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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 13:15

 

MYLOXYLOTO---Coldplay---couverture-de-l-album---Le-carnet-d.jpg

 

 

Coldplay - J’en conviens aisément, Coldplay ne figure pas dans la liste de mes écoutes habituelles, mais Coline m’a demandé ce que je pensais de Mylo Xyloto, leur dernier album. J’en pense plutôt du bien, même si ça court un peu après U2 et si ça cherche beaucoup le tube, en chalutant large, très large. Y’a juste un truc qui m’énerve, par exemple dans le début du morceau qui donne son nom à l’album... Tu dis ? C’est le morceau éponyme ? Je sais, mais si j’emploi des mots comme ça, je suis sûr de me payer un commentaire de Mélanie (de Tours) genre : « Je croyais qu’éponyme, c’était une colle ?» Non chérie, ça c’est l’époxy. Parfois on se demande ce qui lui passe par la tête, à part des soins capillaires. Le premier morceau présente, disais-je, avant d’être interrompu par moi-même une figure de style à la mode en ce moment : le blanc dirait-on en radio, le silence bref, l’absence de son, la coupure, celle qui vous fait un instant vous demander ce qui déconne, si c’est toi ou eux, si le trou est dans le morceau. Certes, ça fait monter l’adrénaline et ça force l’attention, mais je suis contre.

 

Baadi - Pendant que j’étais aux rayon nouveautés chez Deezer, ou sur Musicme, les deux envahis de publicité, j’ai écouté le nouvel album de Chimène Baadi, titré « Gospel & Soul », trouvant dans un premier temps l’exercice plutôt honorable, à condition de sauter à pieds joints au-dessus de certaines reprises, comme par exemple « Parlez moi de lui » de Nicole Croisille, déjà assez peu indispensable en 1973.

 

Bent - Le problème pour Chimène, dont j’adore la voix par ailleurs, là n’est pas la question, c’est que j’ai enchaîné sur une autre nouveauté : l’album « Délit mineur » d’Amel Bent. Vraiment très bien, à condition d’aimer Amel Bent, sinon, ça peut sembler rabâcher. Mais qu’on aime ce qu’elle fait ou pas, force est de constater que dans cet album, la maison de disque a investi ce qu’il fallait pour que la qualité soit au rendez-vous. Les textes se tiennent, la musique est là et bien là, les arrangement sont audacieux juste ce qu’il faut et bref, la production est à la hauteur de l’incontestable talent vocal de la chanteuse, dont le timbre, perso, m’embarque complètement.  

 

Du coup, l’album de Chimène, la pauvre, parait avoir été conçu et réalisé vite fait pour se trémousser entre retraités équipés de sonotones.

 

Et même Willem - Ah, sinon, « Prismophonic » de Christophe Willem : très bien également, quasi de bout en bout.

 

Vous écoutez quoi d’intéressant, vous, en ce moment ? Et tiens, puisque je vous tiens, vous ne connaissez pas un site sur lequel s’abonner disons pour 5€ par mois, sur lequel on puisse télécharger tout ce qu’on veut en MP3 puis l’écouter sur son baladeur numérique quand ce n’est pas un i-pod ?

 

 

 

 

16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 14:45

 

  Bulletin-scolaire.jpg

 

 

Lettrine--0-vieille-photo-.jpg

 

 

 

n me sait grand lecteur d’écrits périssables, prospectus, mode-d’emploi, blogs voisins, ordonnance de 45... Mais dans ce registre là, j’affectionne tout particulièrement les bulletins scolaires. Tu dis ? C’est parce que les miens sont encore classifiés « secret défense » ? Possible. Par chance, ma pratique professionnelle me conduit régulièrement à demander à mes ouailles (aïe, aïe ! ) de me montrer les leurs. Pour avoir suivi de près, et depuis longtemps, toutes les évolutions de ce genre littéraire à part entière, je crois pouvoir m’autoproclamer expert en lecture de bulletins scolaires. D’ailleurs on m’en envoie par mail, et ce, pas plus tard qu’hier, c’est vous dire ! Ce que vous ne mesurez peut-être pas, bande de cancres, c’est la sophistication extrême qu’adopte actuellement cette mesure trimestrielle de la performance scolaire individuelle.

 

Le bulletin type se présente comme un tableau à double entrée, ayant principalement en ordonnée les matières, et en abscisse des chiffres et des appréciations littérales. Dans un souci (sans doute légitime) de détacher les moyennes individuelles de l’idée de valeur absolue, on leur accole volontiers des éléments permettant de relativiser, à commencer par la moyenne de la classe. J’ai connu des collèges dans lesquels les professeurs étaient explicitement priés de faire en sorte que la moyenne des classes soit systématiquement à 10 (dans un système de notation sur 20). On conviendra qu’une moyenne collective qui s’éloignerait trop de la moyenne théorique donne en fait des indications sur la pratique du prof en matière de notation. Ainsi, les peaux de vache qui saquent tout le monde se situeront volontiers en dessous et les démagogues au-dessus. Suit en général une information sur les extrêmes, meilleure et pire moyenne de la classe dans cette matière, et/ou nombre d’élèves dans des catégories comme : à chier, passable, moyen, bon, très bon. On trouve même parfois une case « nombre de notes ». Sur le bulletin d’hier, je relève qu’aucune information complémentaire ne permet de savoir si les chiffres rangés dans les colonnes + et - de « notes extrêmes » sont des moyennes, ou des notes de contrôle, relevées dans la classe, ou s’il s’agit des notes personnelles extrêmes de l’intéressé.

