux bouleau, le frêne, les griottiers, le prunus du Nord, le platane…

 

Je tiens un compte exact des chers disparus. J’exige à chaque victoire de la tronçonneuse, en tribut, un tronçon de branche sur lequel je porte une date. Puis je stocke ça en haut d’un meuble, avec le tronc des sapins de Noël des années passés, avec des racines, des souches, des branches ramassées en balade, avec des tranches d’un cèdre récupérées dans la seule forêt de cèdre que je connaisse à proximité. L’odeur du cèdre fraîchement coupé ! Les bâtons de marche, non, ne sont pas là. Ils sont à l’entrée. J’en ai de beaucoup d’essences : olivier, buis, noisetier bien sûr. Je me suis taillé le dernier dans une ronce grosse comme mon bras, mais le résultat n’est pas terrible, le bois s’est fendu.

 

arbres-la-dedans-se-cache-une-maison

  arbres-la-terrasse-intermediaire

 

arbres-ho-il-reste-un-bout-de-ciel-quest-ce-quon-pourrait-p

 

 

Tout allait bien dans mon amour des arbres jusqu’à ces vacances à Vassivière. Jusqu’à cette fête de village au cours de laquelle, un type a profité de notre conversation, que la situation promettait sans lendemain, pour me sortir : « Vous n’avez pas l’impression d’être cerné par les arbres ? » puis, comme je devais avoir l’air ahuri : « Les arbres : ils se rapprochent. » C’était rien moins pour moi qu’une nouvelle vision du monde. J’ai éprouvé un bouleversement comparable aux malheureux ayant appris que la Terre tournait autour du Soleil, et non l’inverse. Que les arbres puissent être une sorte de menace m’a troublé. La termite de cette idée là s’est insinuée. Elle allait creuser de plus en plus profondément la galerie de cette guerre des tranchées qui oppose les arbres au ciel, de cette bataille opiniâtre pour la conquête ou la défense de l’horizon.

Depuis, il faut bien le dire, j’ai retourné mon écorce : je suis passé à l’ennemi. J’aime désormais les vues dégagées, les perspectives ouvertes sur l’infini. J’habite maintenant au septième étage. Aucun arbre ne pousse jusque là. Dehors. Non parce que dedans, c’est encore la forêt. On n’y échappe jamais tout à fait, mais rien ne vient plus hachurer mon ciel de barreaux de bois. Si un jour j’ai une maison, autour, ce sera prairie. S’il faut absolument quelques lilas – comment s’en passer ? - ils seront hors de ma vue, mais je n’envisage rien de plus haut que des rosiers. Je souhaite encore de longues années de vie à mon père, mais je sais qu’avec lui, un certain nombre d’arbres le suivront dans la tombe. J’en laisserai les bûches au sec un an ou deux, puis devant ces bons feux de cheminée qui en sépareront la chaude lumière de la cendre, je rêvasserai peut-être à La cour des lierres.

 

 

 

Chemin de l’Écully, chez Dut, un jour d’été...

 

  chez-dut-juin-2009-a-table-1

  chez-dut-juin-2009-a-table-2

 

 

 

Attends, mais moi j’allais juste barbecuiouter chez les parents, sans penser UN INSTANT qu’on allait arriver en plein armistice après une nouvelle escarmouche de l’interminable guérilla du « Mais enfin, Guy, à quoi tu penses ! » L’épisode du jour concernait JUSTEMENT les arbres de la maison.

