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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 18:55

 

Vielle à roue - Christophe DUTEY - Février 2013 - Photo 2

 

 

Lettrine (Y Bacara - 2) Le carnet de Jimidi’a un bon moment que je voulais te montrer les deux vielles à roue de mon frère Christophe, l’ébéniste. Dès que je les ai vues, en fait. Mais il n’est à son atelier qu’en semaine, et je ne descends à Collonges que les week-ends. Je guettais donc un lundi où je pouvais me mettre en congé pour une séance photo et hop, c’est aujourd’hui.

 

J’ai donc photographié les petites merveilles sous tous les angles, sans pour autant mitrailler : les trois ou quatre degrés au-dessus de zéro de la remise n’encourageaient pas à traîner et les piles de l’appareil photo avaient tendance à s’endormir. Mais promis, quand elles seront finies, on remets ça, avec un vrai fond, des vrais éclairages et tout.

 

Oui, parce qu’elles ne sont pas terminées. Il ne t’aura pas échappé que les cordes manquent, par exemple, ainsi que les clés, mais bon, on voit déjà bien.

 

Pour la doc, voir l’article sur Wikipédia et si (comme moi en fait) tu tombais assez amoureux de l’objet pour en vouloir un, c’est bien volontiers que je te communiquerai l’adresse de l’artiste. 

 

Vielle à roue - Christophe DUTEY - Février 2013 -copie-1

Vielle à roue - Christophe DUTEY - Février 2013 -copie-2

Vielle à roue - Christophe DUTEY - Février 2013 - Photo 9

L'une est à tête de lion et l'autre, ci-dessous, à tête d'elfe

 


Vielle à roue - Christophe DUTEY - Février 2013 - Photo 3

Vielle à roue - Christophe DUTEY - Février 2013 - Photo 1

Vielle à roue - Christophe DUTEY - Février 2013 - Photo 8

Vielle à roue - Christophe DUTEY - Février 2013 - Photo 4

Tout est "fait maison", bien sûr, y compris les pièces en métal (manivelle, axe...) 

 


Vielle à roue - Christophe DUTEY - Février 2013 - Photo 5

Vielle à roue - Christophe DUTEY - Février 2013 - Photo 7

Vielle à roue - Christophe DUTEY - Février 2013 - Photo 6

 

Hi hi ! J'aime bien celle-là. On ne voit quasi plus ce que c'est tant les proportions sont changées par l'objectif, mais c'était pour avoir le détail de la tresse de l'elfe 

 

Voir ausi : Ti tour chez Tof 

 



29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 19:25

 

 

Gisele-BERTHIER-MILLET-Mademoiselle-Io---Le-carnet-de-Jimi.jpg

 

 

 

Lettrine--F-jokerjuice-raku--Le-carnet-de-Jimidi.jpg

 

 

orcément, dans un salon réunissant cinquante trois artistes et deux cent trente oeuvres sculptées ou peintes, tout ne peut pas être d’une égale qualité. Lors des précédentes expos annuelles du Groupement des Artistes Beaujolais (GAB), j’avais déjà eu des impressions, hûm, mélangées, certes liée au goût de chacun, mais pas que. Mais comme cette année encore, notre voisine de palier avait eu la gentillesse de nous faire parvenir une invitation au vernissage, je n’y suis pas allé. Du moins le jour même. Mais les jours d’après, oui. Mardi, pour ne rien te cacher. Notre voisine assurait d’ailleurs la permanence. Du coup, j’ai fait mon petit marché, repérant des artistes susceptibles d’être publiés dans la revue (je t’ai dit que Denis Lach avait presque dit oui ? ) : maigre récolte, mais Franz HOISS me parait prometteur. Cherche pas sur Google, une des conditions de participation au GAB semble de n’apparaître NULLE PART sur la toile. Et là, au fond, boum, je tombe nez à mufle avec la magnifique tête de vache dont je ne savais pas encore qu’elle était une oeuvre de Gisèle Berthier-Millet. C’est du raku et depuis, j’en rêve. Je ne suis donc pas le seul adorateur de La Vache. Je ne sais pas si c’est rassurant ou inquiétant, mais c’est ainsi. Elle est belle hein ? A côté, il y avait également une tête de bouc, mais je sais pas, celle-là n’avait rien à me dire. 

22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 22:31

 

 

Bruno-Walpoth---c---Le-carnet-de-Jimidi.jpg

 

Lettrine---A-Amor-Marieaunet--le-carnet-de-Jimidi.jpg

 

la réflexion, le titre de ma précédente chronique consacrée à Bruno Welpoth est très con. Bien sûr « Correspondant étranger » fait référence à notre échange de courriers et au fait que Bruno Walpoth m’ait répondu dans sa langue, mais ce qui me frappe dans son art, c’est son évidente universalité. C’est ce que j’essayais de dire :

 

Les femmes, les hommes, les enfants que Bruno Walpoth nous donne à voir sont pour l’essentiel débarrassés de ce qui pourrait les inscrire dans une époque, dans une situation. Nus pour la plupart, c’est peu dire qu’ils sont dépouillés. Ils me font l’effet d’être affranchis de toute séduction et même absents du regard qu’on porte sur eux. Mais le miracle, c’est qu’en ayant semble-t-il abandonné la pose (souvent), le geste, l’expression du visage, leurs vêtements (pas toujours), leur époque et tout artifice, du coup, leur présence s’impose avec une force qui ne doit plus rien au contexte. Ils affirment leur humanité, leur très grande humanité, à laquelle le travail de Bruno Walpoth les fait accéder d’une façon qui m’échappe en grande partie (...) son immense talent étant bien sûr de nous rendre cette humanité sensible, de nous rappeler que nous la partageons. Elle est la nôtre.

