Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 12:51

 

 

Lettrine--M-ourgang-brassens--Le-carnet-de-Jimidi.jpg

 

 

 

on lecteur MP3 ayant désavantageusement remplacé mes livres de chevet comme somnifère, je m'écoute l'intégrale de Brassens, hélas bien trop jubilatoire pour pousser au sommeil. Je n'ai jamais eu de disque de Brassens. Mon entrée dans son œuvre, c'est plutôt par la guitare et les soirées en camp d'ado. Du coup, j'en connaissais déjà beaucoup, mais peut-être me fallait-il attendre d'avoir plus ou moins l'âge de l'auteur pour en apprécier encore mieux l'écriture ? Parce qu'alors là, y'a du costaud ! Elles pourraient toutes supporter sans problème le « laminage » d'une présentation linéaire, à laquelle pousse d'ailleurs certaines césures. Mais comme il faut choisir et qu'il me semble vous avoir déjà présenté « L'orage » et « Complainte pour être enterré à la plage de Sète », j'ai choisi « Le bulletin de santé ».

 

On est ici dans une veine assez « crue », mais on se tromperait je crois en lisant ce texte trop littéralement. Certes, il s'accroche à des réalités autobiographiques, celle des ennuis de santé de Brassens, dont on peut penser qu'ils aient pu provoquer son amaigrissement, mais l'essentiel est plutôt dans la provocation lancée aux journalistes, réels ou imaginaires, comme mis au défi de passer d'une hypothèse inavouée – le cancer – à une réalité impubliable – le sexe. Ce côté provoc est renforcé par l'affirmation que l'activité sexuelle de l'auteur s'exerce avec les femmes des journalistes en question puis par l'évocation des maladies vénériennes transmises par celles-ci. C'est trop. On est donc bien dans la farce, y compris me semble-t-il dans l'un peu surprenant vers : « Je suis hanté : le rut, le rut, le rut, le rut ! » assez compréhensible en suivant l'hypothèse proposée par l'excellent site «  Analyse Brassens » (dont le contenu vaut mieux que le titre). Il s'agirait d'une évocation elle-même assez farce d'un vers de « L'Azur » de Stephane Mallarmé : « Je suis hanté. L'Azur ! l'Azur ! l'Azur ! l'Azur ! » Le sérieux de l'écriture joint au sérieux de l'interprétation ne devront donc pas faire illusion : Le bulletin de santé est une chanson humoristique, comportant sans doute également une bonne dose d'auto-dérision. 

 

 

J'ai perdu mes bajoues, j'ai perdu ma bedaine, et ce, d'une façon si nette, si soudaine, qu'on me suppose un mal qui ne pardonne pas, qui se rit d'Esculape et le laisse baba. Le monstre du Loch Ness ne faisant plus recette, durant les moments creux dans certaines gazettes, systématiquement, les nécrologues jouent à me mettre au linceul sous des feuilles de chou. Or, lassé de servir de tête de massacre, des contes à mourir debout qu'on me consacre, moi qui me porte bien, qui respire la santé, je m'avance et je crie toute la vérité. Toute la vérité, Messieurs, je vous la livre : si j'ai quitté les rangs des plus de deux cents livres, c'est la faute à Mimi, à Lisette, à Ninon, et bien d'autres, (j'ai pas la mémoire des noms). Si j'ai trahi les gros, les joufflus, les obèses, c'est parce que je baise, que je baise, que je baise. Comme un bouc, un bélier, une bête, une brute. Je suis hanté : le rut, le rut, le rut, le rut ! Qu'on me comprenne bien : j'ai l'âme du satyre et son comportement, mais ça ne veut point dire que j'en ai le talent, le génie, loin s'en faut ! Pas une seule encore ne m'a crié « Bravo ! » Entre autres fines fleurs, je compte, sur ma liste rose un bon nombre de femmes de journalistes qui, me pensant fichu, mettent toute leur foi à me donner du bonheur une dernière fois. C'est beau, c'est généreux, c'est grand, c'est magnifique ! Et, dans les positions les plus pornographiques, je leur rends les honneurs à fesses rabattues sur des tas de brouillons, des paquets d'invendus. Et voilà ce qui fait que, quand vos légitimes montrent leurs fesses au peuple ainsi qu'à vos intimes, on peut souvent y lire, imprimés à l'envers, les échos, les petits potins, les faits divers. Et si vous entendez sourdre à travers les plinthes du boudoir de ces dames, des râles et des plaintes, ne dites pas : « C'est tonton Georges qui expire ! » Ce sont tout simplement les anges qui soupirent. Et si vous entendez crier comme en quatorze : « Debout ! Debout les morts ! » ne bombez pas le torse, c'est l'épouse exaltée d'un rédacteur en chef qui m'incite à monter à l'assaut derechef. Certes, il m'arrive bien, revers de la médaille, de laisser quelquefois des plumes à la bataille... Hippocrate dit : « Oui, c'est des crêtes de coq. », Et Gallien répond « Non, c'est des gonocoques... » Tous les deux ont raison. Vénus parfois vous donne de méchants coups de pied qu'un bon chrétien pardonne, car, s'ils causent du tort aux attributs virils, ils mettent rarement l'existence en péril. Eh bien, oui, j'ai tout ça ; rançon de mes fredaines. La barque pour Cythère est mise en quarantaine, mais je n'ai pas encore, non, non, non, trois fois non, ce mal mystérieux dont on cache le nom. Si j'ai trahi les gros, les joufflus, les obèses, c'est parce que je baise, que je baise, que je baise. Comme un bouc, un bélier, une bête, une brute. Je suis hanté : le rut, le rut, le rut, le rut !