 

Des élagueurs sont passé, comme un peu chaque année, pour voir si on avait pas un peu de travail pour eux (ils avaient l’an dernier déjà descendu quelques spécimens ligneux). Papa Guy, brave homme, voulant sans doute leur rendre service, leur a demandé d’étêter les cyprès planté au Nord. Ils n’en n’avaient bien sûr pas du tout besoin et de toute façon, les cyprès, c’est typiquement des arbres qu’on ne taille pas. Ce qu’ils avaient de joli - avant - c’était leur forme élancée, légèrement renflée, pointue du bout. Puis une fois le massacre à la tronçonneuse perpétré, faux-cul comme il sait l’être face à la grosse connerie (on a de qui tenir) il a pris un air dégagé pour dire à Simone qu’il leur avait demandé de tailler quelque thuyas… Il devait penser que les cyprès mesurant dix mètres au départ, trois de moins à l’arrivée, et ma mère un mètre cinquante, avec sa vue basse, ça allait passer. C’était une nouvelle fois sous estimer dangereusement l’adversaire. Elle raconte :

 

— Je l’aurais mordu ! Si j’avais encore été en état de conduire, je partais !

 

 Quatre vingt ans passés la maman, et une capacité d’indignation complètement intacte. Faut pas trop la pousser dans les orties mamie. Ni dans les cyprès apparemment. Donc soit elle aime les arbres en plus des fleurs, soit elle a un sens très aigu de ce qui ne se fait pas. Ou les deux.

 

  arbres-les-preuves-du-crime 

 

 

Diaporama de Louve

 

Le premier rhizome reliant plusieurs photos entre elles, c’est celui du chenu, du druidesque, du moussu, du celtique. Nous sommes dans une forêt constituée de sujets âgés aux branches tourmentées, Brocéliande ou la forêt de Fangorn. Il fait humide et sombre (on comprend que les elfes et les druides soient habillés de blanc, c’est pour éviter les collisions.) On ne trouvera que des bribes de cette forêt dans ces photos qui nous présentent plutôt des sujets isolés. Mais certains d’entre eux pourraient s’y rempoter sans problème et certains éclairages filtrants aussi. S’affirme là une vision romantique et tourmentée de la nature, avec un rien de « Les arbres ? Ce sont des gens comme nous ! » Si on avait le temps, on regarderait précisément à quelles stations s’arrête la ligne Animisme/New Age qui passe par le romantisme hugolien et Tolkien, mais pas aujourd’hui.

 

Arbre 1 (pêle mêle de toutes les photos)

 

 

Le rhizome au moins aussi solide que le premier, c’est le bon gros « Putain ! Pas facile pour eux ! », pas très éloigné du précédent puisqu’il s’agit d’affirmer que les arbres, comme l’humanité, sont de tous les climats – même les plus hostiles – de tous les environnement – même les moins propices. L’arbre est alors vu comme un témoin patient, parfois résigné, d’une résistance à l’adversité et d’une adaptabilité extrême à certaines conditions peu favorables à son développement. Deux photos montrent l’arbre vaincu. Sur l’un il est mort, sur l’autre abattu.

 

Le troisième fil rouge – plutôt une ficelle – c’est le clin d’œil. Un mélange de curiosité et de bizarrerie appelant le sourire ou l’étonnement, comme il est d’usage pour propager des PPS sur le Net.

 

J’en ai fini avec les généralités. Il est temps de regarder ensemble les 33 photos du diaporama. On n’est pas couchés !

 

  Arbres 2

 

 

Sur cette photo s’ouvre le diaporama. Elle portait un titre que j’ai viré : Àrvores. Une haie de vieux arbres, bordant une allée qu’on imagine d’un château. Pas de silhouette humaine en tunique blanche, mais elle doit être juste derrière un tronc. On ne voit pas assez de feuillage pour émettre une hypothèse sur l’espèce. Mais j’aurais pu écrire aussi : « Je suis incapable de reconnaître n’importe quel arbre à partir de son seul tronc. »

 

arbres 3

 

Ces arbres ont l’air d’être réfugiés sur une embarcation de sauvetage à peine assez grande pour eux. Il y a comme une idée de précarité mais on pourrait à bon droit se dire aussi qu’il n’y a finalement pas d’espace trop petit pour qu’un arbre n’y pousse. Penser également que le lac est peut-être récent. Si ça se trouve, on ne voit que le sommet d’une colline dont les habitants feuillus ont été noyés.