 

22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 07:45

 

Bruno Walpoth - b - Le carnet de Jimidi

 

Tiens ? J'aurais voulu le faire exprès, j'aurais pas trouvé mieux : un très bon moyen de ne pas être déçu, quand les gens ne répondent pas à tes courriers, c'est d'oublier qu'on leur a envoyé. Si ça se trouve, selon ce même principe, ça fait peut-être des années que j'envoie des vœux de bonne année à des gens qui ne les reçoivent pas, soit qu'ils aient déménagé sans autorisation, soit qu'ils aient profité du relâchement de nos liens pour décéder sans prévenir... Bref, je n'attendais pas que Bruno Walpoth me réponde, puisque je ne me rappelais pas lui avoir écrit. Du coup, sa réponse apparaît comme une immense bonne surprise.

 

Tu te rends compte ? THE Bruno Walpoth ! Ne me dis pas que tu ne vois pas qui c'est, ça va m'énerver. Bruno Walpoth, sculpteur génial, dont je te présentais le travail dans une note titrée « Bruno Walpoth, sculpteur d'âme », un artiste dont je trouve le travail bouleversant ! Bref, à l'occasion d'une énième visite sur son site, je me suis avisé que non contant de sculpter, il dessinait. Du coup l'envie m'a pris de lui demander s'il serait d'accord pour que je publie ses dessins dans Scribulations. Courrier en février, exemplaire de Scribulations, aucune nouvelle depuis. Puis soudain brusquement tout d'un coup, hier dans ma boite-aux-lettres, grosse enveloppe à son nom, mais à mon adresse : Fébrilité !

 

Petit mot en italien (il est italien), cher Jean-Marie, merci pour le cadeau, je vous envoie en retour (pardon pour le retard) le catalogue de ma dernière expo, amitiés, signé B. W.

 

Rien qu'avec le catalogue, j'ai gagné ma journée : photos somptueuses, texte en italien et allemand (je ne lis aucun des deux) repros de quatre dessins à la fin. Bon, ben je ne sais toujours pas s'il est d'accord pour une publication dans Scribulations, mais on a avancé, non ? Du coup, si tu maîtrises assez l'italien pour m'aider à lui envoyer un petit mot pour lui demander quel est son sentiment vis à vis de cette proposition (et lui gratter des scans grand format), merci de me le signaler, j'ai du travail pour toi.

 

Bruno Walpoth - a - Le carnet de Jimidi

6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 12:31

 

Jason Freeny - Petit bonhomme Lego - Anatomie - Le carnet d

 

 

Lettrine--L--Ourgang-retro-.jpg

 

 

imagination, je connais, je n’en manque pas, merci, mais je reste ébahi quand celle-ci se conjugue comme chez Jason Freeny au talent, à l’originalité, à l’humour et enfin à la virtuosité technique, ce qui, vous en conviendrez, fait beaucoup pour un seul homme.

 

Non parce que des, qui ont trois idées à la minutes, qui s’évaporent, des velléitaires, y’en a plein mon miroir du matin, mais quand il faut passer à la pratique, zut, c’est déjà l’heure de la sieste ! Des super techniciens, on en connaît aussi, qui te refont la Chapelle Sixtine en capsules de bière et la Joconde en cure-dents, mais dont les productions sont souvent d’un conformisme à pleurer. On connaît également ces virtuoses capables de reproduire quasi mieux que le modèle un art auquel ils n’ajoutent rien. Reste les marrants, et leurs deux mains gauches.

 

Mais là...

 

Tenez, le petit bonhomme Lego dévoilant ses tripes : il a fallu le sculpter. L’intérieur bien sûr, mais très probablement l’extérieur également puisqu’au final, il me semble nettement plus grand que dans mon souvenir. T’imagine le boulot ? Tout ça mis au service d’une idée qui semble un peu obsessionnelle chez Jason Freeny, mais difficile à résumer. On a l’anatomie, avec ce côté matériel pédagogique, propret et coloré, type planche illustrée d'encyclopédie, idée immédiatement contrariée par celle de dissection post mortem, d’un jouet en plus, révélant des viscères d’être sous sa surface d’objet. On a l’humour aussi : on peut très bien aborder les propositions de Jason Freeny sous le seul angle de la farce (si j’ose dire), celle d’un sale gosse ayant élevé sa curiosité au rang des beaux arts. Chacune de ces pistes engage vers des horizons bien intéressants. Un peu sombre et limite angoissants : de qui sommes nous les jouets ? Ou plus dégagé : les nounours sont des gens comme nous ; le vivant est un continuum qui englobe peut-être plus qu’on croit. Voire merveilleux : Si les bois et les prés grouillent de lutins, pourquoi nos coffres a jouets n’auraient-ils pas leurs trolls ? Ou poétique : « Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? » demandait Lamartine. « Sans doute, puisqu’ils ont un squelette et des viscères » semble lui répondre Jason Freeny.

 

Toutes les propositions de l'artiste ne sont pas aussi « chargées ». Sans renoncer à son fond de commerce - la tripe - certaines sont juste drôles, comme par exemple ce Rubik’s cube-cerveau qui perso, me dilate bien la rate.

