Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 16:18

 

 

  Maxi-trimarant-Banque-Populaire.jpg

 

 

Tout. Il y a tous les éléments d’une très bonne histoire, là dedans, y compris cette fin atteignant et dépassant les rêves les plus fous des intéressés. J’aime la course au large. C’est mon côté «grand public ». Ces très beaux artefacts que sont les voiliers, les savoir parcourir les océans à fond, ça me fait rêver. J’avais été tout particulièrement accroché par le dernier Vendée Globe et dans cette course ultime, par l’aventure particulière d’Alessandro Di Benedetto et alors que je m’intéressais à l’édition 2014 de la Route du Rhum, avant même le départ, je suis tombé sur Loïck Peyron.

 

C’est une course qu’il a courue six fois sans jamais la remporter. Sachant qu’elle n’a lieu que tous les quatre ans, je te laisse imaginer à quel point cette putain de Route du Rhum fait partie de son histoire personnelle. Quand on regarde l’impressionnant palmarès du skipper, on peut penser qu’il a néanmoins « tout » gagné, en tout cas assez pour n’avoir rien à prouver sur cette course. Sa première victoire remonte à 1980. Il arrive cette année là en tête de la quatrième étape de la solitaire du Figaro, à 21 ans. Je te laisse imaginer ce que ce marin d'exception a pu gagner les trente années d'après. Mais pour revenir à la Route du Rhum et à mon sentiment que Loïck Peyron l’avait un peu en travers de la gorge, il faut se rappeler que pendant l’édition 2002, la mer fracasse son trimaran, ainsi que la plupart des autres trimarans comparables. Ce jour là, en pleine tempête, une vague arrache son flotteur tribord, du coup, le mat tombe sur le flotteur bâbord. Le skipper garde l’espoir de sauver le bateau et de rejoindre le Portugal quand finalement, tout partant en morceau autour de lui dans des vents à 140 kmh, il déclenche sa balise de détresse. Il est recueilli par un cargo portugais.

 

J’imagine qu’il a dû en sortir en se disant quelque chose comme « Continuez sans moi les mecs, le Rhum : plus jamais ! » et de fait, il ne participe pas aux deux éditions suivantes, ce qui ne l’empêche nullement de naviguer et d’accumuler d’autre trophées. Mais on peut penser (je l’ai dit, la voile, ça me fait rêver) que cette course jamais gagnée le grattouillait quelque part et qu’il cherchait un moyen d’en finir avec elle. Ce moyen là, il semble qu’il l’ait joliment trouvé puisqu’il comptait s’aligner au départ de l’édition 2014, sur un « petit » multicoque de 12 mètres, en tous points semblable à celui de Mike Birch, qui grillait de 98 secondes le monocoque de Michel Malinovsky sur la ligne d’arrivée de la première édition en 1978 après plus de 23 jours de mer.

 

Trimaran-jaune-de-Loick-Perron.jpg

 

Là, déjà, l’histoire est belle, même avec ce « petit » bateau d’un jaune insupportable. Tourner la page du Rhum, oui, mais avec panache, après deux ou trois semaines de mer, à échanger des souvenirs entre skipper et bateau, chacun se demandant s’il allait faire mieux que leur dernière fois...

 

Et alors même qu’il était sur l’eau, terminant de boucler ses mille miles de qualification sur son « petit » bateau, Loïck Peyron reçoit un appel téléphonique selon lequel Armel Le Cléac'h, qui devait prendre le départ à bord d’un trimaran géant, est forfait puisqu’il s’est blessé à la main. On lui propose le job. On comprend sa réponse spontanée : c’est non, bien sûr. Il s’apprêtait à une traversée vintage sur un trimaran de 12 mètres, juste équipés d’un sextant et d’une carte, voilà qu’on lui propose de prendre la barre d’un des favoris, une fusée de plus de 30 mètres dont les voiles totalisent un nombre invraisemblable de centaines de mètres carrés. C’est qu’il faut les monter, ces machins là ! 

 

Puis la nuit portant conseil, il change d’avis. Là, pareil, je ne suis pas dans sa tête, mais je peux imaginer que le démon de la compétition lui ait rendu visite cette nuit là et peut-être même ce démon lui a-t-il fait miroiter qu’une victoire, une victoire enfin ! pour tourner la page, ça avait quand même une autre gueule qu’une croisière à l’ancienne sur trois bananes fluo ! Ce que j’imagine également facilement, c’est la tension dans laquelle a dû le mettre cette décision d’accepter. On est à moins de trois mois du départ, autant dire que c’est demain, il n’est pas du tout sûr d’avoir la condition physique nécessaire : cinquante quatre ans, c’est encore jeune (j’en ai 56), mais Armel Le Cléac'h qu’il remplace en a 37 et la moyenne d’âge des concurrents est autour de 44 et s'il se plante, il ruine le travail de l'équipe ayant préparé le bateau et celui du skipper qu'il remplace. 

