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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 14:05

 

  Michel Pagnoux - Solid - Look 30x30 b

 

 

 

Lettrine--A-psychedelique--le-carnet-de-Jimidi.jpg

 

utant le dire tout de suite, aucun choc esthétique majeur n’est à l’origine de cet article consacré à l’intéressant travail du peintre  Michel « Solid » Pagnoux. Je le découvre le 8 janvier dernier, sur le carnet de Canelle, elle-même et Kamash lui rendant une petite visite en voisin, puisqu’ils habitent Opoul, le même petit village calalan, de ce côté-ci des Pyrénées. N’étant dès lors embarrassé ni de stupéfaction béate, ni d’ailleurs de rejet, mais me trouvant plutôt piqué de curiosité, je suis parti à la découverte de cette oeuvre qui fait à la fois penser à beaucoup d’autres mais ne ressemble heureusement tout à fait à aucune.

 

Michel Pagnoux - Solid - Comic 61x46

 

La vidéo consacrée au peintre ouvre très largement la porte sur son travail et sa personne, c’est donc une bonne entrée. C’est peu dire que la personne du peintre contraste avec son oeuvre. Je ne sais pas toi, mais le côté BD et même graff des tableaux pouvait faire imaginer Michel « Solid » Pagnoux sous les traits de je ne sais quel jeune artiste au cheveux blindé de gel, au physique carrossé d’un baggy, mi-skater trépidant, mi-DJ nitroglycériné. Heu... C’est pas tout à fait ça, Michel « Solid » Pagnoux. L’homme a visiblement la soixantaine tranquille et présente son travail avec une simplicité et une modestie bien sympathiques, qu'on retrouve sur son site.

 

Puisque le peintre lui-même nous y invite en évoquant sa précédente carrière d’illustrateur puis les Beatles et Dylan et plus généralement la musique comme source d’inspiration, je me suis lancé dans une recherche de tout ce à quoi les oeuvres de Michel « Solid »Pagnoux me faisaient penser au moins visuellement. J’ai ratissé large.

 

Moebius Jodorowky - L'incal tome 4 - Ce qui est en bas - pl

  Moebius - Sur l'étoile - planche 31 - 1ère case - AEDENA

 

Moebius - Incal tome IV et Sur l'étoile

 

 

La première piste est bien sûr celle de la bande dessinée, mais on va voir que cette évidence tourne un peu court. Les oeuvres de Michel « Solid » Pagnoux ont un caractère graphique très affirmé : formes soulignés d’un robuste trait noir, couleurs saturées déposées à plat. La technique même, telle que décrite par l’artiste, fait très BD : crayonné sur la toile, encrage, puis mise en couleur. Sans doute la force de l’habitude. Je vais dire une ânerie, mais perso, si j’avais à reproduire à l’acrylique sur une toile une oeuvre de « Solid », après le dessin, je passerais directement à la couleur pour finir par les traits noirs. Mais bref, j’ai plongé dans mes albums BD pour en ressortir un peu sec. Il est vrai que n’ayant ni une grande culture ni une abondante doc sur les comics US des années 50 et 60, j’ai dû me rabattre sur Spirou et Pilote.

 

On trouve. C’est un peu surprenant, mais on trouve. Du côté de Moebius : rien ou presque, son trait, pour génial qu’il soit, ne rapproche pas du tout de « Solid ». Les rapprochements, quand on en trouve, sont dus aux coloristes et sont un peu hasardeux. Pourquoi, par exemple, dans la série des « Incal », seul le tome 4 (Ce qui est en haut) utilise-t-il des couleurs saturées et quasi pas d’ombrage ? Mystère, mais du coup, c’est le seul album de Moebius dont j’ai pu tirer quelque chose pour cette démo, avec également (et pour les mêmes raisons de couleurs) « Sur l’étoile ». Outre le manque de doc déjà évoqué, la piste des comics m’est apparu assez vite décevante elle aussi, non pour des raisons de couleurs - elles sont bien la, vives et contrastées - mais plutôt pour des raisons de forme, de figuration. Je vais y revenir. Vous allez rire, mais au bout du bout, en suivant la piste BD, c’est encore Achille Talon et les  Schtroumpfs qui me paraissent entretenir dans la BD les liens visuels les plus flagrants avec l’oeuvre de « Solid » avec leur graphisme rondouillet. On ne va pas aller très loin avec ça, si ?