 

Jason Freeny - Rubik's cube cerveau - Le carnet de Jimidi

 

Pour aller moins loin :

  • Le carnet « Varia et curiosa », de mad meg, sur lequel vous trouverez régulièrement du monstrueux, mais pas que, les centres d'intérêt de notre illustra-scribulatrice patentée étant très larges. Merci à mad meg de nous avoir mis sur la piste de Jason Freeny. Tu crois qu'il accepterait qu'on publie ses dessins ?
  • Le site de l'artiste, un modèle de clarté et d'ergonomie, dans lequel vous trouverez même certaines œuvres à vendre. Cher.
  • Le carnet électronique du même Jason Freely, chez Blogspot.

 

Jason Freeny - Ours en peluche - Anatomie digitale - Le car

27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 09:18

 

MASKULL LASSERRE 7

 


 

Lettrine (L couperet de boucher) - Le carnet de Jimidi 

 

 

a dernière fois que je suis « tombé en arrêt » devant une machine, que j'ai senti s'exercer sur moi cette fascination pour l'outil, l'instrument, le mécanisme, c'était cet été lors d'une promenade au Puy en Velay. Dans la rue montant à la cathédrale, une boutique de dentelles avait installé en devanture un métier à tisser mécanique. Imaginez une tonne d'acier intelligent, en mouvement. Dans un ballet réglé semble-t-il par un système de cartes perforées, comme les orgues de barbarie, un ahurissant assemblage de cames, de bobines, de tringles, d'engrenages, et de fils, tressautait, tournait, cliquetait, avec semble-t-il un certain enthousiasme (en tout cas du coeur à l'ouvrage ) pour fabriquer un étroit ruban de dentelle, qui s'enroulait sur un tambour à raison d'un ou deux centimètres par quart d'heure.


Je ne vais d'ailleurs avoir aucun mal à vous le montrer, vu que la photo illustrant le paragraphe « L’ère de la dentelle mécanique » dans l’article « Dentelle » sur Wikipédia, montre précisément ce même métier, dans cette même boutique :

Metier-a-tisser-de-la-dentelle---Le-Puy-en-Velay---Photo-.jpg

Je sais également ce qui est à l'oeuvre dans ma fascination pour ces monstres mécaniques, outre l'arrière plan inconscient, bien sûr présent chez tout garçon normalement constitué ; c'est l'ignorance. La superbe ignorance dans laquelle nous tient notre formation scolaire, calquée à la va-vite sur son modèle universitaire, que seule les sciences intéressent et pas du tout les techniques. Mais notre esprit est ainsi fait que les incultes terres inconnues ne le restent pas très longtemps. Je ne comprends rien aux machines outils et c'est bien pour ça qu'elles me font rêver. A défaut de solliciter mes connaissances, elles interpellent mon imaginaire et mon irréductible pensée magique.


Intermède comique - Alors qu'un enseignant de la classe-relais dans laquelle je travaillais prétendais expliquer à un élève le fonctionnement d'un moteur à explosion, il s'était entendu répondre que M'sieu, je l'sais déjà, comment ça marche. Tiens, et comment ? C'est parce qu'il y a du feu.


C'est une expérience je crois assez universellement partagée qu'après avoir démonté un truc en panne, ou l’avoir monté neuf parce qu’en kit – merci Ikea – on soit saisi par le vertige très particulier au bord duquel nous poussent la technique. Je reverrais toujours mon fils Christian, une rallonge électrique à la main, se demandant quelle extrémité introduire dans la prise du mur. Mais l'ignorance dans laquelle nous sommes (en moyenne) vis à vis des machins et des machines peut avoir de bonnes raisons. J'en vois deux, qu'il me faut mentionner avant d'entrer plus franchement dans le travail de Maskull Lasserre : la complexité et la désuétude, les deux pouvant se combiner. Pour la complexité, on va faire court : que celui, ou celle capable d'expliquer aux autres comment fonctionne vraiment un ordi lève le doigt... Ah, tu vois ! Du coup, tu vois également, peut-être, comment un outil dont on ne sait rien, au fond, peut être investi d'un caractère magique et ceux qui savent, faire figure de sorciers.

Mais à l'inverse, il t'est sûrement déjà arrivé de tomber, si ça se trouve dans un de tes propres tiroirs, ou sur une brocante, ou dans un domicile temporaire, sur des outils ou des instruments dont l'usage est resté à jamais mystérieux. Je me souviens comme ça d'une collection de rabots à moulurer (superbes outils) dont, par chance, la parenté avec un rabot ordinaire était encore assez visible pour que je puisse en déduire au moins le corps de métier concerné et, après un examen attentif, l'usage probable. Christian Séguié, notre menuisier d'art ne va pas me contredire (je crois qu'il collectionne les vieux outils) mais chaque corps de métier et a fortiori chaque métier disparu a, ou avait, ses intruments dont on voit bien qu'il servaient, mais à quoi ?


J'ai déjà cité cet exemple, à propos de Jud Turner, autre sculpteur avec qui le travail de Maskull Lasserre me parait entretenir des liens, mais il me paraît difficile, voire impossible, de déduire l'usage d'un vieux pèle-pomme sans savoir que ç'en est un. On peut donc comprendre que l'outil et l'instrument exercent une fascination en renvoyant à des mondes inconnus, ou disparus et qu'ils puissent solliciter vivement l'imaginaire, l’irrationnel, ou le souvenir.