 

Si j’ai bien compris, Loïck Peyron a quand même soumis sa réponse définitive à l’essai du bateau, en configuration de course, c’est à dire seul à bord. Chat échaudé... Il faut croire qu’ils se sont entendus.

 

Il part. Au sortir de La Manche il est en tête et va le rester jusqu’au bout. Il gagne et tombe au passage le record de l’épreuve établi en 2006. Après six participations infructueuses dont trois se sont soldés par des abandons, Loïck Peyron gagne la Route du Rhum en 7 j 15 heures 8 minutes et 32 secondes. Les courses ? « Nous avons tous perdu beaucoup plus de courses que nous n’en n’avons gagnées. » Le record ? « C’est la cerise sur le bateau. » J’adore ce type.

commentaires

Elsa Saône 11/11/2014 09:45


Sympaaaaa comme histoire !

Jimidi 11/11/2014 16:10



Une vrai belle histoire vraie ! 



Laure 10/11/2014 18:11


Oui ça fait longtemps que je le kiffe aussi d'autant que c'est un régal de l'entendre, ce qui n'est pas le cas de l'Armel


Il a un frère, Stephane, je crois,qui était copain avec Bernard Lenoir, ce vieux loup de mer de Fce Inter et ses géniales émissions de musique. On entendait le frangin Perron raconter ses
voyages. 

Jimidi 10/11/2014 19:57



C'est effectivement un pur régal de l'entendre. Vivant sans agitation, simple sans démagogie, drôle dans son autodérision, authentiquement modeste , précis sans jargonner, aimable sans servilité.
Vraiment une belle personne. Je suis tellement content pour lui qu'il ait enfin gagné cette course ! 



Articles Récents

  • Bisounours et langue de bois
    Pour l’avoir déjà dit souvent, je peux le répéter ici encore une fois : je lis tout ce qui m’arrive, quelque soit la provenance et le contenu. Les sources sont assez diverses. Classiques : je lis ce qu’on me prête, ce qu’on me donne, ce qui tombe de ma...
  • La saga de Ote - Volume II - Le dirigeable
    La nature a horreur du vide, parait-il. Ça tombe bien : moi aussi. Après avoir terminé d'écrire le premier opus de cette saga (septembre 2014-->jullet 2015), un grand vide s'est fait. Je n'avais vraiment, mais vraiment aucune idée de ce dont pourrait...
  • Vivement que tous nos logement soient accessibles...
    Vivement que tous nos logement soient accessibles aux handicapés, qu'on puisse se faire livrer les courses par des robots. Ou par des handicapés, d'ailleurs.
  • J’étais tranquillement en route pour aller chez...
    J’étais tranquillement en route pour aller chez Dut quand je me suis avisé que l’aiguille de température d’eau indiquait plus de 100° et flirtait avec la zone rouge. J’ai continué à très petite vitesse jusqu’à un endroit où m’arrêter à l’ombre, avec l’idée...
  • Louons la Vache :
    Louons la Vache : 10 novembre 1966 Jean POIRET, humoriste, chante "Une vache à mille francs", une parodie de la chanson de Jacques BREL "Une valse à mille temps".
  • Non mais, franchement...
  • Je ne m'en lasse pas :
  • "Mais puisque je vous dit que mon attestation...
    "Mais puisque je vous dit que mon attestation d'installation d'un détecteur autonome avertisseur de fumée à BRÛLÉ dans L'INCENDIE provoqué par le fonctionnement défectueux de ce putain de détecteur ! "
  • On me les a demandé : les voilà, les pigeonneaux...
    On me les a demandé : les voilà, les pigeonneaux du balcon. J'avais l'impression que les petits, quelque soit l'espèce, étaient forcément au moins aussi beaux que les parents, voire plus - surtout les miens - mais quand tu vois ce désastre... Encore,...
  • Allo ? Y'a quelqu'un là haut ? Quand je disais...
    Allo ? Y'a quelqu'un là haut ? Quand je disais "on va tous mourir !" Je PLAISANTAIS ! C'est bon ? Tu peux remettre la clim ?