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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 09:14

 

Fabienne Verdier - polyptique - trois cercles - Le carnet d

Fabienne Verdier - Peindre l’instant - film de M-copie-14

Fabienne Verdier - Peindre l’instant - film de M-copie-15

 

 

Lettrine--M-Ruach-Fabienne-Verdier--Le-carnet-de-Jimidi.jpg

 

 

es occasions de découvrir le travail et l’œuvre de Fabienne Verdier auraient dû être nombreuses : la peinture contemporaine, la calligraphie, l’abstraction… Mais les routes de chacun étant ainsi faites qu’il faut parfois attendre avant qu’elles croisent certaines autres, il m’aura fallu ce lien envoyé par Laure vers l’émission « Empreintes » et plus précisément vers le film de Marc Kindel bizarrement titré « Peindre l’instant » (dont la vidéo n'est plus dispo, hélas*), pour découvrir Fabienne Verdier, sa vie, son œuvre, ses ateliers, ses pinceaux monstrueux.  

 

Curieux quand même, ce choix de Marc Kindel pour résumer la démarche d’une artiste déclarant : Le peintre est un chercheur. Il a besoin de se retirer du monde pour s’extraire du temps des hommes et entrer dans celui de la méditation (…) S’extraire du temps. Voilà qui ne cadre pas bien avec l’idée de capturer des moments fugaces… Cet instant-là fait-il plutôt référence à ce moment de connexion entre le pinceau et le support, le peintre et le monde ? Est-ce une façon de dire que les oeuvres naissent de cet élan ? Ou alors, ce titre témoigne plus des préoccupations du cinéaste que celles du peintre… Mais dans cette hypothèse là, peut-être faut-il entendre alors que l’œuvre de Fabienne Verdier peut toucher chacun, d’une façon ou d’une autre ? Avec ça au moins, je suis d’accord.

 

Moi, c’est les pinceaux, particulièrement celui pesant à vue d’œil une centaine de kilos, constitué de plusieurs dizaines de queues de cheval, trempé dans un pot de peinture format lessiveuse.

 

Fabienne Verdier - Peindre l’instant - film de M-copie-7

Fabienne Verdier - Peindre l’instant - film de M-copie-8

Fabienne Verdier - Palazzo Torlonia - Le carnet de Jimidi


 

Mais quelque soit l’entrée, puis le chemin à parcourir, on emboîtera volontiers la démarche de Fabienne Verdier selon laquelle, tout procède du souffle vital. Dès lors, il revient au peintre de rencontrer celui de son sujet, de l’accorder au sien propre puis de faire en sorte que le pinceau rende compte de ça. Plus facile à dire qu’à faire. Fabienne Verdier y arrive magnifiquement. On comprendra aussi que cette quête d’essentiel va de paire avec une simplification qui n’est en rien réductrice et ne se limite pas au travail. Le discours, les gestes de Fabienne Verdier témoignent également de cette même exigence.

 

Fabienne Verdier - Peindre l’instant - film de M-copie-10

Fabienne Verdier - Peindre l’instant - film de M-copie-11

Fabienne Verdier - Peindre l’instant - film de M-copie-12

Fabienne Verdier - Peindre l’instant - film de M-copie-13

Fabienne Verdier - Peindre l’instant - film de M-copie-18

Fabienne Verdier - Peindre l’instant - film de M-copie-19

Fabienne Verdier - page manuscrite de carnet - Le carnet de

 

 

Illustrations : Copies d’écran du film de Marc Kindel « Peindre l’instant », et quelques repro glanées sur le site de Fabienne Verdier dans lequel la navigation n’est pas tout à fait évidente. Pense, par exemple, à sélectionner « Français » dans le menu d’accueil. Sinon, bien intéressant aussi, les entretiens filmés de Fabienne Verdier sur Youtube, à l'occasion de son expo à Singapour. 

 

Fabienne Verdier - Peindre l’instant - film de M-copie-17

Fabienne Verdier - Peindre l’instant - film de M-copie-16

Fabienne Verdier - Peindre l’instant - film de M-copie-22

 

 

 

 

 

 

 


Fabienne Verdier - Peindre l’instant - film de M-copie-3

Fabienne Verdier - Peindre l’instant - film de M-copie-4

 

 

 

Première publication : 10/02/2013

 

 

commentaires

cat 12/02/2013 08:57


Merci pour cette réponse juste, éclairée et délicieusement lyrique.


(T'es sûr pour le Télérama ? Je te le rachète ! )

Jimidi 12/02/2013 17:42



 


(Pourquoi tu ME le rachêterais, alors qu'il est en vente partout ? Bouge pas, je t'envoie le bon de commande.)


Marceeeeel ! Elle a bien aimé notre réponse !


 


 



Cat 11/02/2013 10:39


Parce que avec un pinceau de cette taille, c'est un peu le hasard qui peint aussi... pourquoi pas.... mas je dois avoir un problème avec ça... j'aime que l'artiste me donne l'impression de
"maitriser" son art, au moins techniquement, même si je comprends, que le "heureux hasard ", un accident révélateur, etc , une beauté surgie de nulle part mais saisie par l'artiste puisse
donner de l'art.