 

Il y a une autre entrée que l'ignorance ou la nostalgie, dans le monde des outils et des instruments, une entrée plus sensuelle et peut-être bien suffisante, c'est la matière. À notre époque où tout est gainé, protégé d'un capot et d'une capote, recouvert d'un isolant muticouches, les outils, les machines, les instruments « prénumériques » pour reprendre le terme de Christine Unger, dont vous pourrez lire l’article en annexe du mien, invitent à un contact direct avec le métal et le bois dont ils sont fait, et, par là, sans doute avec les quatre éléments alchimiques : l'eau, la terre, l'air et le feu, ici convoqués pour témoigner d'un bon vieux temps qu'on imagine plus simple (essayez de manier une faux plutôt qu'une débroussailleuse à fil nylon, et on en reparlera.)

 

On ne trouve encore pas grand-chose en français sur Malkull Lasserre, dont le prénom ressemble décidément à un pseudo. Perso, je l’ai découvert chez Mariaunet, parmi plein d’autres choses toutes plus intéressantes les unes que les autres (Renaud Garcia !), mais si notre excellente voisine de blog montre des photos des oeuvres, elle n’en dit rien. On trouverait sans doute plus de critiques et d’information en anglais, l’artiste étant montréalais anglophone, mais je ne lis pas l’anglais. Son CV nous indique qu’il est jeune - 33 ans - et qu’il a fait des études d’art mais aussi de philosophie. On verra que son oeuvre pose en effet question, en particulier sur la mort. Ce qu’on trouve en revanche en abondance, puisque sur la blogosphère, tout le monde (à commencer par moi) recopie tout le monde, c’est des images de certaines pièces, parmi lesquelles deux paraissent particulièrement avoir la cote. Elles vont nous servir d’introduction aux autres.

 

Maskull-Lasserre---Lexicon---Le-carnet-de-Jimidi.jpg


Lexicon - 2008 – L’oeuvre se présente comme une partie de squelette humain sculptée dans une pile de journaux compressés dans une vieille presse à main. Voilà ce qu’en dit Marie-Éve Charron dans un article en ligne du journal « Le Devoir ». Notre consoeur visite en avril 2009 l’exposition de Maskull Lasserre titrée « Rubric ». Elle titre son article « Le poids du temps »

 

(...) Chacune des sculptures sécrète une délicate tension opposant force et fragilité dont le registre thématique est celui de la mort, de la mémoire et du poids du temps. C’est bien ce que semble indiquer Lexicon, dès l'entrée, avec cette vétuste presse à pain (sic. Ne s’agit-il pas plutôt d’une presse à main ?) qui comprime solidement à la verticale une pile de journaux. Sur l'autre face du monolithe, le feuilleté compact donne à voir un squelette délicatement taillé d'un tronc humain, comme si les os avaient trouvé à se fossiliser dans la matière papier. Par ces deux composantes imbriquées, les journaux et le squelette, Lasserre suggère la pétrification du corps avec la culture de l'information et de l'actualité, qui est promise ici à survivre en devenant monument. La pile de papier emprunte en effet l'apparence d'une colonne ou d'un statuaire appelé à durer, mais en voie aussi de s'effriter.(...) 

 

Je ne sais pas ce que notre consoeur a, avec les trucs érigés : monolithes et colonnes, mais après tout, on trouve chacun dans les expos et les oeuvres en partie ce qu’on y apporte soi. Je la trouve quand même bien indulgente avec ce qui m’apparaît comme une proposition assez maladroite de réunir des éléments symboliquement chargés dans l’espoir qu’ils puissent faire allégorie. De plus, les artistes utilisant le papier comme simple matière première, il y en a beaucoup. Ce n’est pas Tonton, de Netkulture qui me contredira sur ce point. Y’a-t-il une tentative de jeu de mot sur « Presse (à main) » et « Presse (quotidienne) » voire même quelque chose avec « Colonne (vertébrale) » et « Colonnes (mis en page) » ? Mmmm... Je ne suis pas sûr que tout ça fonctionne en anglais. Bref, seul l’abat-jour parait manquer pour achever de faire apparaître « Lexicon » comme ce qu’il est peut-être : un pied de lampe un peu décoratif et vaguement conceptuel.

 

Maskull Lasserre - Migration - 2008 - Le carnet de Jimidi

 

Migration - 2008 – Alors là, oui. Je marche à fond, je cours, je décolle. On quitte heureusement le lourdingue pour des contrées beaucoup plus poétiques. Bien qu’ahurissante de simplicité et d’évidence, Migration met en oeuvre le vocabulaire très personnel de l’artiste, notamment les articulations osseuses, la matière, les objets quotidiens, les oiseaux. Je ne verrais plus jamais ma penderie du même oeil, sans penser qu’il y a peut-être là, rassemblée, quelque chose prêt pour un départ.