 

C’est bien sûr dans la case d’après, celle des appréciations littérales, qu’on trouvera ces morceaux d’anthologie dont la toile regorge : « Cet élève confond la seconde et la marche arrière », « Elève brillant... par son absence. », « Se retourne parfois, pour regarder le tableau. »,  « A touché le fond mais creuse encore. »,  « En nette progression vers le zéro absolu. » et mes préférées : « L’apathie a un visage » ou : « Un vrai touriste aurait au moins pris des photos. » Certains bulletins ajoutent encore une, voire deux colonnes à côté de celle servie par l’appréciation littérale, celle du comportement et celle des conseils pédagogiques adressés à l’élève.

 

Vous êtes largués ? C’est normal : une bonne partie de cette mise en page des bulletin est en fait une mise en scène, destinée à donner du sérieux à l’ensemble. Or à notre époque, qui dit « sérieux » dit « technique » et qui dit technique dit opacité. Du coup, pas mal de collèges ont mis en place une procédure consistant non plus à envoyer les bulletins aux parents, mais leur demandant de bien vouloir passer le prendre au collège, ce qui devrait pouvoir donner aux pédagoques l’occasion d’une explication de bulletin : « Vous avez mis « ABS » à mon fils...  Assez Bien Suffisant, c’est pas mal non ? »

 

Reste que le bulletin de JB est bon, très bon même, parole d’expert. A ce titre, il mérite toutes nos félicitations. Oui, je parle de toi, de toi et surtout de toi ; je m’adresse rarement à moi en disant nous. Alors attention, tout le monde avec moi, deux, trois : BRAVO JB !

 

 

Illustration : pour ce montage, j'ai utilisé un bulletin trouvé sur le Net, il ne s'agit pas de celui de JB.

12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 19:22

 

Laure - rosier d'automne - Le carnet de jimidi

 

 

Lettrine--C-ruach---Laure--Le-carnet-de-Jimidi.jpg

 

 

 

omment commencer ? Peut-être en acceptant de sauter à pieds joint dans le paradoxe, plutôt que d’essayer de le contourner, ou de prétendre le résoudre. Je vais donc vous dire tout le bien que je pense du carnet de Laure, qui témoigne selon moi de très grandes qualités littéraires, mais il sera question ici surtout de ses photos et les deux textes auxquels je vais faire appel ne sont pas d’elle. Mais après tout, s’agissant d’un carnet titré « Une chose et son contraire », peut-être est-ce une bonne approche ?

 

Il y a quelque chose de magique dans l’incontestable talent d’écriture de Laure. C’est là, sous le regard, ça crève les yeux et parfois même le coeur, je le constate tous les jours en allant lire là-bas ses articles et pourtant, je serais bien incapable de dire à quoi tient cette écriture si particulière, à quoi tient sa très grande justesse, sa capacité de faire mouche. Ça me rassurerait presque de constater que la plupart des photos de Laure ne sont pas terribles, sauf, heureusement, les extraordinaires que je lui ai piquées pour illustrer cet article. On en trouverait sans doute plein d’autres en feuilletant plus sérieusement que moi son album photo, mais plus je regarde ses photos « ordinaires », plus elles me semblent résulter d’une sorte de malentendu. Ce que montre l’écriture de Laure, pour y revenir (et même si je ne vois pas comment elle fait) c’est son infinie capacité d’évocation. Deux, trois mots, et hop, tu as la situation, l’ambiance, en écoutant bien, la musique et les sons et moyennant un léger supplément, le parfum du jour, bergamote ou feu de bois selon arrivage. Du coup, je comprends qu’il puisse être tentant, planté dans un paysage, quand les impressions et les sentiments affluent, d’appuyer sur le bouton avant qu’ils repartent, en espérant qu’ils aient été capturées. Je comprends également qu’on puisse, dans ce même paysage, ou devant une scène, voir son oeil attiré par une ligne, un contraste, une couleur, vouloir en conserver une trace, et se retrouver avec une photo encombré d’autres trucs qu’on est bien obligé de garder et regarder puisqu’ils étaient également là. C’est sur cette piste que me conduisent les couleurs de Laure, celle de notes visuelles prises à la volée. Il m’a semblé par exemple, retrouver dans beaucoup de clichés, à mon avis trop pour que cette récurrence ne soit que le fruit du hasard, certaines teintes qui reviennent et parmi elles, un certain jaune, que je qualifierais bien de « moutarde », sauf qu’après avoir mis de la vraie moutarde sur mon scanner et du condiment à côté, je pense désormais qu’il s’agit plutôt d’un jaune curry.

