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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 21:41

 

 

 

Lettrine (S Ourgang noir) - le carnet de Jimidi

 

 

 

 

 

ur mon ex-carnet, la rubrique était titrée « Tu seras ma - poum poum ! - dernière chanson, après avoir été titrée « fi on fantait ? ». L’idée de base en était simple : choisir dans les chansons qui traînent inévitablement dans nos têtes au fil d’une journée, l’une ou l’autre dont le texte paraissait réunir assez de qualités littéraires pour supporter d’être présenté de manière cursive plutôt que poétique. Pourquoi faire ? Pour le re-découvrir et mettre en évidence son écriture. Souvent, ça marchait assez bien, comme en témoigne, me semble-t-il les quatre exemples ci-dessous :

 

New York City

 

Je suis né à New York City dans un block au bout du Bronx au milieu des graffitis, des filles et des Honky-Tonks. Chiffonnier, flic ou tailleur, catcheur qu'on paie pour tomber, chicano : Goldwin-Mayer, ton film est un série B à New York City. Des types s'en tirent dans la boxe, d'autres en grattant des guitares… Y en a deux dans les juke-boxes, la plupart sur les trottoirs. Les filles, elles, montent à Harlem ; Dieu sait à quel poker elles jouent ! Faudrait venir de Bethléem pour tendre l'autre joue à New York City. Puis il arrive qu'on ramasse le long de la Bowery une bouteille de Dylan Thomas ou de Malcolm Lowry. On est l'homme de toutes les saisons, de toutes les lignes de départ, mais c'est pas parce qu'on a dix maisons qu'on est chez soi quelque part à New York City. Dix dollars, c'est si facile : suffit de vouloir les faire. Roméo rentre en Sicile, Juliette finit en Enfer. Moi, quand j'aurai dépensé mon dernier tour de manège, je voudrais bien balancer ma dernière boule de neige à New York City.

 

David Mac Neil dans l’album « Seul dans ton coin », dans lequel TOUTES les chansons sont intéressantes. Vous trouverez les paroles ici.

 

La robe et l’échelle

T'avais mis ta robe légère, moi, l’échelle contre un cerisier. T'as voulu monter la première et après ? Il y a tant de façons, de manières de dire les choses sans parler ! Et comme tu savais bien le faire : tu l’as fait. Un sourire, une main tendue et, par le jeu des transparences, ces fruits dans les plis du tissu qui balance. Il ne s’agissait pas de monter bien haut, mais, les pieds sur les premiers barreaux, j’ai senti glisser le manteau de l’enfance. On n’a rien gravé dans le marbre, mais j’avoue souvent y penser ; chaque fois que j’entends qu’un arbre est tombé. Un arbre, c’est vite fendu. Le bois ? Quelqu’un a dû le vendre. S’il savait le mal que j’ai eu à descendre ! D’ailleurs, en suis-je descendu, de tous ces jeux de transparence, des fruits dans les plis du tissu qui balance ? J’ai trouvé d’autres choses à faire et d’autres sourires à croiser, mais une aussi belle lumière ? Jamais. À la vitesse où le temps passe, le miracle est que rien n’efface l’essentiel. Tout s’envole en ombres légères, tout, sauf ce bout de fièvre et de miel. Tout s’est envolé dans l’espace : le sourire, la robe, l’arbre et l’échelle. À la vitesse ou le temps passe, rien, rien n’efface l’essentiel. J’ai trouvé d’autres choses à faire et d’autres sourires à croiser, mais une aussi belle lumière ? Jamais. Et voilà que du sol où nous sommes, nous passons nos vies de mortels à chercher ces portes qui donnent vers le ciel.

 

Francis Cabrel – « Des roses et des orties » 2008 La robe et l’échelle / Les cardinaux en costume / Le chêne liège / Le cygne blanc / Les hommes pareils / Mademoiselle L’Aventure / Des roses et des orties / Né dans le Bayou / African tour / Madame n’aime pas / Des gens formidables / L’ombre au tableau / Elle m’appartient (c’est une artiste)

 

La montagne

Ils quittent un à un le pays pour s'en aller gagner leur vie loin de la terre où ils sont nés. Depuis longtemps, ils en rêvaient, de la ville et de ses secrets, du formica et du ciné. Les vieux, ça n'était pas original quand ils s'essuyaient, machinal, d'un revers de manche les lèvres. Mais ils savaient tous, à propos, tuer la caille ou le perdreau et manger la tomme de chèvre. Pourtant… Que la montagne est belle ! Comment peut-on s'imaginer, en voyant un vol d'hirondelles que l'automne vient d'arriver ? Avec leurs mains dessus leurs têtes, ils avaient monté des murettes jusqu'au sommet de la colline. Qu'importent les jours, les années, ils avaient tous l'âme bien née, noueuse comme un pied de vigne. Les vignes ? Elles courent dans la forêt. Le vin ne sera plus tiré. C'était une horrible piquette, mais il faisait des centenaires à ne plus que savoir en faire (s'il ne vous tournait pas la tête). Pourtant… Que la montagne est belle ! Comment peut-on s'imaginer, en voyant un vol d'hirondelles que l'automne vient d'arriver ? Deux chèvres, et puis quelques moutons, une année bonne et l'autre non, et sans vacances, et sans sorties… Les filles veulent aller au bal : il n'y a rien de plus normal que de vouloir vivre sa vie. Leur vie ? Ils seront flics, ou fonctionnaires, de quoi attendre sans s'en faire que l'heure de la retraite sonne. Il faut savoir ce que l'on aime et rentrer dans son H.L.M. manger du poulet aux hormones. Pourtant… Que la montagne est belle ! Comment peut-on s'imaginer, en voyant un vol d'hirondelles que l'automne vient d'arriver ?