 

arbres 4

 

 

Gandalf ! Tu peux sortir, je t’ai vu ! Dans cet arbre, ce qui intéresse un ancien très bon et très assidu grimpeur d’arbre comme moi, c’est son réseau autoroutier. On doit pouvoir parcourir des kilomètres sans redescendre, sur celui-là ! Pandora ? Bouge pas, je reviens !

 

arbres 5

 

À première vue, c’est dégouliné, donc surprenant et drôle. Mais à bien y réfléchir, il n’y a là que chair de bois d’eucalyptus torturée par l’impossibilité de faire autrement que pousser à cet endroit une fois le processus enclenché. Finalement, c’est peut-être moins drôle que tragique.

 

arbres 6

 

 

On ne sait pas ce qui s’est passé, mais on le suppose. La zone s’est désertifiée. L’eau s’est barrée on ne sait où et un jour, la dernière feuille de la dernière branche restée verte s’est éteinte. Le dernier arbre de cet ensemble est alors mort à son tour. On ne voit pas bien ce que la fille en lycra inoxydable vient foutre là. C’est pas une tenue pour un enterrement.

 

  arbres 7

 

Ah ! ben vous revoilà, les baobabs ? Il y a un endroit je ne sais où, une réserve, un parc où l’on cultive et protège les baobabs. La moitié des photos de baobabs du Net est prise là bas et c’est vrai qu’ils y sont particulièrement sexys. Parce que les baobabs, entre nous, ça peut être assez ridicule. Un tronc énorme et de toutes petites branches… De là à penser que les gros ont un petit zizi il n’y a qu’un pas, mais que nous ne franchirons pas. D’autant que le fruit du baobab, je ne sais pas si vous avez eu l’occasion d’en voir, mais il fait mentir cette fable selon laquelle la nature est bien faite puisque les, citrouilles ne poussent pas dans les chênes, ce qui évite… Ok, on s’en fout. Le fruit du baobab, j’ai vu un plumier confectionnée par une collègue dans un, ça doit faire au moins aussi mal que la noix de coco quand il tombe.

 

  arbres 8

 

Gandaaaaaalf ! Puisque je te dis que c’est à toi de compteeeeeer ! Non mais là, attendez, on n’est plus dans l’arbre tourmenté, on est dans la ramure hystérique non ? Je ne sais pas qui lui a fait son branching, mais c’est raté. De jour, ça va. Mais imaginez le même, avec la lune plein-phares derrière, un soir d’halloween alors que vous avez dû, hélas hélas, sortir après avoir lu Stephen King… Crise cardiaque assurée.

 

  arbres 9

 

Pareil : à première vue c’est plutôt marrant, mais quand on réalise que ce pauvre type pousse tordu depuis plusieurs centaines d’années en plein courant d’air, moins. Sont pas beaucoup à lui disputer l’endroit. Ses rejetons ont été s’installer dans la plaine parce que « Pourtant, que la montagne est belle… » mon cul ouais !

 

arbres 10

 

Une des plus émouvantes photos de cette série. Par certains côté, cette photo est à rapprocher d’autres nous présentant des sujets isolés, voire très isolés. L’arbre a d’ailleurs cette faculté rare d’être beau seul et beau ensemble. Mais en plus d’un isolement qu’on retrouvera sur certains autres clichés, on a ici toute la tendresse de ces sillons rectilignes qui viennent épouser d’un arrondi ce petit îlot d’arbres. L’histoire tel qu’elle se présente à nous, est facile à imaginer. Pour l’agriculteur actuel, il a toujours vu un arbre là et peut-être ne lui viendrait-il même pas à l’idée de le couper pour avoir une surface agricole continue. Mieux : peut-être cette idée lui semblerait-elle contraire à l’ordre des choses. Mais au départ ? De deux choses l’une : soit le champ a été défriché, gagné sur la forêt et je ne sais pas qui a décidé de laisser un ou deux arbres, soit il a fallu que le même laisse, voire PLANTE un arbre au beau milieu de ce champ. Pourquoi faire ? Mais peut-être tout simplement pour être sûr d’avoir un peu d’ombre pour le casse-croûte et la sieste à la pause de midi. C’est quand même plus simple que de trimballer son parasol. Une amie connaissait quelqu’un qui dressait un inventaire des arbres isolés dans les champs cultivés. Je me demande si elle connaît celui-là.