 

Laure - Mousse sur écorce - Décembre 2011 - Le carnet de

 


Et voilà peut-être la clé, ou plutôt l’une d’entre elles. De même que certaines odeurs nous replongent immédiatement dans des souvenirs précis, je me demande si certaines couleurs ne fonctionnent pas sur le même mode pour Laure... Du coup, je me suis permis d’en piocher quelques unes dans ses images, puis de les rassembler. Elles me semblent composer une palette assez douce, nostalgique et tendre. On y retrouvera également ce rose très discutable dont elle a tartiné son carnet.

 

 

Laure - champ de maïs en hiver - Le carnet de Jimidi

 

Pour ce qui est des textes, dans les récents, on pourra utilement lire La vieillesse dit-elle ou piocher au hasard : à des titres divers, ils sont tous bien. Reste à convoquer dans cet article deux chanson interprétées par Christophe Willem. L’une, parce qu’en l’écoutant alors que je réfléchissait à cet article, m’est apparue ce l’or/laure certes un peu facile, mais qui oriente l’écoute et la lecture de ce texte d’intéressante façon. L’autre parce que cette chanson me parait coller pile poil à ce que j’aurais bien voulu vous dire de Laure, telle que je crois la deviner dans ce qu’elle écrit.

 

Laure - Feuilles givrées - Le carnet de Jimidi

 

 

Être un héros, voler dans les plumes, défier d'un regard... J'ai le chapeau, j'ai le costume ; après ça, je m'égare. Tout doux, comme un homme, bourru comme un saule en somme. J'ai tout fait pour me croire plus fort que fort. J'ai deux cent fois perdu le nord. Face à la vie mon corps se défile : je me sens fragile. Être un héros, plonger dans la brume, défier le hasard... Coup d'épée dans l'eau, si je résume. Je me rêve, le soir. Moi, j'ai l'air d'un homme : bourru comme un saule en somme.  J'ai tout fait pour me croire plus fort que fort. J'ai tant de fois perdu le nord ! Et face à la vie, mon coeur se défile : je me sens fragile... fragile... fragile... fragile...  J'ai tout fait pour me croire plus fort que fort, mais j'ai tout fait comme l'on fait le mort, et tant pis si, lorsque ma vie défile, je me sens fragile... J'ai tout fait pour me croire plus fort que fort, mais je me tue à faire le mort et tant pis si, lorsque ma vie défile, je me sens fragile.

 

Laure - nénuphars - Le carnet de jimidi

 

L’or est là sous la pluie, sur la peau de celui que je suis quand je te vois. L’or est là qui se colle entre nous et le sol. Je veux ça : me sentir en vie. Et la vie dans mes veines me chavire, me déchaîne et tout ça vaut de l’or. Viens dans mes bras Dans tel hôtel j’ai pleuré si fort là au pied du chêne j’ai pleuré encore sur mon corps ta peau sur ta peau l’arôme je respire avec toi l’or est tombé du ciel dieu que l’envie est belle quand mon ange en perd la foi l’or est là qui se colle entre nous et le sol je veux ça me sentir en vie et la vie dans mes veines me chavire me déchaîne. L’or est entre mes bras. Je suis en toi. Tout nous tient qu’à un fil. En un seul battement de cil, l’or est tombé du ciel. L’or est tombé du ciel. L’or est tombé du ciel. Dieu que l’envie est belle ! Viens mon ange, accroche-moi, l’or est là qui se colle entre nous et le sol. Je veux ça. L’or est là.

 

Laure - Les couleurs de Laure - Le carnet de Jimidi

 

Comme on l'aura compris, j'espère, les photos utilisées contre leur gré dans cet articles ont été prises par Laure, sauf celle ci-dessous.

 

Laure - Moutarde et condiment sur le scaner - Le carnet de

 Puisque je te dis que la maison ne recule devant RIEN.

 

 

 

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 12:30

 

 

 

Lettrine--E-Carl-Kleiner-.jpg

 

 

 

 

 

 

 

ngagé depuis quelques temps déjà dans un programme d’austérité domestique consistant à traquer la dépense inutile dans les recoins d’un budget exsangue, j’ai résilié mon contrat avec France Loisir. Je reçois en retour une lettre signé Anne Perez, Directrice relation client, qui commence en ces termes :

 

Cher Monsieur,

 

J’apprends que vous souhaitez quitter le club et j’en suis sincèrement désolée. Je me sens personnellement responsable lorsqu’un adhérent décide de partir et je me demande toujours ce que nous aurions pu faire pour mieux répondre à ses attentes. Oui, vous allez nous manquer. Nous avions beaucoup de plaisir à vous compter parmi nos meilleurs adhérents... et nous n’avons qu’une envie : vous convaincre de rester une année encore parmi nous. (...)