En fait, ce qui me turlupine, c'est l'imposture de beaucoup d'artistes...

Jimidi 11/02/2013 15:33



 


 


Je ne peux pas faire moins que de commencer cette réponse en restant au plus près du travail de Fabienne Verdier. Hasard et nécessité dis-tu. Pour rester sur ce qui frappe, ce qu'on voit d'entrée
dans le travail du peintre, c'est justement son œuvre comme résultant des deux. C'est par exemple très parlant pour ses cercles. On ne peut pas douter une seule seconde que le peintre ait eu
l'intention explicite de faire des ronds (peints) mais on ne peut pas ne pas voir que les coulures, gouttes, trainées, différences d'épaisseur etc. procèdent, elles, du hasard. Même sans regarder
la vidéo, on peut donc créditer Fabienne Verdier d'une intention. C'est tout à fait apparent quand on compare ses toiles. Les tracés, la composition en sont très différentes, sans parler des
couleurs, dont on peut penser sans trop se risquer qu'elles ne doivent rien au hasard. Ici des coulures horizontales traversent tout, ailleurs non. Ici les tracés sont très angulaires, ailleurs
non etc.


 


Après avoir vu la vidéo, on aura compris que la part de hasard demeure, mais que le travail du peintre vise à la réduire. Je ne sais plus si je l'ai vu dans cette vidéo ou une autre, mais les
séances de peinture sont par exemple précédées de ce qu'il faut bien appeler des « répétition ». Le pinceau est trempé dans de l'eau et le peintre essaye « à blanc » des
mouvements. Par ailleurs, on voit également dans la vidéo une séquence à l'issue de laquelle Fabienne Verdier ordonne : « On détruit ». Raclette pour enlever la peinture, chiffon, les
toiles de nouveau blanches, et ont recommence. On voit également une séquence au cours de laquelle le peintre se fait une joyeuse flambée avec les toiles qui ne lui conviennent pas.


 


Je prends les paris : toi, moi, mais surtout toi, devant deux toiles dont une serait oui et l'autre non, nous ne verrions pas de différence essentielle. Mais le peintre, avec son intention, son
projet, son attente, sa démarche, son exigence, fera beaucoup plus nettement cette différence, ce tri entre ce qui est oui ou hors sujet.


 


Ce qu'on sent également chez Fabienne Verdier, sans aller chercher très loin, c'est le bagage technique et culturel, les années d'école des beaux-art, les années d'étude de la calligraphie en
Chine. Tout ça est sans doute à ranger plutôt au rayon de la nécessité, de ce qui guide, qui fonde, qui oblige. Mais ce qu'on voit, c'est également ses tentatives (réussies, de mon point de vue)
de s'échapper, de retrouver de la liberté, d'exprimer ce qui vient d'elle, quelque chose comme son libre arbitre, par le gigantisme du format, l'usage de la peinture sur toile plutôt que de
l'encre sur le papier, la quête du signe plutôt que l'idéogramme, la place laissée à la surprise et au hasard et bref, à la vie.


 


Au bout du bout il me semble bien que l'oeuvre de Fabienne Verdier parle de ça : de notre condition humaine bornée par une mort individuelle nécessaire mais en attentant, de notre participation
au vivant dont nous partageons universellement le souffle.


 


Reste la question de l'imposture et celle de la maîtrise. Pour l'imposture on voit bien le lien avec la question précédente. Quand nous ne voyons à l'oeuvre qu'un hasard malhabile ou heureux mais
que l'artiste essaye, tente, voudrait nous faire passer ça pour le résultat d'on ne sait quelle nécessite intérieure, on se sent pour le moins dupé, comme s'il essayait de nous faire prendre sa
vessie, ou ce qui en sort, pour une lanterne éclairée de son génie. C'est là qu'il faut appeler Duchamp à la rescousse. Marcel ! Ça va être à toi ! On a tous en tête son urinoir titré
« fontaine », son porte bouteille pas titré et sa roue de bicyclette montée
sur un tabouret. La question était à la fois simple et fondamentale : « Suffirait-il de sortir un objet manufacturé de sa quincaillerie puis de l'installer dans une galerie ou un musée
comme étant DE Duchamp pour obtenir une oeuvre d'art ? La réponse est oui. On ne fait pas plus clair pour mettre en lumière l'importance du contexte dans notre appréciation des oeuvres. Mais
quand on y regarde de près, le hasard dont on pourrait penser qu'il est seul responsable des ready-made, est peut-être moins agissant qu'on croit. Combien y avait-il d'objets au rayon
quincaillerie-outillage du BHV il y a cent ans ? Au moins autant que dans la catalogue Manufrance, c'est à dire des milliers. Parmi ces milliers là, Duchamp à choisi ceux-là. Les a-t-il exposé
sans d'aucune façon intervenir dessus ? Non, pas tous. L'urinoir est signé, daté, exposé « à la renverse. Une citation poétique était gravée dans la version initiale du porte bouteille.
L'assemblage roue+tabouret compose un autre objet. Bref, il semble bien que pour Duchamp au moins, l'artiste ne puisse guère s'empêcher d'intervenir un peu sur le hasard, ne serait-ce que par son
choix entre toutes les éventualités.


