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Où il sera finalement beaucoup question de Jean Giraud, alias Gir, alias Moebius, mais après un inévitable détour par le contexte de la SF en France dans les années 70.

 

Moebius 9 - Le carnet de Jimidi

 

Moebius 3 - Le carnet de Jimidi

 Moebius 8 - Le carnet de Jimidi

 

 

 

 

Ce que je préfère en littérature, c’est la Science Fiction. Toute, y compris la Bande Dessinée. On reconnaîtra bien là, dans cet amour à la fois exclusif et un peu goinfre, les traits d’un attachement de jeunesse. C’est le cas. Donc, j’ai été jeune, si si ! C’était dans les années 70 et le moins qu’on puisse dire c’est qu’au début de cette décennie, la SF restait très confidentielle. Attention, les fans n’ont cependant jamais eu à s’échanger sous le manteau des revues mal imprimées bourrées de tentacules et de poitrines généreuses. Non, ça c’est plutôt le contexte américain, et c’est vingt ans plus tôt. Chez nous, au début des années 70, la SF était un truc plutôt intello et classieux. Il y avait peu de collections, et peu de revues, mais elles étaient chics. Pensez par exemple à la collection « Ailleurs et demain » dont vous ne POUVEZ PAS ne pas avoir vu les couvertures métalliques, argentées ou dorées. Perso, j’étais plutôt dans « J’ai lu », aussi bien, moins cher.

 

Mais à bien regarder dans le rétro, il semble que la décennie après 68 ait permis à ce bouton de fièvre SF de mûrir, si bien qu’en 77, une fois passée l’explosion à partir de laquelle tout à changé, la SF pouvait sortir du placard et gagner à la fois le grand public et un max de pognon. Le terreau était là.

 

Il s’est passé quoi, en 1977 ? demande la jeune et fraîche Mélanie (de Tours) qui attendait impatiemment la décennie suivante pour naître. Rhô ! 77 ma chérie ! STAR WARS, bien sûr !

 

Vous n’imaginez pas quel choc ça a été. Pas tellement le film en lui-même, il est à la SF ce que le western spaghetti est au western, mais le phénomène. C’est peu dire qu’il n’y avait rien eu de tel à l’écran depuis longtemps. Depuis « 2001 l’odyssée de l’espace » en pratique, film qui n’est pas sorti en 2001 (elle est gentille !) mais en 1968. Puis quasi dix ans sans vaisseaux spatiaux à se mettre sous les mirettes ! De plus, et même si je reconnais à Kubrick la stature de grand cinéaste (il serait soulagé de le savoir !) il a quand même une façon bien à lui de s’attaquer à un genre, de tenter le chef-d’oeuvre puis de tirer l’échelle. Exit 2001, intello et classieux (mais incompréhensible si on n’a pas lu le livre) et bonjour le western galactique.

 

 

Y avait-il en 1977, aux états unis, un public repéré, habitué de ce genre là, au moins en littérature ? Je le crois volontiers. Star Wars s’adressait-il délibérément à ce public sans forcément penser que le succès puisse le déborder et devenir planétaire ? Aucune idée. Mais en France, dans ce qui n’était pas tout un fait un désert pour la SF - plutôt une cage dorée (ou argentée) - Star Wars est venue très heureusement tout casser, à la grande surprise de ceux pour qui la Science Fiction restait quelque chose ayant plus à voir avec Kubrick qu'avec John Ford, et à la grande satisfaction des fans (dont j’étais) qui ont vu depuis cette corne d’abondance grossir démesurément et proposer toujours d’avantage à lire et à voir, dans des styles désormais très variés.

 

La magnifique boîte de pandore avait été ouverte au cinéma d’un coup de sabre laser. Alien pouvait désormais en sortir en 79, puis Blade Runner en 82 et enfin tous les autres.