 

Suit une proposition commerciale intitulée « Nouvelle formule club » consistant à devoir acheter quatre livres par an au lieu d’un par trimestre.  Tu dis ? C’est pareil ? Pas du tout, du tout, parce que là, grâce à un privilège auquel Mme Perez espère que je soit sensible, je pourrais ne rien acheter du 1er janvier au 30 décembre et me rattraper en prenant quatre bouquins à la fois le 31 avant minuit.

 

Ce que Mme Perez ne sait pas, c’est qu’en sus de la rigueur budgétaire domestique dont je parlais, j’avais de plus en plus de mal à trouver un livre, un vrai, dans l’océan de niaiseries publiées par son club. Je ne suis donc pas surpris de retrouver dans sa lettre le « pathos » dans lequel s’embourbe ses ouvrages, mais il m’incline à penser que loin de s’adresser à moi, malgré ses apparences, sa lettre parle plutôt d’elle. Du coup, on pourrait en imaginer d’autres...

 

 

 

Cher Jean-Marie,

J’ai peine à croire que tout soit fini entre nous. Depuis notre rupture, j’examine à la lumière brutale de son annonce les longues années de notre liaison, à la recherche d’une faute dont je serais personnellement responsable, me demandant en quoi j’ai failli à tes attentes. Oui, tu vas terriblement me manquer et c’est dans l’ultime espoir de sauver ce qui peut l’être encore entre nous que je t’adresse la proposition ci-dessous (...)

 

 

Dis donc, mon coco,

Si tu crois que tu vas t’en tirer comme ça, tu te goures. Je ne sais pas où tu as été chercher que dans notre liaison, c’est toi qui décidais, mais voilà une initiative qui mérite une sévère punition. Tu vas me faire le plaisir d’accepter la proposition ci-dessous, et vite ! mais tu ne couperas pas à quelques coups de fouet, vilain, vilain garçon (...)

 

 

Monsieur,

Alors comme ça, vous vous y mettez aussi ? Je surveillais depuis un bon moment le petit manège de vos semblables, aussi ne suis-je pas surprise de votre coup-bas : je m’y attendais. Je vous imagine savourer par avance votre victoire. Ne vous réjouissez pas trop vite. J’ai votre nom, votre adresse et je me propose de transmettre ceux-ci sans délai a des gens haut placés que je connais, qui sauront effacer définitivement votre petit sourire satisfait, à moins que vous ne souscriviez à la propositions ci-dessous. (...)

 

 

 

Cher, cher Monsieur,

L’annonce de votre retrait tombe vraiment mal. C’est déjà la dixième aujourd’hui, et je crains que cette goutte d’eau ne fasse déborder le vase. Je crois que je ne suis vraiment pas faite pour ce travail et peut-être même plus pour cette vie. Tous ces gens qui me fuient, c’est vraiment trop dur, je ne le supporte plus. Toute petite déjà, j’avais beaucoup de mal à voir maman s’éloigner à l’heure de la sieste, alors maintenant, vous pensez ! J’envisage sérieusement d’en finir une bonne fois. C’est donc dans l’ultime espoir que vous puissiez me raccrocher à la vie que je vous lance la proposition ci-dessous. (...)

 

 

Ah merde !

Tu fais chier ! Qu’est-ce qui te prends, bordel ? Tu crois que j’ai que ça à foutre d’essayer de raccrocher des connards qui se tirent ? Écoute moi bien, crétin : je t’adresse ci-dessous une proposition que tu as plutôt intérêt à signer, parce que tu commences à me les briser menues, menues. Alors putain, magne-toi ! (...)


 

 

Cher Monsieur,

J’apprends avec soulagement que vous souhaitez quitter le club et j’en suis sincèrement soulagée. Je me demandais depuis longtemps ce que vous attendiez. Vous allez néanmoins nous manquer. Il est vrai que vos choix littéraires erratiques étaient une inépuisable source de fous rires au bureau. Que votre pusillanimité légendaire vous conduise ou non à souscrire à la proposition ci-dessous, je vous méprise.

 

 

 

 

Aye, le taon,  

Tu m’achales en pas pour rire avec tes grands airs de faiseux. Ça m’tente-tu moé de courir après les lâcheux dans ton genre pour leu quêter leu foin d’reprise d’abonnement? Bon, dans l’cul cibole, j’ai un deal pour toé pis c’est ça qui est ça ou mange un char de marde. Grouille toé l’beigne de lire mon tit pamphlette icitte à côté-là, pis d’me maller ta réponse. Envoye moéneau. Niaise pas. Dégosse, flagosse…

Paul Laurendeau

 

 

 

On pourra lire également la chronique : "Rances loisirs", sur ce même carnet.

 


10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 00:19

 

Gaston Lagaffe - Page 15, album 13 - Le carnet de Jimidi

 

 

 

C'est celle là ? (Il y a deux planches mettant en scène du café extra fort. Dans l'autre, c'est De Mesmaeker qui le boit.)  