 

MASKULL LASSERRE 9

 

Universal rolling pin - 2011 – Pareil : pour moi, ça roule, bien que les associations d’idées nées de ce rouleau à pâtisserie à cardan soient peut-être un chouia plus complexes que pour Migration. On reste dans l’objet quotidien et dans le bois, mais l’articulation mis en oeuvre est ici mécanique. Je ne crois pas qu’on trouve de cardan dans la nature, mais l’autopsie de Mélanie (de Tours) pourrait révéler des surprises à ce propos. Avec ce rouleau, on franchit un nouveau pas vers la désuétude, qui nous conduira par exemple à la hache au squelette de serpent. Maskull Lasserre est jeune, et c’est un mec : on peut faire l’hypothèse que cintres et rouleau à patisserie ne sont pas pour lui d’un usage quotidien et qu’ils lui apparaissent comme un peu étranges, cette étrangeté favorisant l’émergeance chez lui d’associations d’idées assez éloignés de la fonction première des objets en question. Je crois qu’il en est de même pour sa hache : 

Maskull Lasserre - Secret Carpentry - 2011 - Le carnet de J

Dans les vidéo qui montrent (un peu) son travail, on est très loin de la gouge et du ciseau. Notre artiste se sert plutôt d’outillage électrique. D’ailleurs, alors qu’il est en train de sculpter le tabouret de « Resonance » cette commande du Shenkman Art Center d’Otawa, on le voit abandonner la disqueuse pour un marteau et un burin, qu’il échappe. Cette maladresse confirme pour moi qu’il est plus à l’aise avec les outils de sa génération qu’avec ceux de celles d’avant. Mais comme c’est à cette condition (peut-être) qu’il peut voir un serpent dans les courbes du manche d’une hache, on lui pardonne. C’est également ce qui lui permet d’imaginer ces chimères d’outils dont les usages possibles laissent rêveurs :

 

MASKULL LASSERRE 4


Il n’est pas indifférent pour moi que « Universal rolling pin » ait été sculpté à partir d’un rouleau à pâtisserie. L’artiste s’est-t-il souvenu, en sculptant un cardan, destiné en mécanique à transmettre un mouvement de rotation entre deux arbres de transmission situés dans deux axes différents, que le rouleau, de bois, était l’ancêtre de la roue et donc de toute mécanique ? Possible.

 

MASKULL LASSERRE 6

 

Sonata Blade - 2010 - Bon sang ! Quelle merveille ! Ce couperet à manche (et cordes) de violon joue admirablement sur le mot « instrument ». Instrument de musique, certes, mais également instrument de torture. Je ne sais pas si le rapprochement est le même en anglais, mais en français, et visuellement, ça fonctionne du feu de Dieu ! Qu’est ce que j’aimerais avoir cette pièce chez moi ! En furetant sur le site de Maskull Lasserre, vous trouverez une autre pièce qui rassemble musique & boucherie, composée à partir de quartiers de pianos, débités, sculptés et pendus façon carcasses de boeufs. Je ne la montre pas ici, l’idée en est plus intéressante que sa réalisation au final, qui perso ne m’a pas convaincu.


Car oui, je n’ai pas aimé toutes les pièces de Maskull Lasserre. Il y a en particulier un truc à base de vieux pistolet auquel, perso, je n’ai rien compris. Pas aimé non plus le piano de bronze et son tabouret de pierre. Le truc pour Lacoste est beark, mais au total, je trouve cet artiste déjà très intéressant et infiniment prometteur. Je me demande ce que Tonton, de Netkulture attend pour le faire découvrir à ses lecteurs ?

 

À suivre (un jour, si je veux) : Le travail de Maskull Lasserre, mais vu spécifiquement sous l’angle « oiseaux ". Morts, bien sûr. 


Sinon, qu’est-ce que j’ai en rayon qui pourrait également t’intéresser ?

  • Jud Turner - Autre jeune sculpteur inspiré par la « bio-mécanique » chez lequel on retrouve un humour noir finalement assez voisin de celui de Maskull Lasserre.
  • Bruno Walpoth - Pur génie de la sculpture, d’une inspiration moins historique et narrative que les deux précédent, mais plus essentielle.
  • Cal lane, la dentôlière, également inspirée par les objets du quotidien.
  • Appréhension : Recital de Maskull Lasserre par Christine Unger
    21 juillet 2008, un article (en français) plutôt intéressant

 

 

 

 

 

 

 

8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 07:23

 

Jud TURNER - Dieselusion - December 2010 - 43x55x10cm - mix

Tiens ? Pour vous présenter le travail de Jud Turner, j’ai bien envie de sacrifier à l’exercice  consistant à trouver des ressemblances entre certaines de ses oeuvres et celles d’autres artistes que j’aime.  

 

Mais attention, qu’on soit bien d’accord, les pseudos-filiations dont il va être question n’engagent en rien l’artiste lui-même. Je ne sais rien des influences que  pourrait reconnaître Jud Turner, rien des maîtres dont il pourrait se réclamer. Si ça se trouve, les rapprochements que je vais faire le feraient franchement marrer. Mon point de départ ne se situe donc pas sur son parcours mais plutôt sur le mien. Je pense que les deux se croisent - je n’aimerais pas son travail à ce point sinon - mais c’est très hypothétique.

 Jud TURNER - Factotum - 2009 - 70x70x10cm

Je découvre « Factotum » (ci-dessus), en cherchant des illustrations possibles pour le prochain numéro de Scribulations (la revue), qu’on espère noir et métallique. Et là, c’est le coup de foudre. Tout me plait là dedans, à commencer par le format carré, pas forcément systématique chez Jud Turner. L’accumulation de pièces mécaniques est à elle seule un ravissement. J’adore le métal. Ne me demandez pas pourquoi, c’est comme ça. J’adore les machines aussi, pour des raisons qui m’échappent très largement également, d’autant que n’ayant un esprit ni très logique ni très pratique, je ne connais rien à la mécanique. Mais justement, je me demande si je ne suis pas attiré dans « Factotum » par ces dimensions irréductiblement mystérieuses pour moi. Ça à l’air de vouloir servir à quelque chose. En même temps, je me doute bien que l’oeuvre n’a pas vocation à réellement se mettre en mouvement, contrairement aux sculptures de Tinguely, par exemple. Reste que « Factotum » présente un aspect fonctionnel assez vraisemblable et assez énigmatique pour me fasciner.