 

Et la Bd ? J’ai l’impression qu’à l’époque, en France, au milieu des années 70, le décalage entre l’audience potentielle de la Bande Dessinée de Science Fiction et la réalité de sa production était à l’image de la place de la SF ici. La BD pour adultes, en gros, c’était le journal « Pilote » et rien d’autre. Mais la BD occupant déjà une sorte de strapontin vis-à-vis des arts reconnus et de la littérature, vous pensez bien que la BD de Science Fiction y avait une portion congrue. Or il semble bien que ses auteurs aient pressentis ce qu’elle pouvait devenir et choisi de claquer la porte de Pilote pour créer Métal Hurlant (1975). Ou alors, c’est juste qu’ils étaient dingues, mais comme l’histoire leur a donné raison, plus moyen de faire la différence. Dans ces auteurs (ils devaient être une poignée à l’époque), deux m’intéressent plus particulièrement : Philippe Druillet et Jean Giraud. Ces deux là m’ont l’air d’avoir produit à eux seuls « l’effet Star Wars » dans la Bande Dessinée de Science Fiction.

 

Leurs signatures respectives constituent sans doute une bonne entrée dans leur démarche d’artiste. De Philippe Druillet, on ne s’étonnera pas que quelqu’un qui signe comme ça : druillet-signature

 

 

dessine des trucs comme ça :

 

 

 

 

 

Druillet (article sur Moebius) le carnet de Jimidi

 

Druillet, c’est notre Victor Hugo de la BD. Des ambitions et un talent démesuré. Un univers très sombre, tourmenté, complexe – le dessin l’est aussi – des personnages qui doutent mais dessinés d’un trait, lui, d’une assurance dévastatrice. On est complètement dans l’opéra spatial et complètement dans l’aventure épique. Épique même pas mal : son dessin est très hérissé, nerveux, violent. Mais je vois Druillet comme ayant voulu, puis suivi un destin somme toute assez classique. Celui de l’affirmation sans conteste. Sur de sa valeur, il n’a pas eu à la faire reconnaître, l’imposer suffisait. Perso, je ne l’imagine pas dessinant des petites choses pour se faire la main. Je le vois plutôt doté, dès le départ, de ce style qu’on qualifierait volontiers de personnel et d’inimitable si l’on ne craignait pas le pléonasme en matière de dessin.

 

 

Ben oui, qu’on y réfléchisse une seconde. Le dessinateur partage avec l’écrivain la même économie de moyen : une page blanche, un crayon. Mais pour lui, sans les mots (qui sont ceux du scénariste). Que reste-t-il ? Le trait. Ce qui correspondrait à la graphie dans l’écriture. De ce point de vue, la planche de BD se présenterait presque comme une immense et complexe signature personnelle. De ce point de vue toujours, on ne voit pas bien comment un dessinateur, ayant atteint un certain niveau de professionnalisme, pourrait faire autrement que de dessiner dans un style personnel et inimitable. Mais quand j’en aurais fini avec Druillet, on va voir que c’est pourtant de cette impossibilité là que s’est affranchi Jean Giraud. Druillet est donc reconnaissable entre tous, sauf qu’au début, il était seul, ou presque. Mais il a eu l’exquise délicatesse d’éviter d’être génial. Parce qu’il est très difficile de passer derrière un génie. Lui n’a pas claqué le couvercle de la boite de Pandore derrière lui. Beaucoup sont venus, imposant à leur tour leur style personnel et inimitable. Ils sont aujourd’hui des dizaines de dessinateurs de bande dessinée de fiction et c’est tant mieux.

 