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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 23:04

 

 

 

Du temps où je m’accompagnais encore à la guitare acoustique plutôt qu’à la tasse de thé, les chansons de David Mc Neil présentaient l’immense avantage d’être jouables avec trois accords et de n’être pas très connues, en tout cas moins que celles de Maxime Leforestier dont la concurrence et la technique requise pour les interprêter, étaient un peu écrasantes. L’écriture minimaliste de David Mac Neil m’a toujours plu. On en trouvera trois exemple ci-dessous.

David, si tu passes par là et si tu avais un petit quelque chose à me donner pour la revue Scribulations, tu sais où me joindre. (Ben quoi ? Oui, je me la joue et alors ? C’est bientôt Noël, ou pas ?)

 

 Gitane--image-du-paquet--par-Ponty----Le-carnet-de-Jimidi.jpg

 

 

Carambars, calembours


Parler de sexe, ça chiffonne même les anglo-saxonnes qui griffonnent sur un Kleenex un numéro de téléphone et qui se barrent dès qu'on se bourre. Mais d'Anvers à Hambourg, nos derniers verres au bar, c'est vrai, c'est souvent Pearl Harbour. Les serveuses sont livides et les balafons des bas-fonds jouent pour des tables vides la petite boule qui tourne au plafond. Où qu'on se gare, faut qu'on se gourre d'étage ou d'amour. Tomber dans des bagarres ? Bien plus Bogart que Roger Moore, si vous deviez, Votre Honneur,  un jour nous jeter la pierre pour détournement de "La mineur". Liaisons irrégulières, carambars, calembours, pensées classées X, bijoux, cailloux pas genoux (ça, on les garde pour Hendrix) Marilou, Marilyn, Kalinka câline qu'on ne filme qu'en plans voyous, en rêvant de Mayerling…


 

 

New York City

 

Je suis né à New York City dans un block au bout du Bronx au milieu des graffitis, des filles et des Honky-Tonks. Chiffonnier, flic ou tailleur, catcheur qu'on paie pour tomber, chicano : Goldwin-Mayer, ton film est un série B à New York City. Des types s'en tirent dans la boxe, d'autres en grattant des guitares… Y en a deux dans les juke-boxes, la plupart sur les trottoirs. Les filles, elles, montent à Harlem ; Dieu sait à quel poker elles jouent ! Faudrait venir de Bethléem pour tendre l'autre joue à New York City. Puis il arrive qu'on ramasse le long de la Bowery une bouteille de Dylan Thomas ou de Malcolm Lowry. On est l'homme de toutes les saisons, de toutes les lignes de départ, mais c'est pas parce qu'on a dix maisons qu'on est chez soi quelque part à New York City. Dix dollars, c'est si facile : suffit de vouloir les faire. Roméo rentre en Sicile, Juliette finit en Enfer. Moi, quand j'aurai dépensé mon dernier tour de manège, je voudrais bien balancer ma dernière boule de neige à New York City.

 


 

Gitane


Souvent, y a des jours avec et puis des jours sans swing. Des soirs où les sœurs Labèque jouent Scott Joplin ou Gershwin. Alors, faut des liqueurs fortes, du bourbon, du mescal, du rhum, du Southern Comfort pour supporter l'escale et c'est là qu'avec un peu de chance on trouve un fond de butane qu'on se gaze pour la fille qui danse sur son paquet de Gitanes. Souvent les filles sont si belles qu'on jalouse leurs éponges, l’ombre que font leurs ombrelles, les divans quand elles s'allongent. Alors faut du vin d'Espagne, des épaules tatouées. Après dix verres de champagne on se prend pour Hemingway et c'est là qu'avec un peu de chance on rencontre un platane, qu'on se pend pour la fille qui danse sur son paquet de Gitanes. C'est peut-être demander beaucoup mais quitte à choisir sa fin, on veut se pendre qu'à vos cous, se gazer qu'à vos parfums ! Parfois y a des nuits magiques : on chevauche des licornes, on détourne le Titanic pour une sirène au Cap Horn. Alors, il faut de l'absinthe, des flacons d'alcools rares, se perdre dans des labyrinthes au bras de Blaise Cendrars et c'est là qu'avec un peu de chance, on croise la Gitane qu'on rejoint dans sa danse sous son voile de cellophane.

 

Chansons de David Mac Neil dont vous pouvez écouter l’album « Les années Saravah » dans lequel TOUTES les chansons sont intéressantes.

 

Jo---Toutes-les-couleurs-de-la-vie---1---Le-carnet-de-Jimid.jpgPhoto ci-dessus : Jo, parce que c'est quasi le même bleu

 

New York city de David Mc Neil figure, avec quelques autres, écrites par d'autres auteurs, dans l'article " Je suis noir de monde".