 

Sur l’album « Supplique pour être enterré à la plage de Sète » Novembre 1966

 

 

En furetant ça et là avant d’écrire cet article sur Brassens, je suis tombé sur l’inévitable : « En 1936, il (Georges Brassens) s'ouvre à la poésie grâce à son professeur de français, Alphonse Bonnafé, alias « le boxeur » ». Ayant eu moi-même d’excellents rapports avec mon prof de français de troisième - Monsieur Canard - J’ai voulu en savoir un peu plus sur M. Alphonse Bonnafé, savoir à quoi il ressemblait, savoir si c’était un vieux ou un jeune prof... Rien trouvé. Ah mais quand je te dis rien, c’est rien de rien : pas d’état civil, pas de photo : rien. Si de ton côté tu as quelque chose, penses à moi !

commentaires

Jimidi 29/01/2011 16:48



Si M. Bonnafé est parti à la retraite à 60 ans en 68, il est donc né en 1908 et mort en 1994 à 86 ans et c'était donc en 1936, quand G. Brassens était dans sa classe de troisième, plutôt un jeune
prof, âgé de 28 ans.



Hara Kiri 27/01/2011 21:51



Bonnafé est mort en 1994. Bon, c'est peu, mais c'est déjà ça, il parait qu'il est parti à la retraite en 1968 ce qui tendrait à prouver qu'il est né en tout
début de siècle dernier.


Pour ce qui est de Brassens, il forme, avec Brel, un duo d'incontournables de la chanson (pour moi, parce que pour ce qui est de ceux qui aiment lady gaga,
je ne suis pas sûr). Avec deux styles d'écritures et deux interprétations différentes, on possède là deux énormes artistes et deux énormes auteurs.


J'ai vu un reportage il n'y a pas si longtemps sur Brel en train de composer une chanson, c'était vraiment passionnant de le voir bosser. Ce devait être
pareil pour Brassens avec ce petit côté populaire en plus bien que ses mots soient variés et choisis.


Pour ce qui est des chansons du grand Georges, je ne cache pas une passion pour "le pornographe" et pour "trompettes de la renommée".


Personnellement, j'ai eu du Brassens en 33 tours, puis en K7 audio avant de passer à l'aire du numérique. J'ai été fort dégouté de constater que même les
voleurs aiment Brassens puisque, m'étant fait dérober ma voiture il y a quelques temps, les voleurs ont emporté avec eux mon intégrale de Brassens. Comme quoi, même les petits voleurs ont du
goût.



Jimidi 29/01/2011 10:35



Hi hi ! Ça me fait penser à la chanson "Stances à un cambrioleur" et tout particulièrement à ces deux strophes :


Tu ne m'as dérobé que le strict nécessaire
Délaissant dédaigneux l'exécrable portrait
Que l'on m'avait offert à mon anniversaire
Quel bon critique d'art mon salaud tu ferais

Autre signe indiquant toute absence de tare
Respectueux du brave travailleur tu n'as
Pas cru décent de me priver de ma guitare
Solidarité sainte de l'artisanat


Nb : Merci pour ces maigres indices sur M. Bonnafé !







JO TOURTIT 25/01/2011 18:51



J'ai toujours aimé les gens VRAIS qui parlent sans ambage et abordent la mort de face. Brassens était de ceux-là bien que, comme tout le monde, il devait avoir peur ...


Bonne soirée et essaies de dormir sans ton MP3 ou en écoutant une berceuse ... lol !



Articles Récents

  • Bisounours et langue de bois
    Pour l’avoir déjà dit souvent, je peux le répéter ici encore une fois : je lis tout ce qui m’arrive, quelque soit la provenance et le contenu. Les sources sont assez diverses. Classiques : je lis ce qu’on me prête, ce qu’on me donne, ce qui tombe de ma...
  • La saga de Ote - Volume II - Le dirigeable
    La nature a horreur du vide, parait-il. Ça tombe bien : moi aussi. Après avoir terminé d'écrire le premier opus de cette saga (septembre 2014-->jullet 2015), un grand vide s'est fait. Je n'avais vraiment, mais vraiment aucune idée de ce dont pourrait...
  • Vivement que tous nos logement soient accessibles...
    Vivement que tous nos logement soient accessibles aux handicapés, qu'on puisse se faire livrer les courses par des robots. Ou par des handicapés, d'ailleurs.
  • J’étais tranquillement en route pour aller chez...
    J’étais tranquillement en route pour aller chez Dut quand je me suis avisé que l’aiguille de température d’eau indiquait plus de 100° et flirtait avec la zone rouge. J’ai continué à très petite vitesse jusqu’à un endroit où m’arrêter à l’ombre, avec l’idée...
  • Louons la Vache :
    Louons la Vache : 10 novembre 1966 Jean POIRET, humoriste, chante "Une vache à mille francs", une parodie de la chanson de Jacques BREL "Une valse à mille temps".
  • Non mais, franchement...
  • Je ne m'en lasse pas :
  • "Mais puisque je vous dit que mon attestation...
    "Mais puisque je vous dit que mon attestation d'installation d'un détecteur autonome avertisseur de fumée à BRÛLÉ dans L'INCENDIE provoqué par le fonctionnement défectueux de ce putain de détecteur ! "
  • On me les a demandé : les voilà, les pigeonneaux...
    On me les a demandé : les voilà, les pigeonneaux du balcon. J'avais l'impression que les petits, quelque soit l'espèce, étaient forcément au moins aussi beaux que les parents, voire plus - surtout les miens - mais quand tu vois ce désastre... Encore,...
  • Allo ? Y'a quelqu'un là haut ? Quand je disais...
    Allo ? Y'a quelqu'un là haut ? Quand je disais "on va tous mourir !" Je PLAISANTAIS ! C'est bon ? Tu peux remettre la clim ?