 Jud TURNER 10 - Arman - accumulation de voitures - 1982

C’est bien sûr du côté d’Arman et de ses accumulations qu’on trouvera largement de quoi tisser une partie des liens hypothétiques dont je parlais. J’aime beaucoup cette idée qu’en rassemblant du même, de l’identique en un seul lieu, il se passe quelque chose. C’est une voie explorée avec grand profit par Arman. Mais dans certaines pièces, il a rajouté une dimension archéologique qu’il me semble également voir à l’oeuvre chez Jud Turner. Les questions alors suscitées sont universelles : « D’où venons nous ? Où allons nous ? Que sommes nous ? » On les trouvera d’ailleurs énoncées tel quel en titre d’un tableau de Gauguin. Il s’agit là de présenter des traces de notre civilisation, ou d’une civilisation voisine, comme retrouvées dans un futur lointain. Pour ce faire Arman fossilise des bagnoles dans une colonne de béton, ou, plus subtilement, il accumule des masques à gaz et les présente d’une manière qui n’est pas sans évoquer des masques rituels appartenant à quelque tribu « primitive » mais qui rappellent, avec quelle ironie mordante, que la tribu en question, c’est nous et le rituel, la guerre. Des mises en scènes « archéologiques » donc, destinée à poser, comme venues du futur des questions essentielles sur notre présent.

 Jud TURNER 10 - Arman - Home sweet home - 1960

Pour Arman, je ne sais pas, mais pour Jud Turner, la dimension humoristique est clairement ajoutée. On la trouve bien sûr dans les petits personnages posés dans les pièces cylindriques de « Factotum » comme dans autant de cage à écureuil. Mais on trouvera également du sourire par exemple dans cette oeuvre fascinante mixant un squelette et des roues. L’ensemble est chromé et présente un petit côté pimpant et neuf tellement opposé à l’idée de vieillerie qu’on frôle l’autodérision.

 Jud TURNER 9 - Giger - Alien - 79

L’autre artiste auquel je ne peux pas m’empêcher de penser en admirant les oeuvres de Jud Turner, c’est Giger, connu du grand public pour avoir conçu la créature du film Alien, de Ridley Scott, ainsi que certains de ses décors. Tous les spectateurs ayant vu le film se souviennent sans doute, comme moi, du profond malaise découlant de ce continuum entre créature vivante et créature mécanique, qu’incarne (si j’ose dire) parfaitement le monstre, mais également bon nombre de décors, dans lesquels on ne sait pas bien si l’on est dans un organisme ou un vaisseau. Il semble bien que ce « mélange des genre » soit un peu la marque de fabrique de Giger, ses oeuvres réussissant en plus à provoquer en même temps de la répulsion et de la fascination. On retrouve chez Jud Turner cette rencontre mécanique entre l’organique et l’artefact. Vous trouverez sans beaucoup chercher, sur son site, une pièce qui ressemble à Factotum mais dans laquelle figurent des ossements. Dans cette perspective là, Factotum, dans sa compacité, dans les liaisons qu’entretiennent les organes entre eux,  peut apparaître également comme une vue sur des entrailles, un aperçu de viscères.

Jud TURNER 7 Giger 77 - Necrononomicon

 Jud TURNER 8 - Giger 77 - Necronomicon

Je termine ce billet par une série de clins d’oeil.

 Jud TURNER 6 - pêle-pommes

Le premier, en vous montrant une machine, bien réelle, mais qu’on croirait directement sortie d’un univers parallèle, ou de l’imagination fertile d’un fils (adoptif !) de Tinguely et de Jud Turner. Avant de vous dire ce que c’est, j’attire votre attention sur l’effet d’étrangeté qui découle du simple fait de ne pas savoir à quoi sert ce truc et de n’avoir aucun élément de contexte pour nous renseigner. Bref, ceux qui n’auraient pas déjà rencontré l’objet sur ces lignes - j’en ai déjà parlé - se trouvent en peu dans la position d’un archéologue, précisément celle à laquelle nous invite certaines oeuvres et tout particulièrement celles de Jud Turner. Attention, vous êtes prêts ? C’est un pêle-pomme. Maintenant que vous le savez, vous pouvez repérer comment la vis papillon permet de le fixer à un plan de travail, comment on plante la pomme dans la fourchette à trois dents, où et comment on place la lame de rasoir et comment la manivelle permet d’animer le tout.

 Jud TURNER 3 - Philippe Druillet - 1972 - Les voyages de Lo

Jud TURNER 2 - Terminator 1984 - James Cameron

La « bio-ménanique » ayant bien d’autres adetptes que Jud Turner, chacun déclinant le concept à sa façon, petit clin d’oeil au dessinateur Philippe Druillet, dont les grosses machines puissantes avaient largement de quoi fasciner l’ado que j’étais dans les années soixante dix et, bien sûr, petit coucou au passage au Terminator dont le squelette et les yeux rouges n’ont pas fini de nous poursuivre. Dans ce même registre, où se trouve mêlé du vivant et de l’artificiel, peut-être serez vous également intéressé par les oeuvres de Pascale Nubret et celles, tellement étranges, de Zdzislaw Beksiski.

