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Bruno-Walpoth-1.jpg

 

 

Lettrine--J-Bruno-Walpoth-.jpgôôô sait, jôôô sait, je vous ai déjà parlé de ce sculpteur de génie qu’est Bruno Walpoth. C’était sur mon autre blog, puis sur mon ex dans une note du 20 juin dernier ou j'en reprenais l’essentiel, pour essayer de réparer une injustice.

 

Comme souvent me concernant – on a les dealers qu’on mérite – j’avais découvert le travail de Bruno Wapoth grâce à Netkulture, Tonton ayant pris cette précaution amusante, d’attirer notre attention sur le fait que ce sculpteur n'était pas photographe. 

J’avais été saisi, comme lui, par l’expressivité et le réalisme des personnages sculptés par Bruno Walpoth, puis bouleversé par la vérité de leur expression, appelant alors au secours un passage de Michel Tournier dans « Des clés et des serrures/images et prose »  

 

Bougez pas, je crois avoir vu ce bouquin dans l’étagère du bas de ma chambre, en cherchant autre chose l’autre jour. Le voilà. Je ne peux hélas pas vous recopier les quatre pages… Ça se voit que j’essaye désespérément de me raccrocher à quelque chose, que les œuvres de Bruno Walpoth m’ont complètement fait perdre pied ? J’essaye de trouver des mots chez les autres parce qu’en piochant dans les miens, je crains de ne pas y arriver.

Tournier reçoit la visite d’une jeune fille. « Elle voulait faire un mémoire de maîtrise sur le thème de l’Ogre dans la littérature française » « (…) elle s’intéressa au laboratoire de tirage et de développement, et aux appareils de photos (…) Puis elle se pencha longuement sur les épreuves — portraits, paysages, nus — qui en sont sorties.

Et si je vous photographiais ?

Mais oui, pourquoi pas ?

Je prépare les appareils et l’éclairage.

Je vais me préparer moi-même dans la chambre à côté.

 

Décidément, oui, j’aimais ce visage si simple, composé de quelques méplats, ce regard ardent dont le mystère entièrement extraverti s’épuisait dans une attente de ce qui peut arriver — événements, choses, gens. (…)

Vous êtes prêt ?

Parfaitement.

 

Elle s’avança bravement sur la plage éblouissante de lumière qui s’offrait à ses pieds. Y avait-il eu un malentendu ? Elle était nue comme Ève au Paradis. En disant « photo » j’avais pensé « portrait ». Elle avait compris « nu » (…) Que faire ? Instinctivement, je me cramponnais à mon projet de portrait. J’avais dit photo mais pensé portrait. Je n’acceptais pas d’en démordre. Je fis donc de mon Ève une série de portraits…

Je les ai à cette heure sous les yeux et je crois sincèrement avoir découvert grâce à eux quelque chose (…) Vous voulez faire le portrait-nu d’une femme, d’un homme, d’un enfant ? Faites déshabiller entièrement votre modèle. Puis prenez vos photos en cadrant le visage et lui seul. J’affirme que sur ces portraits la nudité invisible du modèle se lira comme à livre ouvert. Comment ? Pourquoi ? C’est à coup sûr un mystère. Il s’agit d’une sorte de rayonnement venu d’en bas, d’une émanation corporelle agissant comme une sorte de filtre, comme si la chair dénudée faisait monter vers le visage une buée de chaleur et de couleur. On songe à ces horizons embrasés par la présence encore invisible du soleil sur le point de se lever. Cette réverbération charnelle est toujours enrichissante pour le portrait, même quand elle comporte une note de honte ou de tristesse. Car on peut avoir la nudité mélancolique, comme certains ont le vin triste. Mais la dominante du portrait-nu, c’est plutôt une nuance particulière où il y a du courage, de la générosité, un air de fête aussi, car la nudité ainsi portée est à la fois gratuite et exceptionnelle, comme des étrennes. (…) On dirait que ce grand animal chaud, fragile et familier — notre corps — que nous enfermons le jour dans une prison de vêtements, la nuit dans un cocon de draps, enfin lâché dans l’air et la lumière, nous entoure d’une présence joyeuse et naïve qui se reflète jusque dans nos yeux. (…) »

 

Bien sûr, à première vu, Bruno Walpoth ne fait pas de photo et pas de portrait, mais nous assistons pourtant en regardant ses œuvres – je crois - à la révélation d’un mystère d’une nature assez comparable à celui dont parle Tournier.

 

Les femmes, les hommes, les enfants que Bruno Walpoth nous donne à voir sont pour l’essentiel débarrassés de ce qui pourrait les inscrire dans une époque, dans une situation. Nus pour la plupart, c’est peu dire qu’ils sont dépouillés. Ils me font l’effet d’être affranchis de toute séduction et même absents du regard qu’on porte sur eux. Mais le miracle, c’est qu’en ayant semble-t-il abandonné la pose (souvent), le geste, l’expression du visage, leurs vêtements (pas toujours), leur époque et tout artifice, du coup, leur présence s’impose avec une force qui ne doit plus rien au contexte. Ils affirment leur humanité, leur très grande humanité, à laquelle le travail de Bruno Walpoth les fait accéder d’une façon qui m’échappe en grande partie — mais si la sculpture pouvait se réduire en mots, qui s’emmerderait encore avec la matière ? — son immense talent étant bien sûr de nous rendre cette humanité sensible, de nous rappeler que nous la partageons. Elle est la nôtre.

 

Je n’en reviens toujours pas qu’à partir d’une bille de bois, l’artiste ait réussi à s’approcher si près de la vérité de ses modèles qu’on puisse voir leur âme.

 

La note se terminait là-dessus. Tu dis ? Et l’injustice alors ? L’injustice, réside dans le fait que j’ai parlé une seconde fois de Bruno Walpoth, dans la note suivante, consacrée à un autre sculpteur réaliste, hyper celui-là, Ron W., dont je ne vais pas citer complètement le nom, on va vite comprendre pourquoi. Et que je te les compare, citant plusieurs fois Bruno Walpoth, jusqu’à ce que j’aie la surprise de constater que dans les images proposées par Google pour illustrer les recherches sur Bruno Walpoth, coucou ! Apparait une photo de Ron W. tirée de MON article  (sur Wordpress) ! Au secours ! J’aime bien Ron W. mais son travail me touche infiniment moins, et sa notoriété n’a que faire d’un article de plus, surtout issu de blogs crapoteux comme les miens. En revanche, les œuvres de Bruno Walpoth me paraissent mériter infiniment mieux que 5 480 pages (contre 244 000 pour l’autre).

 

Je ne suis pas sûr que ce nouvel article répare cette injustice, d’autant que Google, s’il parait avoir une prédilection pour Wordpress (j’en sais quelque chose, je suis au top des recherches pour « yourte »), ignore superbement Hautetfort (je ne sais pas ce qu'il en est vis à vis d'Overblog). Tiens ? Je crois que je vais lui forcer un peu la main et aller scratcher ma note sur Ron W. là-bas.

Jimidi

 

  Bruno walpoth-Ruth-Indian wood- 164cm

Bruno-Walpoth-Martin - indian wood - 162 cm

Si comme moi vous aimez Tournier, y'en a encore un petit bout ici

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