5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 21:49

 

Je ne sais plus pourquoi je cherchais cet extrait d’une planche de Gaston, probablement pour illustrer ce qui me faisait rire aux larmes, mais voilà-t-y pas que ma brune l’a retrouvée (j’avais passé hier les albums en revue, mais trop vite.)

 

Gaston-N-10-page-43---Le-carnet-de-Jimidi.jpg

 


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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 10:51

 

Vache-Gaston-1.jpg

 

 

Propos recueillis par Rachel Mulot auprès de Jean-Jacques Hublin pour Science et Avenir (décembre 2008). Jean-jacques Hublin est paléo-anthropologue. Il dirige le département d’évolution humaine de l’Institut Max-Planck de Leipzig (Allemagne), qu’il a créé en 2004. Il publie chez Flammarion avec Bernard Seytre « Quand d’autres hommes peuplaient la Terre – Nouveaux regards sur nos origines. »268 p.,21€.

 

 

Le propre de l'homme moderne, selon vous, est-il d'avoir toujours exercé une pression intense sur l'environnement ?


Il y a eu un « buissonnement» d'espèces humaines avant l'apparition d'Homo sapiens, il y a entre 200000 et 150000 ans en Afrique. Mais notre espèce s'est répandue dans le monde, voici environ 50 000 ans, avec une effica­cité nouvelle, exploitant son environnement de façon inégalée. Il est intéressant de replacer notre histoire ac­tuelle dans cette continuité préhistorique. Les hommes modernes sont allés sur la Lune tout comme autrefois ils ont pris pied en Australie, en Amérique du Nord et dans les îles les plus lointaines. De même, ils extraient aujourd'hui jusqu'aux dernières gouttes de pétrole, pro­voquent la disparition de multiples espèces, comme ils ont autrefois « intensifié » leur prédation sur l'environ­nement. Et s'ils doivent aujourd'hui gérer leurs ressour­ces, c'est contraint, car leur planète s'épuise.

 

Les néandertaliens n'étaient-ils pas, eux aussi, des prédateurs ?


Pas à ce degré. Ainsi, les néandertaliens, apparus presque en même temps que les ours des cavernes, les ont chassés, mais ont cohabité avec eux pendant trois cent mille ans. Ces ours n'ont disparu qu'après la colonisa­tion de l'Europe par Homo sapiens, même si cela a pris quelques milliers d'années. Ce n'est pas le côté le plus sympathique de notre espèce, mais, dans les faits, l'expansion d'Homo sapiens a conduit à l'extinction de nombreux grands mammifères, y compris d'autres espèces humaines.

 

D'autres chercheurs avancent plutôt des causes climatiques...


Le climat a connu tant de fluctuations au cours du der­nier million d'années, qu'on peut toujours faire corres­pondre une disparition locale à telle ou telle variation : un coup de chaud par ici, un coup de froid par là, voire la chute d'une météorite ailleurs ! Et ce, alors que nos datations, dans ces périodes, ne sont pas précises au siè­cle près ! C'est à la mode et c'est un abus. Pourquoi s'interdire de chercher des causes à l'échelle planétaire ? Or le déterminateur commun à l'extinction massive des grandes faunes, il y a 50 000 ans en Australie ou il y a 12 000 ans en Amérique du Nord, c'est bien l'ar­rivée de L’homme moderne ! On cherche, à travers des causes climatiques ou extérieures, à exonérer les ancê­tres des Amérindiens ou des Aborigènes de toute respon­sabilité dans la disparition des mammouths ou des kan­gourous géants.

 

Le «politiquement correct » parasiterait-il la paléoanthropologie ?


Il y a un fantasme d'un âge d'or du paléolithique, au cours duquel les hommes auraient été des pacifistes et des éco­logistes gérant leurs ressources. Ils n'ont été ni l'un ni l'autre. La perception est la même vis-à-vis des derniers chasseurs-cueilleurs subsistants alors que des travaux récents montrent qu'ils ne sont exempts ni de violence ni de hiérarchie. Une idéologie post-soixante-huitarde et une mauvaise conscience post-coloniale biaisent aujourd'hui la recherche en préhistoire.

 

Vous aimez aussi parler du cannibalisme...


Oui, car on trouve, dans certains sites préhistoriques (Gran Dolina et El Sidron, en Espagne, l'abri Moula, en Ardèche), des restes humains débités comme ceux des animaux, pour de la boucherie. Même pour des périodes très reculées, on préfère souvent expliquer que ces res­tes humains ont fait l'objet de rituels funéraires très so­phistiqués. Curieusement, à partir du néolithique, le mo­ment où les hommes s'installent en village, se hiérarchisent, accumulent des biens, on admet que tue­ries et cannibalisme « agressif » ont pu exister. Je vais faire hurler, mais pour moi, Neandertal, qui avait survé­cu à bien des variations climatiques avant la venue de Cro-Magnon, n'est que l'une de ses victimes. Il a été pro­gressivement éliminé comme les autres grands compé­titeurs carnivores : en lui ravissant ses proies et ses ter­ritoires, aussi en le tuant. Mais c'est une interprétation taboue aujourd'hui.