 

  arbres 11

 

Rhô ben là, c’est bien simple, il a l’air de pousser sur un rocher, mais la vue sur la mer à l’air d’y être imprenable. Ça me fait penser que les premiers bonzaïs ont été comme ça des arbres adoptant des formes tourmentées car poussant dans des situations impossibles. Perso, je n’ai jamais eu de chance avec les bonzaïs, mais j’aime bien l’idée, même si je réussi d’avantage avec les plantes vertes géantes qu’avec les arbres nains.

 

  arbres 12

 

 

C’est bien sûr les racines qui constituent le centre d’intérêt de cette photo. Peut-être ont-elles été souterraines avant et peut-être leur exposition au grand jour est-elle due à l’érosion ? C’est également une technique utilisée pour les bonzaïs : on rempote plus bas. On ne s’étonnera pas en voyant cette photo que certains aient pu voir dans cet entrelacs, des figures, des corps, et qu’ils aient pu les sculpter, comme on le verra plus loin.

 

  arbres 13

 

Pourquoi lui, pourquoi là ? C’est une nouvelle fois la question que pose cet arbre seul au monde et qui fait un peu rêver. D’où vient-il ? Pourquoi est-il seul de son espèce à cet endroit ? Nous n’en saurons jamais rien mais on peut toujours s’allonger à son pied pour y songer.

 

arbres 14

 

Bon, Gandalf, c’est plus drôle maintenant. Puisque c’est comme ça, c’est Panoramix qui compte. Je ne sais pas s’il y a des arbres sur les autres planètes, à part les baobabs du petit prince et les arbres géants de Vénus dans le monde des non-A. Mais s’il y en avait, ils pourraient ressembler à ceux là, avec ce tronc façon morille et cette ramure cinglée de saule cogneur.

 

arbres 15

 

Cette photo s’oppose directement à celle de l’arbre amoureusement contourné par les sillons. Ici, loin d’éviter l’obstacle, la ligne électrique passe à travers et on a dégagé les branches pour y faire un trou. Vision un peu pénible.

 

arbres 16

 

On va supposer qu’il s’agit d’une photo « réelle ». On va admettre qu’il y a bien, quelque part, deux arbres de la même espèce obligés de pousser en formant un nœud de vache. Ça doit faire marrer les passant. On ne voit pas bien l’intention, mais sans doute n’y en a-t-il pas. C’était possible, quelqu’un a eu l’idée et l’a fait. Bah ! Pourquoi pas ?

 

arbres 17

 

Une floraison pour le moins exubérante. On ne peut pas s’empêcher de penser à ce quasi culte que vouent les japonais aux cerisiers en fleur (ici, il ne s’agit pas d’un cerisier) ou, plus simplement, à cet joie émerveillée, au printemps, quasi du jour au lendemain, avant même les feuilles, de voir certains arbres complètement en fleur. Des fruitiers surtout.

 

  arbres 18

 

Ce pin parasol, si c’en est un (il n'est peut-être "que" maritime) me fait penser à cette chanson de Brassens « Supplique pour être enterré sur la plage de Sète » que je vous ai déjà présentée. Je crois que j’aimerais bien avoir un pin parasol chez moi. Il faudrait un chez moi bien sûr et qu’il ne bouche pas la vue. Oui, parce qu’autant vous le dire tout de suite, arbre, chez moi, maintenant, c’est un poste à profil. Suffit pas d’être une noix de l’année dernière et de germer là où l’on est tombée pour avoir l’avenir devant soi. C’est fini ça ma vieille. Et les petits cèdres, pareil.

