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Philippe Cognée - Medina, 2009 - peinture à la cire sur t

 

Philippe Cognée - Medina, 2009. Peinture à la cire sur toile, 124 x 156 cm

 

 

Des images d’images

 

J’aime autant vous prévenir tout de suite, l’exercice dans lequel je me lance – vous parler du travail de Philippe Cognée, peintre – est bien parti pour cumuler tous les défauts du genre : long, verbeux, intello, inutile.  Mais il faut peut-être rappeler l’intention de ce genre d’article. Cette partie au moins va être courte.

La plupart du temps, ce qu’on voit, on s’en fout. Pour des raisons qui tiennent, en vrac, au temps qu’on a (ou qu’il fait), à notre disponibilité d’esprit en ce moment, à nos routines paresseuses mais aussi à cette facilité consistant à penser que l’art doit nous toucher immédiatement ou ne pas être. Du coup, on passe sans ralentir ni s’arrêter à côté de quasi tout et même de ce putain de truc oublié sur la liste des courses, ce qui oblige à retraverser tout le magasin.

Les critiques d’art (et dare-dare en ce qui me concerne) partagent avec les publicitaires et les rabatteurs des restos de la rue de la Huchette, la prétention de vous arrêter un instant dans votre course folle et de retenir un moment votre attention, avec l’intention plutôt désintéressée que l’artiste trouve le chemin de votre cœur. Ok, les critiques reconnus s’en servent aussi pour se faire reluire au passage et même gagner leur croûte. Il faut bien vivre.

Pour ce faire, le meilleur moyen – c’est aussi le plus sincère – consiste pour le critique à baliser de quelques mots le chemin suivi par lui jusqu'à l'artiste. Le pari est alors pour le critique de penser qu’il partage avec vous suffisamment d’humanité pour vous rendre ce chemin praticable et qu’il vous conduise bien à pied d’œuvre.

On n’en voudra dès lors pas au critique de parler de lui-même, d’utiliser ses propres mots, ses propres trucs, aussi agaçant qu’ils puissent être comme ce « tour à tour Hong Kong » de ma consœur plus loin : c’est pour la cause.

 

 Philippe Cognée - Medina bleue

Philippe Cognée - Médina bleue - aquarelle - 2004

 

Philippe Cognée – il faut bien y venir –  a ce côté fâcheux de n’avoir pas du tout besoin de moi pour asseoir une renommée déjà très officiellement assurée. Mais je le découvre, peut-être comme vous et doté d’un talent transcendant largement son inscription dans l’époque, ce qui rend à la fois relative et peu essentielle sa côte actuelle. L’autre incontournable de Philippe Cognée, à lire les critiques, c’est sa technique. Ça peut agacer également. Imagine-t-on un paragraphe comme : « Ce peintre utilise de la couleur à l’huile en tube, qu’il presse sur une palette de bois pour ensuite en enduire son pinceau en poil de porc, celui-ci lui servant alors à déposer la couleur sur sa toile de lin…» Au secours ! Mais ce discours omniprésent sur la technique très singulière de Philippe Cognée (Cf. infra) me semble parler d’autre chose, même involontairement. J’entends là une tentative de rendre compte du mystère. En vain. Si vous et moi projetions comme le peintre une image sur une toile, pour la reproduire à la cire puis repasser le tout au fer en interposant une feuille de plastique, on serait encore très loin du même résultat mais plus proche du divorce.

Le détour technique (rassurant ?) n’explique en rien par quelle magie les toiles de Philippe Cognée imposent rien moins qu’une vision du monde. Perso, j’ai eu la même surprise avec Eric Tabuchi avec lequel Philippe Cognée me parait entretenir une parenté, liée aux sujets, notamment architecturaux, mais surtout à son incroyable capacité à ouvrir pour nous la voie vers le réel à partir de sa représentation, à nous donner une vérité sur lui avec l’artifice de son art, à nous faire éprouver une expérience sensible de ses sujets à partir de leur image recréée.

 

 

 

 Philippe Cognée - Foule a Casablanca - encaustique sur toi

Philippe Cognée - Foule a Casablanca -

encaustique sur toile, marouflée sur bois, 2005, 150 x 200 cm

 

Pour illustrer cet article sur un peintre créant ses images à partir d’autres images, en plus de piocher dans son iconographie, j’ai également fait appel à ces autres reflets sur son œuvre que constituent les articles publiés sur lui. Vous trouverez donc ci-dessous l’article de Hector Obalk pour Le Monde Magazine, puis un extrait de Wikipedia et enfin le plus marrant, celui d’Assia Kettani.

 

Jimidi 24 avril 2009

 

 

 Philippe Cognée - article du Monde Magazine

 

Textures urbaines

 

Ces tableaux récents de Philippe Cognée sont nés d’une prise de vue par téléphone mobile, première étape d’un long processus. On peut y voir de gauche à droite et de haut en bas, le quartier neuf de la ville de Bordeaux, une terrasse au premier étage de la gare Montparnasse, le parvis du palais de justice de Nantes, le rez-de-chaussée du centre Georges-Pompidou, ou le couloir d’un hôtel à Tokyo. Les endroits sont déserts afin que la composition, plus simple et plus efficace, flirte avec la grande peinture abstraite. Par cette technique, mais aussi par son talent, Philippe Cognée réussit étonnamment les textures du béton, de l’acier noir et du verre réfléchissant, dont le rendu est souvent très mou en peinture. Les aléas de la matière écrasée rendent parfaitement les parois délavées de nos paysages urbains que l’atmosphère couvre parfois de buée – et dont la laideur est si suave et si belle, à voir en peinture.