 

 

3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 11:47

 

 

 

Tout va bien, je vous assure, mais je trouve l’hiver décidément propice à la rediffusion. Après tout, c’est bien l’époque où l’on vit sur ses réserves, non ? J’ai donc exhumé pour vous le premier d’une trop longue série d’articles consacrés à « La boîte à pizza », lancée en 2008, c’est vous dire si cette prose à eu le temps de bonifier. Si vous ne craignez pas l’indigestion, vous pouvez vous goinfrer de toute la série, regroupée sous le titre : « Mise en boîte à pizza ».

 

 

Lettrine--A-Gill-san---pizza--le-carnet-de-Jimidi.jpgujourd'hui, je consacre ma chronique des publicités que vous ne lisez pas, au prospectus de "La boîte à Pizza". Contrairement à certains prospectus, sur celui-là, il n'y a pas d'incertitude concernant le produit : le mot pizza est répété cinq fois dès la première page et la faute d'orthographe consistant à ne pas accorder la marque du pluriel à pizza quatre fois. La première page est également envahie d'une certaine Mélanie (de Tours ?) Son omniprésence m'a fait un instant croire que la raison sociale de cette noble entreprise était "La pizza de Mélanie", mais non, Mélanie est juste la gagnante du concours "Imaginez la pizza de vos rêves et envolez vous pour la Chine".

 

Je ne savais pas que des gens pouvaient rêver de pizza. Faut vraiment avoir très faim, ou ne pas avoir rempli le frigo une veille de jour férié… Mélanie, elle, rêvait d'une pizza, puis elle a gagné le premier prix et nous la retrouvons en première page du prospectus, avec son visage lunaire, tenant un billet d'avion d'un mètre sur deux - elle va avoir du mal à le passer dans le composteur - cerné de près par celui qui ne saurait être que le président directeur général tellement il est fringué triste et par deux employés à la casquette de base-ball rouge et à l'imper ridicule : col mao a damier et bas de caisse assorti.

 

Une photo en très gros plan nous livre certains détails particulièrement crus sur la pizza de Mélanie. On n'ose y croire. Cette pizza à tout de la scène de crime. Cette pizza parait résulter d'une collision frontale entre un car scolaire et un container de hachoirs. Cette pizza à l'air d'être interdite en salle aux moins de douze ans. Cette pizza parait contenir des figues et des scènes pouvant heurter la sensibilité des plus jeunes consommateurs. Mais il faut tourner la page pour trouver la composition exacte de cette offense aux bonnes moeurs. Tiens ? On retrouve Mélanie et son sourire crispé - le billet de deux mètres carré à l'air de peser trop lourd - nom/name : Mélanie EHL. Bon, je sais que c'est pas bien de se moquer du physique des gens, mais ça se prononce comment, Ehl ? Ça se tousse ? Dessous, nouvelle photo de la pizza de la mort qui tue, mais de plus loin - y'a dû avoir des plaintes - avec comme légende : La pizza de Mélanie. Toute la saveur du fromage de chèvre sublimée par un accompagnement d'une douceur raffinée. L'hypothèse de la catastrophe écologique majeure se précise. Me dites pas qu'ils ont mis du fromage de chèvre avec des figues ? Si. Mais pas que. La composition exacte est à gauche. La pizza de Mélanie, lauréate, crème fraîche, mozzarella, emmental, chèvre, figues, jambon cru, noix. Tu m'étonnes qu'ils l'envoient en Chine ! C'est ce qu'ils ont dû trouver de plus loin. À mon avis, elle va apprendre sur place que son retour n'est pas prévu. Ils vont l'exposer : « Regarde chéri, c'est la dame qui met des bouts de pneu dans ses pizza. — C'était pas des pneus mon amour, c'était des fraises. — Ah bon, tu crois ? J'espère que la grille est solide. »

 

Elle existe en trois pointure, la (faudrait trouver un autre mot) de Mélanie : pas assez petite à 8,50, très moyenne à 13,50 et beaucoup trop grande à 18,50, prévu pour quatre. Peut-on détester quelqu'un au point de vouloir partager ça ? Ou juste avant un suicide collectif peut-être ? Cette, hûm, a peut-être beaucoup de succès dans les sectes.

 

Poussant mes investigations - faut savoir vivre dangereusement, je suis en mission - j'ai été faire un tour sur le site de laboiteapizza.com. Je voulais juste savoir comment on pouvait concourir. Parce que moi, je veux bien imaginer une pizza de cauchemar, mais après ? Je la cuisine et je l'envoie par la poste roulée dans un tube carton ? j'envoie juste les plans et une photocopie ? Je la scanne et je l'adresse en pièce jointe au format JPG ? J'en ai été pour mes frais. Sur le site, rien concernant les modalités du concours. Je comprends à demi-mot que les prix ont déjà tous été attribués. D'ailleurs il y a une liste de gagnants, de lots, et de pizzas.