 

  arbres 19

 

On va également supposer qu'ici, il n’y a pas de trucage, mais de toute façon, c’est une photo que je n’aime pas. Ça m’évoque des idées de consanguinité, d’êtres siamois, de cordons ombilicales : pénibles. Tiens, j’ai réussi à écrire consanguinité sans me planter.

 

  arbres 20

 

Ah ben oui ! Le vieil olivier, millénaire, forcément millénaire. Il y a des arbres, comme ça, chargés d’histoire. Pour l’olivier, je vois au moins trois raisons. 1 – il porte cette histoire sur lui, comme un vieillard ses rides. 2 – c’est un arbre indissolublement attaché aux civilisations antiques et tout particulièrement à la Grèce. 3 – il symbolise le climat méditerranéen. D’ailleurs on m’a appris que l’olivier marquait, entre Valence et Montélimar, la limite précise de ce climat méditerranéen. C’était avant le réchauffement climatique qui nous promet qu’avant 50 ans toute la France jouira du climat de la côte d’azur. D’ailleurs, si vous voulez anticiper, y’a des oliviers millénaires à vendre chez Jardiland à quasi mille euros. Un euro par année. Putain, à ce prix là, je ne vaut pas grand-chose !

 

  arbres 21

 

Tiens, ben les voilà les racines sculptées. À ceci près que je me demande ce qu’en pense l’arbre lui-même, je trouve que c’est une bonne idée. Cette façon d’un peu forcer le trait, de préciser la forme pour donner à voir à d’autre ce qu’on a vu soi, c’est exactement le mouvement qui a présidé aux œuvres des grottes ornées. Je ne sais plus laquelle j’ai visité, mais le guide nous avait demandé de n’utiliser que nos lampes de poche, pour nous retrouver un peu dans les conditions (d’éclairage) de l’époque et alors, oui, c’était évident : les chevaux étaient déjà là, dans les creux, les bosses et les ombres. Peut-être ce bestiaire un peu hétéroclite était-il déjà dans les racines ?

 

arbres 22

 

Celui-là a dû en voir, et en baver. M’a tout l’air d’un survivant. Pas en super bonne forme d’ailleurs, mais avec les pieds dans le sable, je voudrais bien vous y voir. Je dis « sable » mais il pourrait aussi bien s’agir de neige, non ? On est en altitude. Il est le gardien du col. Il est à la fois la vigie et le phare. Il a été foudroyé plusieurs fois. Chaque année il meurt plus ou moins et chaque année il renaît. Il est à peine moins éternel que la montagne.

 

arbres 23

 

Oui, bon, ben là, c’est une « vue d’artiste » comme on dit dans mon Science et Vie quand on veut me montrer des trucs qui n’existent pas. Mais nous avons déjà vu cette idée « au naturel » déjà croisée à la photo précédente, celle des arbres gardiens qui semblent veiller sur on ne sait quoi, mais dont la présence rassure. On est juste là dans une représentation un peu plus anthropomorphique.

 

arbres 24

 

Le même, à la plage, décoiffé. Non, je plaisante. Je ne devrais d’ailleurs pas, parce que la vie de celui-là n’a pas l’air très marante. On est un peu dans l’acharnement à vivre. Vous me direz, les créatures vivantes sont programmées pour ça, et les arbres n’ont pas grand-chose d’autre à foutre, surtout quand on voit ce qui passe à la télé.

 

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On est encore une fois dans le pas facile à vivre. Les petites fleurs et les chevaux venus faire la conversation ne doivent pas faire illusion. Cet arbre, avec ses branches en forme de courbatures, ne doit pas du tout rigoler l’hiver. Surtout que dans ce coin, le printemps et l’été ne durent si ça se trouve qu’un quart d’heure chacun.