 

Peyo - Les p'tits schtroumpfs - 1ère planche deuxième cas

  Peyo - Les p'tits schtroumpfs

 

Non. Parce qu’il y a un méga truc qui empêche très vite les rapprochements entre ce que peint Michel « Solid » Pagnoux et la BD, c’est la figuration. Je vais enfoncer une porte ouverte, mais il ne t’aura sans doute pas échappé que la BD est un art figuratif, quand les oeuvres de « Solid » ne le sont pas, du moins pas de la même façon.

 

Strange - couverture

 

 

 

Du coup - mais j’ai quand même essayé - on va pouvoir faire l’impasse sur le pop art pour les mêmes raisons : quand on a les couleurs et le trait, ils sont au service d’une représentation finalement plutôt réaliste. Encore une impasse.

 

C’est bien sûr en suivant la piste musicale indiquée par l’artiste qu’on va s’en sortir, mais pas que. Avant de nous engager dans cette voie balisée par le principal intéressé, il m’a semblé trouver avant les années soixante et après, au moins deux directions assez prometteuse.

 

La première, le peintre l’évoque en parlant des surréalistes et du mouvement dada. Il cite tout particulièrement Duchamp, mais franchement, je ne vois pas bien pourquoi, ni les surréalistes d’ailleurs (les montres molles ?) puisque là encore, du fait même de la » sur-réalité » on est dans la figuration. En revanche, perso, j’ai été tout particulièrement frappé par les rapprochement évident qu’on trouve entre les oeuvres de « Solid » et celles de Juan Miro (1893-1983)

 

Juan Miro - pour illustrer Michel Solid Pagnoux - le carnet

  Juan Miro

 

En cherchant plus tard dans la chronologie, on trouve également sans trop se tirer les cheveux, des points communs entre les oeuvres de Michel « Solid » Pagnoux avec Niki de Saint Phalle et le graff, cet art mural qui fleure bon les années 80 et suivantes et du coup avec un artiste comme Keith Haring.

 

Niki de Saint Phalle

  Graff park - Mante-la-Ville 1

 

 Keith HARING pour illustrer Michel Solid Pagnoux - Le carne

  Niki de Saint Phalle - Graff city - Keith Haring

 

Reste les Beatles, Dylan et les années soixante. Dans cette veine là, pas besoin de fouiller bien loin pour trouver enfin de quoi lancer des amarres entre cette époque et l’oeuvre contemporaine de notre artiste puisque le « psychédélique » se propose alors comme un lien assez solide. Cette fois, on tient le bon bout, comme en témoignent certaines pochettes d’album glanées vite fait. Les couleurs sont bien là, les formes rondes et organiques aussi, de même l’abondance, le foisonnement et même, franchissons le pas, le côté visionnaire et abstrait.

 

beatles-yellow-submarine 2

  Beatles - Yellow submarine

 

  Pochette-album-Cream---1967---psychedelique---Le-carnet-d.jpg

  Cream - Pochette d'album

 

Pour nous en tenir aux références artistiques, on pourra donc trouver chez Michel « Solid » Pagnoux d’heureuses filiations le rattachant aux années vingt, soixante, soixante dix, quatre-vingt et suivantes, mais à s’en tenir là, on passerait à côté d’associations d’idées liées au caractère ludique et gustatif de ses oeuvres. Perso, je ne suis pas très bonbon, mais c’est à l’évidence du coté de chez Haribot qu’on trouvera les objets se rapprochant le plus de ce qu’on voit sur les toiles, non ?