 

 

 

imaginez la pizza de vos rèves

 

 

Je sais pas vous, mais leur liste de gagnants, je la trouve chelou. J'ai du mal à croire qu'on puisse s'appeler en vrai Ehl, Christiane Goulliart ou Liza Louise. Je vous laisse déguster la composition des pizzas gagnantes. Après tout, peut-être vous mettront-elles en appétit, mais vous remarquerez sans doute comme moi que Rodolpho Milan, 5ème prix, est certainement tueur en série dans le civil. Qui d'autre peut avoir l'idée de mettre des coeurs de canard sur une pizza ? Je me suis laissé dire qu'il exigeait que les siens soient crus et encore palpitants ! Qu'est ce qu'il a gagné lui ? Son poids en pizza ? Bonne chose ça. S'ils avaient la bonne idée de constituer son lot uniquement avec des pizzâtres de Mélanie, voilà qui devrait régler son sort plus vite qu'à la chaise électrique.

 

 

 

 

1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 23:06

 

 

 

Eric Tabuchi 1

 Eric Tabuchi 2

 


Comprends toujours pas. Déjà la première fois, le travail d’Éric Tabuchi m’avait laissé sur le séant, tant je n’étais pas préparé à m’émouvoir pour des stations services abandonnées. Mais là, pareil. J’étais tranquillement en train de tamiser de la chronique sur mon ex-blog, pour y trouver de quoi publier ici sans trop mouliner, quand j’ai retrouvé une note d’avril dernier écrite sur ce photographe aux effets secondaires si désirables.

 

Eric Tabuchi 3

 

Mon entrée, on s’en souvient peut-être, était un alphabet composé uniquement de culs de camion. Je ne vous le remets pas là, on l’a beaucoup vu. D’ailleurs vous n’aurez aucun mal à le retrouver en recherchant « Éric Tabuchi » dans Google images où, si vous vous dépêchez, vous pourrez même trouver une reproduction de cet alphabet conduisant à la chronique pré-citée. Je suis donc retourné sur le site d’Éric Tabuchi, voir ce qu’il proposait de nouveau comme ruines. En avril, j’écrivais :

 

« La baffe, mais pas tout de suite. Je ne sais pas combien de temps ça vous prendra avant d’être atteint à votre tour par le propos d’Eric Tabuchi et peut-être ne verrez vous que des stations services abandonnées, des bâtiments en ruine ou en travaux et rien d’autre qu’un peu de monomanie incompréhensible focalisée sur des bâtiments moches. Mais peut-être comme moi serez vous gagné, petit à petit, puis profondément, par le talent de cet artiste. Je ne sais pas si je vais trouver les mots. À première vue, les sujets choisis par le photographe sont de ceux qui n’attirent pas immédiatement le regard, au contraire : bâtiments en ruine, remorques, tas de sable ou de pneus, plots de béton… On voit ça tous les jours et notre regard de s’y arrête pas. Nous ne voyons à l’ordinaire rien là de très spectaculaire et comme il ne s’agit pas non plus pour Éric Tabuche d’illustrer je ne sais quel propos sur la crise du bâtiment ou les techniques d’ensilage, il faut chercher ailleurs. Puis on est rattrapé par l’insistance avec laquelle le photographe nous montre ce qu’à l’ordinaire nous ne voyons pas. Se crée alors une sorte de tragique de répétition qui donne enfin le ton de la représentation à laquelle on assiste. Car malgré la simplicité trompeuse des cadrages, frontaux, dépouillés, ne nous méprenons pas : nous assistons bien à chaque cliché à un drame. Face à nous, le sujet est en scène. Son histoire a touché le photographe et c’est ça qu’il nous montre. De l’histoire elle-même on ne saura rien. Ni de celle cette station service abandonnée, ni de celle peut-être convoquée dans la mémoire de l’artiste. On sait juste qu’il y a là une histoire. Maintenant, ça crève les yeux là où l’on ne voyait habituellement rien.

 

Peut-être Éric Tabuchi voudrait-il nous faire croire qu’il ne crée rien, qu’il plante juste son objectif à hauteur de regard, cadre son sujet au centre et prend la photo. Mais pour modeste qu’elle se présente, sa démarche fait beaucoup mieux. En s’arrêtant devant la scène, en vis-à-vis de son sujet, en étant attentif, sensible à son histoire, il lui permet alors et alors seulement de la montrer et nous permet alors, mais alors seulement de la voir. Nous avions rendez-vous sans le savoir avec un tas de sable et des ruines qui ont des choses à nous dire. Mais encore fallait-il quelqu’un pour faire les présentations. C’est chose faite. »

 

 Aujourd’hui, je persiste et signe. Éric Tabuchi nous montre ce qu’on ne voit pas ; mais comme personne.

 

Eric Tabuchi 4

 

 Eric Tabuchi 5

 

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