Jean Giraud, lui, est génial mais son génie n’éclate qu’après qu’il ait quitté Pilote. Depuis plus de dix ans, il dessinait la série Blueberry, ambiance western, style réaliste, cent pour cent très bien, mais classique. Puis il va endosser tranquillement le pseudo de Moebius pour dessiner autre chose, dans un style personnel, inimitable et complètement différent de « Gir »qui signe Blueberry. Et ça, c’est juste impossible à réussir, mais il l’a pourtant fait. On connaît des exemples de reconversion, de carrières successives, de gens connus dans un domaine qui font leur trou dans un autre. Ça marche parfois pas mal. On connaît des gens qui essayent de mener plusieurs carrières parallèles dans des domaines différents. Ça marche rarement, l’une paraissant vite principale et l’autre secondaire. On connaît de très rares exemples de gens ayant tenté dans le même domaine deux carrières parallèles et je pense bien sûr à Stephen King ayant écrit sous le pseudo de Richard Bachman. On pense généralement que King, ayant déjà du succès, voulait savoir s’il vendait sur son nom ou sur le contenu de ses livres. Perso, je trouve cette explication assez conne. Admettons un moment que telle ait été l’intention. Tu fais ça avec UN livre, mettons deux, pas six. Non, perso, je crois plus volontiers que King, auteur prolifique s’il en est, était sensible à l’idée que sortir TROP de livres pouvait tuer la poule aux œufs d’or et qu’il a profité d’endosser un pseudonyme pour doubler sa cadence de production et tenter d’écrire dans un style différent. C’est tout à fait sensible quand on lit du « Bachman », qui utilise volontiers un langage cru que ne s’autorise pas le King officiel, mais ce qui est tout à fait évident aussi, c’est qu’il s’agit bien du même auteur : un auteur qui ne brille pas particulièrement par son style. Attention, Stephen King est un de mes auteurs favoris, mais ce n’est pas moi qui avance qu’il n’est pas génial, c’est lui. Il se revendique volontiers artisan, un peu besogneux et cette modestie (assez authentique me semble-t-il) est un des traits qui me le rendent attachant. Eut-il été génial et quelqu’ait été le succès en librairie de son avatar, personne ne se serait aperçu de rien. J’imagine qu’un génie littéraire, avec cette désinvolture qui les rendent si agaçants, eût maîtrisé assez les différents composantes de son art pour proposer des ouvrages qui n’eussent eu rien à voir les uns avec les autres. Ben oui, « qui n’eussent », j’ai dit une connerie ?

 

C’est ce que fait Jean Giraud sous le trait de Gir d’un côté et de Moebius de l’autre. Je ne montrerai pas ici de planches signé Gir, il m'attire moins. Je m’en tiendrai à Moebius, où il y a déjà beaucoup à voir. Certains dessinateurs, pas tous, ont ce talent en quelques traits de figurer un espace immense, tellement présent qu’on pourrait presque en éprouver la température ou l’hygrométrie. Moebius à cette faculté là. Ne me demandez pas comment il fait, j’en sais rien. Ses dessins ont souvent une crédibilité assez incroyable. Regardez par exemple dans la série que je vous propose, ce dessin noir et blanc d’un personnage survolant un village sur le dos d’une oie. Il semble n’y avoir aucun effet particulier d’ombrage, de perspective, de détail et tac, ça fonctionne à fond. C’est peut dire que le dessin de Moebius me comble. Il est souvent au-delà, me laissant un sentiment de trop perçu et la gêne de ne pouvoir rendre la monnaie. J’ai l’impression d’avoir volé quelque chose, ou d’un cadeau inexplicable et démesuré. De plus, je sais pas pour vous, mais ses dessins vous invitent à l’intérieur. C'est-à-dire qu’avec Moebius, je ne suis pas à distance raisonnable en train de lire une histoire, je suis dedans.

 

Finalement, je n’ai trouvé qu’un truc qui craint chez Moebius, mais alors là, bien, c’est son site. Visuellement sympa, certes, mais complètement vide. On n’y compte plus les pages « En construction » et en boutique, trois ou quatre pauvres affiches se courent après (à des prix assez raisonnables d’ailleurs). C’est indigne. Un pur scandale. Retenez moi ou je lance une pétition ! En revanche, si vous avez un cadeau à me faire, vous pouvez m’offrir « Histoire de mon double », son autobiographie signée Moebius-Giraud. Je vous la prêterai.

 

Jimidi

 

Moebius 10 - Le carnet de Jimidi

 

Moebius 1- le carnet de Jimidi

 

Moebius 2 - Le carnet de Jimidi

 

Moebius 7 - Le carnet de Jimidi

 

Moebius - Incal 2 - Le carnet de Jimidi

 

Moebius - Incal 1 - Le carnet de Jimidi

 

 

Moebius - Incal 4 - Le carnet de Jimidi

 

Moebius 4 - Le carnet de Jimidi

 

 

Moebius - 6 - Le carnet de Jimidi

 

 

Moebius - Incal 3 - Le carnet de jimidi

 

 

Moebius - L'incal 5 - Le carnet de Jimidi

 

 

Moebius - sur l'étoile 1 - le Carnet de Jimidi

 

 

Moebius - sur l'étoile 2 - Le carnet de Jimidi

 

Moebius - Sur l'étoile 3 - Le carnet de Jimidi

 

Voir aussi :

 

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