 


Pour la maitrise, attention. La maladresse et le défaut de maîtrise, c'est ce qu'on a reproché aux impressionnistes et à Picasso, par exemple, accompagné du fameux : « N'importe qui pourrait
en faire autant. » Se souvenir également de la « démonstration » faite en attachant un pinceau à la queue d'un âne. On sait depuis que les uns et les autres, à part peut-être
l'âne, maîtrisaient parfaitement leurs techniques. Il y a donc la maîtrise, mais autre chose est de ce qu'on en voit, de ce qu'on en connaît.


 


Elle n'empêche d'ailleurs pas l'imposture, ni le vide de sens. Je pense tout particulièrement à Dali, très spectaculaire et qu'on ne pourra pas accuser de ne pas savoir peindre, mais que nous
dit-il, à l'arrivée : pas grand chose. On pourra également penser à l'interminable cohorte des peintres pompiers, académiques jusque dans leurs sujets, et dont l'histoire ne retiendra que bien
peu.


 


Tout ça pour dire que si tu n'as pas le hors série Télérama sur E. Hooper, tu devrais l'acheter. Non, le mien, je le garde. J'aime également beaucoup ce peintre de l'étrange.


 


 


 



Cat 11/02/2013 10:22


ça me laisse un peu froid....même si c'est mieux que beaucoup de peintures actuelles !


Je ne doute pas que la personne soit belle (pas regardé la vidéo) mais si on a besoin d'apprécier l'artiste pour aimer son art , où est son oeuvre ?


Je fais l'avocat du diable, mais si le truc , c'est "je prends un pinceau de plus en plus gros" et le résultat c'est des belles vagues et j'appelle ça "beauté de l'instant" pour me
justifier....  


ne me tapez pas !! c'est juste pour enclencher le débat !!


Bon, je préfère Hopper quoi....

Laure 11/02/2013 08:15


Son nouvel outil gigantesque, inventé avec son mari qui a tout lâché de sa vie d'avant, est impressionnant mais ne doit pas faire oublier que c'est un outil à un moment donné, après 30 ans de
travail. C'est un passage qui fait partie du chemin démarré enfant. Son enfance contée dans "Passagère du silence" est un moment si parlant.


Personnellement m'émeut tout autant dans le film son "autel" table de dessin au sol . Son petit matériel, la disposition zen qu'elle y porte, le coup de balayette-méditation sur les premières
esquisses posées. Le silence et le souffle, ça tu as bien trouvé. Bref il faut voir le film en son entier, l'écureuil dans le jardin inclu. La vdo est donc encotre visible ?

Jimidi 11/02/2013 08:54



Oui ! La vidéo est sur Youtube. Qu'est-ce que vous avez tous à ne pas cliquer sur les liens ? Hi hi ! 



br'1 10/02/2013 21:35


Je connaissais par ma passion pour la Chine et donc son livre "passagère du silence". Quelqu'un de grand, très grand, profonds respect et admiration.

Jimidi 11/02/2013 08:55



 


Je pense qu'on va beaucoup en parler cette année : elle a au moins quatre expos en même temps... 


 


(Ce commentaire est le N° 4444, pour le moment. Bravo !) 


 



Elsa Saône 10/02/2013 16:21


Ah ouais mais d'accord ! C'est gigantesque en fait ! Ok !

Jimidi 11/02/2013 08:55



 


Oui hein ? 


 


 



Tmor 10/02/2013 12:24


Wahou ! Elle n'y va pas avec le dos de la cuillier cette dame ! J'ose pas imaginer la taille de sa trousse !

Jimidi 10/02/2013 13:49



Tu vois les camions citerne, les gros ? Ben tu rajoute un zip et tu n'as rien du tout parce tout son matos rentre déjà à peine dans une maison. 


Alors une trousse... 


(Ceci dit, je pense qu'elle a assez de talent et d'expérience pour peindre également avec le dos d'une cuillière...) 


 


 



Paul Laurendeau 10/02/2013 12:18


Magnifique. Tripatif.

Jimidi 10/02/2013 13:46



 


Oui, voilà : ses polyptyques sont tripatifs. 


 


(Mais qu'est ce que je raconte, moi ?) 


 


 



fabienne 10/02/2013 11:21


J'avais entendu parler d'elle au moment de la sortie de son livre "Passagère du silence", mais j'ai loupé cet "Empreintes" (voilà ce que c'est que de ne pas regarder le programme télé !) ; ce
pinceau est en effet très impressionnant, et tant d'années pour patiemment apprivoiser un art millénaire, ça ne peut que rendre admiratif !

Jimidi 10/02/2013 11:55



 


Grace aux liens dans l'article, tu peux avoir accès à la session de rattrapage ! Merci qui ? 


 


 



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