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France loisirs 1

 

France loisirs 2

 

 

rance Loisirs n’aime pas les hommes. Pire : nous n’existons pas. Pour France Loisirs, le bon lecteur, le seul, le vrai (celui qui achète) est une lecteuse. Non, je ne remplacerai pas lecteuse par lactose ; va jouer. J’aurais dû m’en apercevoir bien plus tôt. A posteriori, comme souvent, je réalise avoir déjà eu assez d’éléments, mais éparts, attendant on ne sait quoi pour se relier entre eux, puis s’organiser en cette brusque révélation : Pour France Loisirs, seules existent les femmes.

 

Je passe tous les jours devant la boutique France Loisirs. Elle occupe le deuxième étage de ce qui ressemble le plus ici à une librairie, mais qui n’en est pas une. On trouve bien des livres au rez-de-chaussée et au premier, mais pas de libraire. Juste des vendeuse programmées pour répondre : « Nous ne l’avons pas, mais nous pouvons vous le commander. » On trouve aussi des tas d’autres choses, ayant un rapport ou non avec la littérature, allant des stylos aux cartes routières en passant par les bibelots et les cartes d’anniversaire. Au deuxième étage de ce marchand de livres, la boutique France Loisirs, dans laquelle je me rend trimestriellement pour éviter de recevoir l’ouvrage de punition réservé aux retardataires laissant passer la date limite de leur achat imposé : un livre de cuisine ou de déco. Je me rends directement au rayon BD, je prends un album dans une des deux séries que je complète petit à petit - Lanfeust ou Sillage - je vais à la caisse, on me demande si j’ai ma carte, je répond que non, l’ordi me trouve quand même, je paye et au revoir Mademoiselle.

 

Parfois, à l’entrée du marchand de livres, sur le trottoir, s’installe un cylindre aux couleur de France Loisirs - bleu marine et rouge - auquel semble amarré un jeune homme, ou une jeune fille, parfois les deux, arrêtant les passantes pour, j’imagine, leur faire connaître le club. Je me félicitais de n’avoir jamais été accosté, bien qu’ayant une réponse toute faite : « Merci, je suis déjà membre. » Ça m’arrangeait bien de ne pas être dérangé sur mon trajet pour aller au travail : c’est une situation toujours un peu difficile d’être abordé dans la rue. Mais de ne jamais l’être n’avait jusque là pas éveillé mes soupçons. Je devais penser sans vraiment me le formuler que bien sûr, je n’avais aucune raison d’être sollicité, puisque j’étais déjà adhérent. C’est très con. Après tout, c’est pas marqué sur mon front. Puis j’ai compris, sans me l’expliquer jusqu’à aujourd’hui, que ces démarcheurs immobiles n’arrêtaient que les femmes. Pourquoi ? Ça m’était complètement égal. Le déclic s’est fait en feuilletant le catalogue été 2010, avec Anna Gavalda en couverture et le vélo à gagner.

 

Rétrospectivement, je m’étonne que cette vérité unisexuée ne m’ait pas sauté à la figure dès les premières pages. Page 2, le vélo à gagner : c’est un vélo de femme. Rose qui plus est. Page 3, l’édito signé par Anna Gavalda et sa chienne Pépita : « J’ai le grand plaisir de vous accompagner tout au long de ce catalogue. Non seulement nous allons le découvrir ensemble (oui, vous pouvez me faire un café ou une tasse de thé, avec joie !) avec mes commentaires et tous les coups de cœur, mais je vous offre aussi un petit récit haut en couleur écrit spécialement pour vous. Une fantaisie joyeuse que je dédie à toutes celles dont on a brisé le cœur un jour et qui en sourient à présent. Puisque la lecture, c’est bien connu, console de tous les chagrins ! Merci de ce bon moment passé à vos côtés… » Anna Gavalda et Pépita.

Ok, vu. On est entre copines et on va se consoler de nos chagrins en buvant du thé. D’ailleurs, vous n’êtes pas obligé d’apporter vos propres chagrins, le catalogue en regorge. Page 4 et 5 : Les ailes de l’ange de Jenny Wingfield Chapeau : « La fin de l’innocence dans les yeux d’un ange. » Argument : Dans l’Arkansas des années 1950, Swan, enfant espiègle et malicieuse de onze ans, se lie d’amitié avec Blade, un petit garçon maltraité par son père, un homme dur et violent. Lorsqu’elle réalise qu’il est en danger, elle décide de le protéger envers et contre tous. Parviendra-t-elle à mener à bien cette mission qui la met en danger ? Pourra-t-elle, sans se brûler les ailes, faire triompher le bien ? (On serait tenté de dire : on s’en fout !) Résumé : Deux enfants se révoltent contre la cruauté du monde adulte : un premier roman poignant et bouleversant sur les liens familiaux, la perte de l’innocence et la force de l’amitié. 448 pages, disponible en couverture souple ou cartonnée. 17,95€ jusqu’au 15 août. 18,95 après. Un deuxième livre au choix pour 8€. C’est peu dire que les soixante dix pages sont de la même eau. De rose. Quelques titres : Le cercle secret, Happy Girls, Les cœurs fêlés, l’appel du sang, Des pas dans la nuit, Un été pas comme les autres, Le chœur des femmes, Je l’aimais, Sexe, diamants et plus si affinités, Un peu de respect, j’suis ta mère, Le livre de l’amour, Betty et ses filles, La brûlure de la neige, La double vie d’Irina, La femme aux mille secrets, Le défi d’Elisabeth, Le soupirant, Un été à Savannah, Vingt quatre heure de la vie d’une femme, L’impossible pardon, Le jeu de l’ange, Trois femmes puissantes, Amours d’enfer, Que serais-je sans toi, Le Faux pas, Les délices d’Alexandrine, Le voile de la douleur, la survivante… N’en jetez plus !

 

Puis on passe de la culture (avec une surreprésentation du navet) à la puériculture : Livres pour jeunes filles, BD, livres pour enfants, vidéo. Certes, en fouillant bien, on trouvera ça et là des trucs qui ne vous refileront pas à coup sûr le bovarysme, mais faite quand même gaffe, y’a la série « L’amour en héritage » page 111 dont la date de péremption est passée depuis quelques siècles. Si vous réussissez à marrainer une copine (faudra la faire boire d’abord) vous pourrez choisir votre cadeau entre un aspirateur, deux robots de cuisine, un presse agrume, une cafetière, un fer à vapeur et des bagages.

 

Le théorème semble donc bien démontré pour France Loisirs comme pour toutes les boutiques de vente par correspondance : c’est Madame qui achète. Mais à cette règle s’en ajoute ici une autre : la lecture, c’est un truc de meufs et de mômes. Or je ne suis ni l’un ni l’autre et je n’ai pas l’intention de dégouliner. Je crois que je vais demander aux animatrice du blog à lexomil-mains des conseils pour me faire virer.

 

Jimidi 14 juin 2010

 

 

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