 

arbres 26

 

T’es gentil, tu te pousses, tu bouches la vue ! J’ai l’air de plaisanter comme ça, mais cette lutte entre l’arbre et l’horizon me parait tout à fait fondamentale. Je ne suis pas loin de penser que l’arbre, c’est un peu les barreaux de la geôle, qu’il nous empêche de nous envoler. En nous montrant un exemple de sédentarité réussie, certes, il use alors d’un procédé loyal, mais également en nous bouchant l’accès au ciel en interposant entre nous et l’infini un divertissement de foliole, et ça, c’est traître. J’y reviendrai.

 

arbres 27

 

Oooooh, mais ces gants en daim vert vous vont à ravir mon vieux !

 

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Cet arbre a d’évidence lu « 20 000 lieues sous les mers », en étant fortement impressionné par l’attaque de la pieuvre géante. On n’est pas très loin non plus de ces arbres animés dans Harry Potter. Celui là n’est peut-être immobile que pour la photo.

 

arbres 29

 

J’aime énormément cette photo, son atmosphère. Mais certaines participantes de ce diaporama ayant jeté un sérieux doute sur leur crédibilité, je suis un peu chagriné de penser que ce lieu n’existe peut-être pas (l’absence totale d’humains renforce mon doute). Mais si ce lieu existait, je l’imagine assez volontiers au Japon. Il y a la une sorte de « naturel étudié » qui me fait penser au peu que je connais de la culture japonaise.

 

arbres 30

 

La pooooooooooorte, bordel !

 

arbres 31

 

Comment elle s’appelait, la vieille dans l’arbre, dans Pocahontas ? On croirait qu’elle va apparaître dans cette photo.

 

arbres 32

 

Le mystère s’épaissi. Bon, comme j’ai décidé ce soir de tout prendre au tragique, je trouve cet arbre isolé de sa forêt un peu mis au ban. Ou alors est-ce l’éclaireur du groupe ? « Vas-y toi, pi tu nous diras… » Peut-être sera-t-il finalement rejoint par les autres après mille ans passé à les persuader qu’une fois qu’on y est, elle est bonne ? Ne pas oublier que l’état naturel du sol, chez nous, ce n’est pas la prairie, ni l’asphalte bien sûr, mais la forêt. C'est-à-dire que si personne n’intervenait plus d’aucune façon – mettons qu’on soit tous mort. Ok, on commence par toi – tout reviendrait petit à petit à la forêt. C’est du moins ce qu’un arbre m’a dit. Peut-être prêchait-il pour sa propre paroisse…

 

  arbres 33

 

Houston, nous avons un problème. Un type à qui il manque les jambes, on appelle ça un homme tronc. Mais un arbre à qui il manque le tronc, on appelle ça comment ? Non parce que là, y’a racine, branches et entre les deux : rien. Sinon, très belle ramure, très virile.

 

  arbres 34

 

N’allez pas croire que cet arbre tient une ligne de conduite genre : « Je m’arrête systématiquement à deux mètres du sol. Non non, je ne vais jamais plus bas, c’est le secret de ma ligne. » L’explication est ailleurs. Elle est triviale. Ce genre de découpe se retrouve chez les arbres qui servent d’abri aux herbivores, qui bouffent tout ce qui est à hauteur. Ici, il est assez probable que les promeneurs et les tondeuses jouent le même rôle. Sinon, beau sujet. Vous avez remarqué que certains arbres de parc, isolé de la concurrence, choyés et admirés, deviennent complètement fous ? Celui-là est à l’évidence mégalomane.

 

arbres 36

 

Voilà l’arbre abattu. Certes, la photo comporte un élément comique : dans sa chute, l’arbre a un peu emporté le tapis. Mais c’est finalement une imposture qu’il révèle : son sol n’était pas un vrai sol, juste une surface, une apparence. Il croyait avoir tout bien fait, et crac ! Un coup de vent et voilà qu’apparaît ce dont personne ne se doutait, peut-être même pas lui : il ne reposait sur rien.

 

 Jimidi 16 juin 2009 - 13 octobre 2010

 

Published by Jimidi - dans Arbres
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