Jean Ferrat (1930 – 2010) – La montagne – Novembre 1964.

 

Les passantes

Je veux dédier ce poème à toutes les femmes qu'on aime pendant quelques instants secrets. À celles qu'on connaît à peine, qu'un destin différent entraîne et qu'on ne retrouve jamais. À celle qu'on voit apparaître une seconde à sa fenêtre et qui, preste, s'évanouit, mais dont la svelte silhouette est si gracieuse et fluette qu'on en demeure épanoui. À la compagne de voyage dont les yeux, charmant paysage, font paraître court le chemin. Qu'on est seul, peut-être, à comprendre et qu'on laisse pourtant descendre sans avoir effleuré sa main. À la fine et souple valseuse qui vous sembla triste et nerveuse par une nuit de carnaval, qui voulu rester inconnue et qui n'est jamais revenue tournoyer dans un autre bal. À celles qui sont déjà prises et qui, vivant des heures grises près d'un être trop différent, vous ont, inutile folie, laissé voir la mélancolie d'un avenir désespérant. Chères images aperçues, espérances d'un jour déçues, vous serez dans l'oubli demain : pour peu que le bonheur survienne, il est rare qu'on se souvienne des épisodes du chemin. Mais si l'on a manqué sa vie, on songe avec un peu d'envie à  tous ces bonheurs entrevus, aux baisers qu'on n'osa pas prendre, aux cœurs qui doivent vous attendre, aux yeux qu'on n'a jamais revus... Alors, aux soirs de lassitude, tout en peuplant sa solitude des fantômes du souvenir, on pleure les lèvres absentes de toutes ces belles passantes que l'on n'a pas su retenir.

 

Georges Brassens « Fernande » 1972 : Fernande – Stances à un cambrioleur – La ballade des gens qui sont nés quelque part – La princesse et le croque-notes – Sauf le respect que je vous dois – Le blason – Mourir pour des idées – Quatre-vingt-quinze pour cent – Les passantes – Le roi – À l'ombre des maris

 

Lettrine--Ourgang-M-noir-.jpgais de temps en temps, l’exercice se révèle difficile, comme pour Banlieue nord de Manset, voire impossible et c’est ce qui m’arrive avec cette chanson titrée « Je suis noir de monde » écrite par Jean Fauque et chantée par Alain Bashung dans l’album « L’imprudence » sorti en 2002. Mais comme je tenais absolument à publier ce texte, je vous le donne sous une forme hybride, mais qui me parait lui aller bien.

 

Je suis noir de monde

En moi gronde une ville   Grouille la foule dessaoulée   Ses envies au hachoir     À moi s'agrippent des grappes de tyrans   Des archanges aux blanches canines     Qu'on me disperse   Je suis noir de monde   Qu'on me dispense   Du son des leçons   Qu'on me dissipe     En moi se vautrent des divans   De l'aorte à la carotide   Circulent des rumeurs   À faire pâlir     Qu'on me disperse   Je suis noir de monde   Qu'on me dispense   Du son des leçons   Qu'on me distribue   À tous les Jésus     Je voudrais t'aimer comme un seul homme   Arrêter d'inonder la Somme   Avoir l'amour en bandoulière   L'amour en bandoulière     En moi gronde une ville   Grouille la foule dessaoulée   Ses envies au hachoir     À moi s'agrippent des grappes de tyrans   Des archanges aux blanches canines   Tueurs de mémoire à la conscience obèse   Jouent du Varèse     Qu'on me disloque   Qu'on me dispatche   Qu'on m'évapore     Qu'on me disperse   Je suis noir de monde   Qu'on me dispense   Du son des leçons   Qu'on me distribue   À tous les Jésus     Je voudrais t'aimer comme un seul homme   Arrêter d'inonder la Somme   Avoir l'amour en bandoulière   L'amour en bandoulière     Qu'on me disloque   Qu'on me disperse   Qu'on m'évapore   Qu'on me disperse

 

 

commentaires

Ckan 13/01/2011 15:31



C'est vrai que posés comme ça les textes sont mis en valeur, c'est chouette.



Jimidi 14/01/2011 00:14



Merci Ckan, ça fait toujours plaisir de s'entendre dire que ce qu'on projetait est réussi !



br'1 12/01/2011 23:43



Rien à voir, mais j'ai un plan catalogue pour toi. C'est du lourd.


http://www.memepasmal.ch/2011/01/12/ne-la-ratez-pas/



Jimidi 13/01/2011 08:19



J'y cours !


 



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