 

Hector Obalk – Le Monde Magazine – 5 décembre 2009

 

 

Philippe Cognée - Médina 2009

Philippe Cognée - Médina -

encaustique sur toile marouflée sur bois - 2009 - 153 x 125

 

 

Éléments biographiques

 

Après avoir passé son enfance au Bénin, Philippe Cognée vit aujourd'hui à Nantes. Il est en 1990 lauréat de la Villa Médicis à Rome. En 2004, il est nommé au Prix Marcel Duchamp. Philippe Cognée expose depuis le début des années 1980. Son œuvre a été présentée tant en France qu'à l'étranger depuis 1982. Il est l'un des artistes de sa génération qui a donné une impulsion nouvelle aux techniques picturales — très décriées pendant un temps — et compte, de ce fait, comme l'un des peintres français les plus reconnus de la seconde moitié du XXe siècle.

 

Technique

 

La technique de Philippe Cognée lui est particulière : il photographie ses sujets ou bien les filme en vidéo, puis en photographie quelques images diffusées par le moniteur. Ces images, telles quelles ou déconstruites, ré-assemblées, sont ensuite projetées sur le support (toile ou bois). Il utilise alors une peinture à l'encaustique faite de cire d'abeille et de pigments de couleur pour réaliser son œuvre. Il dispose cette peinture au pinceau sur la toile, puis recouvre ensuite la toile d'un film plastique sur lequel un fer à repasser, chauffant la cire pour la liquéfier, étalant et déformant les formes, pour créer l'enfouissement trouble du sujet dans la matière. Le film plastique lorsqu'il sera décollé laissera à certains endroit des effets d'arrachage et l'image semble alors enfouie sous une surface glacée.

 

Sujets

 

Philippe Cognée s'inspire de vues familières et banales puisées dans son environnement géographique ou personnel (architectures, containers, objets, foules...). Sa technique lui permet de transcender la banalité quotidienne devient mystère, en perdant le sujet dans le flou. Il offre ainsi une vision du monde à reconstruire à partir de la banalité. Ainsi, un de ses sujets préférés est l'architecture. Son exposition "Triades" était composée de toiles représentant Hong Kong, Le Caire, Rome, Paris ou New York, qui accrochaient le regard tant par leur taille imposante que par les structures représentées : des monuments et paysages urbains disloqués, déstructurés et transformés, épousant les formes du regard personnel de l'artiste. Ce thème lui permet de s'interroger sur la relation entre psychisme et architecture : des monuments tels que le Centre Georges Pompidou, la basilique Saint-Pierre de Rome ou le musée Guggenheim de Bilbao nous apparaissent non dans leur structure réelle et objective mais tels qu'ils existent dans notre mémoire. Ce que Philippe Cognée projette sur la toile, c'est sa vision personnelle de ces paysages urbains, la réalité altérée par le souvenir, des images de monuments filtrés par le prisme de la subjectivité de l'artiste. C'est ainsi que ces lieux connus de tous apparaissent tour à tour fondants sous la chaleur ou vus à travers une fenêtre embuée, restituant des impressions plutôt que des visions.

 

Depuis 2006, Philippe Cognée exploite un nouveau gisement d'images : les clichés par satellite sur Internet. « Les images de villes que montre Google Earth sont inimaginables puisque ce sont des vues prises par satellite : on peut jouer à en saisir des plans très rapprochés vraiment impressionnants qui frisent l'abstraction », dit-il.

Wikipedia

 

 

 

 

La Galerie Daniel Templon accueille jusqu'au 25 juillet les toiles monumentales de Philippe Cognée consacrées à l'architecture des villes : des images urbaines déconstruites et reconstruites, fruit d'une démarche originale et d'un regard personnel sur l'architecture urbaine.
Ces toiles représentant tour à tour Hong Kong, le Caire, Rome, Paris ou New York accrochent le regard tant par leur taille imposante que par les structures représentées : des monuments et paysages urbains disloqués, déstructurés et transformés, épousant les formes du regard personnel de l'artiste.

Fidèle à sa technique, Philippe Cognée poursuit ici un geste artistique entamé il y a maintenant plus de 10 ans : en utilisant une peinture à la cire, il repasse ses toiles à l'aide d'un fer, étalant et déformant les formes représentées sous l'effet de la chaleur. Le résultat est celui d'une réalité transfigurée : les formes éclatent, les couleurs fondent et se diphtonguent, l'image devient floue et imprécise.

 Ici, Philippe Cognée explore des architectures urbaines en se basant sur des images de vidéos filmées, qu'il désassemble et ré assemble. Il interroge ainsi la relation entre psychisme et architecture : des monuments tels que le Centre Georges Pompidou, la Basilique Saint-Pierre de Rome ou le musée Guggenheim de Bilbao nous apparaissent non dans leur structure réelle et objective mais tels qu'ils existent dans notre mémoire. Ce que Philippe Cognée projette sur la toile, c'est sa vision personnelle de ces paysages urbains, la réalité altérée par le souvenir, des images de monuments filtrés par le prisme de la subjectivité de l'artiste. C'est ainsi que ces lieux connus de tous apparaissent tour à tour fondants sous la chaleur ou vus à travers une fenêtre embuée, restituant des impressions plutôt que des visions.

 Ainsi, l'artiste s'accapare tous ces lieux et monuments alors que ceux-ci représentent des lieux importants ou hautement symboliques, tels la banque HSBC de Hong Kong. En juxtaposant réalité physique des monuments et réception esthétique, Phillippe Cognée saisit ces architectures urbaines dans leur intégralité, à la fois physique et objective, sensible et psychologique. A travers sa peinture interprétative, il parvient à s'approprier ces institutions hautement culturelles ou économiques, dévoilant une approche profondément originale.

 

Assia Kettani
Paris, Juillet 2003

 

 

 

 

Le plongeur

 

 

 

(Envoyé par Lou)

 

 

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