Jud TURNER 1 - Pascale NUBRET

 Jud TURNER 5 - Zdzislaw Beksiski

Dernier clin d’oeil enfin à Ida, un lémurien fossile ayant eu les honneurs de la presse l’année dernière. Il parait que nous descendons tous d’elle ; chez certains d’entre vous, ça se voit.

 Jud TURNER 4 - Ida notre ancêtre

 

28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 08:04

Christian Séguié - jolie pièce

 

Maintenant que ce n’est plus vrai, je peux bien l’avouer, autant j'aime les photos de Christian Séguié, autant son travail d’ébéniste me laissait froid. Pourtant, intellectuellement, je trouve intéressante sa démarche consistant à marqueter des ceps de vignes et du bois de garrigue, mais à l’arrivée, ce que j’en voyais : bof. Il est vrai que suivant un parti pris un peu incompréhensible en comparaison du soin et de l’attention dont il fait preuve pour ses paysages ou ses sujets végétaux, Christian nous montre volontiers ses pièces avec des photos de stand, sur lesquelles on les voit très mal. C’est ce qui rend si rare la photo de celle-ci.

 

Rare, cette pièce l’est à un autre titre, bien intéressant pour moi. Nous n’avons plus là un objet utilitaire, planche à découper, corbeille, dessous de plat, encadrement de miroir... mais juste une sculpture, mariant très heureusement le bois brut et le travail de marqueteries de l’ébéniste. Du coup, ce bois se retrouve mis en valeur, inclus dans une forme paisible, qui l’accueille, au mouvement de laquelle ses lignes tourmentées apporte un contrepoint très dynamique. Le fond ajoute et les fausse bougies nuisent, mais l’un dans l’autre, cette photo me permet enfin d’apprécier cette autre partie du travail de Christian.

11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 18:50

 

Romain Lardanchet - Anatole - 2010 - Le carnet de Jimidi

 

Lettrine--M-matisse---Romain-Lardranchet--le-carnet-de-Jimi.jpg

 

arrant ça : au moment où je publiais ma note sur Miina Äkkijyrkkä et ses vaches monumentales réalisées à partir de pièces de carrosseries de voiture, mad meg nous invitait sur son site à rendre visite à son frère Romain, dont le travail - c’est le moins qu’on puisse dire - présente certains points commun avec celui de Miina, comme en témoigne la tortue servant d’illustration à cette note. En cherchant bien sur le site de Romain Lardanchet, vous trouverez également un cheval réalisé avec des Ferrari, pas des vraies, il n’a pas encore les moyens, mais quand même. Je signale à l’attention d’Idot un certain dragon dont elle me dira des nouvelles.

 

Vous trouverez également plein d’autres choses, dans une veine que perso j’associe à Druillet, mais également aux créatures de Tolkien, sans oublier les mangas et...

 

... c’est dingue qu’on puisse avoir des trucs sous les yeux et ne pas les voir !  Non parce que les vaches de Miina Äkkijyrkkä auraient FORCEMENT dû me faire penser aux « Transformers » (le dessins animé, les films, les jouets), mais non. Pour ma défense, j’invoquerai l’âge de la dame : elle est née en 1949. Du coup, j’ai un peu plus de mal à l’imaginer se référer à ce courant là que Romain Lardanchet, né en 77. Il est vrai également que le travail de Romain Lardanchet sur les formes humanoïdes est beaucoup plus explicitement relié à ces robots. Je note quand même que vous n’y aviez pas pensé non plus, bande de vieux !

 

Romain Lardanchet - Alien - 2008 - Le carnet de Jimidi

 

 Romain Lardanchet - Robot labyrinthe- 2009 - Le carnet de J

10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 11:26

 

Miina Äkkijyrkkä 2 - Le carnet de Jimidi

 

Miina Äkkijyrkkä 3 - Le carnet de Jimidi

 

Lettrine (I phare marin) Le carnet de Jimidi

 

 

 y a peu de chances que le mauvais jeu de mot de mon titre ait été une des sources d’inspiration de Miina Äkkijyrkkä pour ses sculptures de vaches réalisées avec des pièces d’automobiles. D’autant que « vache » en finnois, ça se dit « lehmä » parait-il. Je ne crois pas non plus, du moins pas complètement, au portrait rural du seul article sur elle reproduit sur son site. Si j’ai bien compris - je lis très mal l’anglais -  Miina Äkkijyrkkä ne serait pas habituée au champagne et aux chandeliers des réceptions officielles, ni au gratin des finnois, puisqu’elle est fermière. Doit-on dès lors comprendre qu’elle tire ses sujets d’inspiration - les vaches - de son activité quotidienne - les vaches ? Ça me parait un peu simpliste comme raccourci. Que je sache, le Facteur Cheval a distribué des lettres et des colis toute sa vie, mais quand il a élevé son Palais Idéal, il ne lui a donné la forme ni d’une sacoche ni d’un pli recommandé.

 

Deux question émergent pour moi de la démarche et du travail de Miina Äkkijyrkkä, mais sur lesquelles on aura peu de réponses, la documentation en français la concernant étant peu abondante, du moins sur Google. La première est bien celle du point de convergence entre la vie personnelle de l’artiste et son expression artistique. À ce point de convergence, on trouve effectivement une vache, mais sans doute plantée là de longue date puisque dans son CV, Miina Äkkijyrkkä nous dit avoir suivi de seize à vingt ans des études dans la filière agricole pour ensuite entrer en 1969 aux Beaux-Arts.