 

 

Bonbons (Smarties - Car en sac - Dragibus) pour illustrer M

  Smarties - Car en sac - Dragibus

 

Tiens, du coup, je me demande si l’expression « couleurs acidulées », qui conviendrait bien aux toiles de Michel « Solid » Pagnoux, ne procède pas d’un glissement entre la sensation en bouche et l’aspect visuel des bonbons qui la provoque, comme si couleur et saveur finissaient par ne plus faire qu’un. C’est quoi comme figure de style déjà ? Pas envie de chercher, mais bref, c’est bien aussi à d’heureuses satisfactions archaïques et sensuelles que nous invite « Solid », avec des idées de tétée, de mâchouillage, de pétrissage, ses images recouvrant alors des réalités sans doute pas toutes innocentes et ne hausse pas les sourcils, tu vois très bien ce que je veux dire.

 

Jouets-premier-age--accumulation--pour-illustrer-Michel-So.jpg

 

commentaires

laure 09/03/2012 10:16


schtroumpf ?


c'est encore pire que croukougnouche !!

Jimidi 10/03/2012 10:56



Tout à fait. Dans le genre, t'as aussi "Schmiliblick"...



Laure 09/03/2012 10:15


Bien des choses que j'aime


Ah et j'ai adoré revoir le strouchmpf !


tout à coup je pense aux toiles d'Agnès, une copine de blog, musicienne, écriveuse et peinturleuse, toiles pleines de personnages libérés, flottants, sans complexes elle peint comme  sa
tête, on dirait, cette liberté, presque enfantine, (pourquoi "presque", ah qu'on est con avec ces mots là " enfantine" n'est ce pas merveilleux tout simplemnt et pas "preque" du tout !!)


 


croukougnouche.blogspot.com

Jimidi 10/03/2012 10:55



Je fonce la découvrir !



Michel Pagnoux 12/03/2011 22:42



Merci pour cette étude fort intéressante de mon travail. Tout me semble assez juste pour ce qui est des influences, de Miro aux smarties en passant par les Schtroumps et le Silver-Surfer. On
pourrait y ajouter Dali (mon voisin de Figueras) et les surréalistes comme Tanguy.


Duchamp n'étant pas une influence graphique mais plutôt un modèle d'attitude dans la vie et face au milieu de l'art et des artistes. De même, les Beatles sont une influence majeure pour le
"rebelle" que j'étais dans les années 60.


A l'age où les honnêtes travailleurs commencent à sérieusement penser à leur retraite, je continue à peindre comme un gamin, du moins j'espère. A suivre.......


Michel.


 


 



Jimidi 12/03/2011 23:39



Cher Michel, je suis vraiment touché de votre visite, de votre commentaire et... de votre indulgence envers mes
fariboles. Je vous souhaite le meilleur pour la suite et bon courage pour la fête du romarin, demain dimanche (ça va grouiller de monde, non ? )



Mélanie 16/01/2011 23:28



J'ai juste lu les images....



Jimidi 17/01/2011 13:25



Oui, voilà : faut commencer doucement. Et sinon, cette lobotomie, ça s'est bien passé ?



Hara Kiri 16/01/2011 02:25



Pour en avoir discuté avec l'artiste, Moebius est bien un inspirateur pour lui. D'ailleurs il nous a avoué avoir commencé par la BD mais, comme cela ne
payait pas, il a préféré se lancer dans la peinture.



Jimidi 16/01/2011 08:50



Je me suis effectivement précipité sur Moebius pour trouver de quoi justifier visuellement cette filiation qui se "sent" bien, mais j'ai un peu fait choux blanc. Certes, Moebius et "Solid"
partagent visiblement le goût des trucs qui flottent en l'air, mais une fois dit ça, je n'ai pas trouvé de dessin qui les rapproche vraiment...



canelle 16/01/2011 02:24



Wouah ! quel article !


canelle



Jimidi 16/01/2011 08:47



Te laisses pas impressionner, ça en jette, mais y'a pas beaucoup de fond. Hi hi !



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