 

Son CV artistiques ne mentionne pas sa participation à des foires aux bestiaux, mais il témoigne de ses riches et continues contributions à des expositions. Je ne suis donc pas loin de croire que Miina Äkkijyrkkä n’est pas exactement une fermière touchée un jour par la grâce artistique, une Susan Boyle de la portière cabossée, mais plutôt une sculptœur ayant opéré, à un moment où à un autre, un retour à la terre, conciliant ainsi deux composantes essentielles de sa personne et trouvant dans cette perspective une vache au point de rencontre de ces deux parallèles. Donc elle a dû élever, nourrir, garder, sculpter, peindre, dessiner, modeler un certain nombre de vaches avant d’en ériger des monumentales en carrosserie.

 

Miina Äkkijyrkkä 4 - Le carnet de Jimidi

 

Une fois esquissé ce que pouvait représenter la vache pour Miina Äkkijyrkkä, reste l’autre grande question de savoir ce qui peut bien lier pour elle, et pour nous, vaches et voitures. Je vais y venir, mais reste quand même la question subsidiaire de la vache dans l’art. Je rassure tout de suite Mélanie (de Tours, 3 436 hectares), je vais faire court. Je ne sais pas pour vous, mais perso, je ne vois pas d’emblée pourquoi son design lourdingue prédisposerait la vache à l’adoration, même sous les traits d’un veau plaqué or. Le cheval, on voit, le taureau pourquoi pas, mais la vache ? Or ça fait très longtemps que ça dure et ce carnet ne manque pas de relever quand il peut des exemples - ils sont nombreux - montrant que ces ruminants ne sont pas seulement une source de lait et de steak, mais également d’inspiration.

 

Mais pour ne pas nous éloigner trop de Miina Äkkijyrkkä - après tout, c’est d’elle qu’il s’agit - c’est peut-être moins du côté de la ferme que la forme qu’il nous faut chercher ce qui l’inspire dans ses modèles. J’espère ne pas trop me faire d’ennemis chez les bovins en risquant la remarque qui suit, mais visuellement, la vache, par son côté un peu approximatif, elle a déjà un peu l’air d’avoir été conçue et réalisée avec des pièces récupérées à droite à gauche, non ?

 

Au départ, je ne sais pas - encore que les gnous et les zébus me paraissent esthétiquement plus cohérents - mais à l’arrivée, c’est à dire après des générations et des générations durant lesquelles les éleveurs ont favorisé certaines caractéristiques commercialement souhaitables plutôt que d’autres, la vache (surtout laitière) apparaît comme une créature très artificielle dans ses proportions. Tu ne vois pas ? Ok, alors imagine Mélanie avec les seins aussi gros que la tête et chaussant du 36 alors qu’elle taille du 54.  Mieux, là ?

 

Miina Äkkijyrkkä voit-elle ses modèles sortant de croisements contrôlés pour entrer dans notre chaîne alimentaire, comme ailleurs des modèles de voiture sortir des chaînes de production pour s’entasser en troupeau sur les routes et finir en carcasses ? Pas sûr. Il faudrait pouvoir lui demander.

 

Miina Äkkijyrkkä 6 - Le carnet de Jimidi

 

Il y a d’autres perspectives, plus simples, qui peuvent rapprocher la vache des voitures. Cette histoire de troupeau bien sûr - on se rappellera utilement les embouteillages de bovins de certains westerns - mais il me semble que Miina Äkkijyrkkä poursuit un propos plus singulier. Je ne vois pas que les troupeaux l’intéressent. Elle nous montres des vaches individuelles, chacune dans une posture particulière. Je me demande alors si une des propositions de l’artiste n’est pas de souligner notre capacité d’attachement. Les bergers et les instits le savent, ce qui apparaît à des yeux extérieurs comme un collectif formé d’unités quasi semblables est en fait constitués d’individus distincts avec lesquels s’établissent des liens différents. J’espère ne pas pousser trop loin en avançant que nous sommes beaucoup plus liés à notre voiture, à nos enfants et à nos chats qu’à n’importe quels autres du même modèle. Il y a beaucoup d’affection dans les vaches de Miina Äkkijyrkkä. Je suis quasi sûr qu’elle pensait à une vache et celle là seulement en réalisant chacune de ses sculptures.

 

Reste le côté « récup », il y a de l’art dans nos déchets, l'écologie, tout ça... Même si l’élevage intensif et l’automobile pèsent comme deux questions environnementales majeures actuellement et même si on les trouvaient alors réunies dans le travail de Miina Äkkijyrkkä, je ne suis pas certain qu’on le fasse à bon droit. Finalement, je crois que le travail de Miina Äkkijyrkkä se situe dans une démarche plus intellectuelle qu’uniquement sensible. Les mouvements, les attitudes, les formes de ses compagnes l’ont mise sur la piste d’une mécanique qui n’est pas seulement celle du coeur et qu’interroge magnifiquement ses oeuvres.

 

Merde ! J’allais oublier : j’aime beaucoup ce que vous faites.

 

Miina Äkkijyrkkä 5 - Le carnet de Jimidi

 

 

NB : pour lire facilement le nom de l'artiste, virer les trémas et les consonnes redoublées, ça donne AKIJIRKA et c'est plus facile.

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