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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 09:41

 

 

 

Par expérience, je vois qu’il me faut une large vacance de temps, un esprit qui commence à zoner dans des fronts nuageux et glauques, une liberté totale au fil des jours, pour entrer dans un écrit, vraiment.

Laure, dans « Je sans elle » sur « Une chose et son contraire ».

 

 

Tu me connais : les questions relatives à l’écriture m’intéressent. Toutes. Ça va des avantages comparés du Bic quatre couleurs sur le calame de bambou, jusqu’à la balance entre les critères endogènes ou exogène pour la critique d’un texte. Donc forcément, quand Laure s’autosouhaite un peu de calme - entre autres conditions propices - pour aller plus profond en elle, puis plus avant sur un texte, j’ai les oreilles qui se dressent.

 

On questionnerait les gens qui écrivent, pour leur demander qu’elles seraient leurs conditions idéales, l’item « Trois semaines, trois mois, trois ans devant moi sans rien ni personne pour faire chier » arriverait sans doute en bonne position, suivi de : « Bière à volonté sans gueule de bois ni mal de tête. » juste derrière, peut-être.

 

Mais ce que je connais aussi – désolé, on ne me la fait plus – c’est le génie que nous avons pour accumuler les préalables, les pré-requis, les conditions, les tout ce qu’il faudrait réunir avant de nous y mettre, d’y aller, d’écrire.

 

Tu dis ? Ce côté « lundi je m’y mets » n’est pas réservé à l’écriture ? Tout à fait. Ça marche également pour beaucoup de trucs qui font devoir, mais aussi envie. Tu penses bien que si l’écriture ne faisait QUE corvée, personne n’écrirait jamais. Elle fait également plaisir, mais c’est un plaisir qu’on remet volontiers, qu’on voudrait plein et entier, détaché de toute contingence, de toute urgence. Un plaisir qu’on imagine d’autant plus pur que la vaisselle serait faite, l’aspirateur passé et la façade repeinte. Un plaisir qui n’empièterait sur rien et que rien ne viendrait perturber. On peut toujours rêver, heureusement.

 

Mais perso, je suis engagé dans une quête tout à fait à rebours de cette idée là, dans une pratique délibérée d’écriture tout terrain, inconditionnelle. Je n’attends pas, ou plus, que le minimum syndical des « bonnes » conditions soient réunies pour écrire. Je profite des pires conditions pour voir s’il est possible d’écrire encore, d’avancer d’une façon ou d’une autre sur le texte en cours, d’envisager le prochain. Attention, l’idée, c’est pas non plus de se faire mal, ou violence, d’accumuler les obstacles pour voir si je peux toujours sauter la barre, franchir le pas, non. Tiens, par exemple, cet article, je l’ai bien commencé au bureau, mais après avoir rédigé le rapport Briba. Je peux composer avec mon surmoi, négocier, mais pas le faire taire. Je n’essaye d’ailleurs même pas, non, l’idée, c’est de me dire : « Ok, les conditions ne sont pas top, mais est-ce une raison pour ne pas écrire ? Et si j’essayais ? » Ça marche dans beaucoup plus de situations que j’aurais pu l'imaginer. Pas toutes. Je n’arrive, par exemple, pas du tout (jamais) à écrire quoi que ce soit en réunion, aussi chiante soit-elle, qui soit sans rapport avec elle. Dessiner oui, des trucs de bloc téléphonique, écrire non.

 

Mais sinon, le bruit, l’agitation autour, le cours laps de temps, le lieu, souvent, de plus en plus souvent, ne sont plus des obstacles. Pire : s'accorder une petite pause écriture perso entre deux prises de tête, ça aide à tenir. 

 

Bon, après, faut nuancer et préciser. Écrire, ce n’est pas toujours, ce n’est pas seulement écrire cette scène super délicate, centrale, cruciale dans ta dernière œuvre impérissable, ce dialogue tendu, aiguisé, entre le bon et le méchant dans ta dernière fiction, ce paysage délicat dont tu vas devoir choisir chaque mot soigneusement. Pour ça, oui, vaudra peut-être mieux réunir un max de conditions favorables.

 

 

Mais écrire, c’est parfois « seulement » penser, réfléchir, envisager. Même pas besoin de crayon. C’est aussi relire, chasser la répét, la formule lourde, les que les qui, les facilités, les trucs qui t’ont fait plaisir sur le moment mais bof. Bref, écrire, c’est aussi toute cette « maintenance » pour laquelle les trois mois de désert ne s’imposent pas forcément.

 

Du coup, pour mon roman, là, qui va très bien merci, j’écris sur « Google doc ». En ligne donc. L’époque est ainsi faite qu’on est jamais très loin d’un ordi et d’une connexion Internet. Très pratique. Même plus besoin de trimballer le manuscrit, sous quelque forme que ce soit. Pi comme ça, je peux trainer sur Facebook, aller lire les carnets des potes… En attendant de m’y mettre.

 

 

 

 

commentaires

Jean-Paul 11/01/2015 10:25


D'abord, rétablissons le courant, allumons l'ordi, basculons querty en azerty. Longtemps plus tard, à chaque relecture, marchons pieds nus sur des scories en s'inquiétant de ce qui s'usera en
premier.

Laure 02/01/2015 09:49


Tu es mûr pour un publication avant la retraite !


Et puis tu as de l'expérience, tu as déjà bouclé des fictions, tu as déjà été de A à Z. Est-ce que tu tiens tous les personnages principaux et tu connais à peu près là où tu veux mener ce monde
de SF ? Cela doit êtr assez enivrant. Tu es accompagné nuit et jour d'une nouvelle famille !


 


?

Jimidi 02/01/2015 13:30



Oui, voilà, on va se l'arracher et je pourrai prendre une retraite anticipée dès septembre. Et non, contrairement à ce que tu crois, je n'ai jamais écrit seul un roman de A à Z. Des nouvelles,
oui, un roman à deux, oui mais même pour IO, qui est le manuscrit le plus abouti qui ressemble à ce que tu dis, y'avait des tas de pages écrites par d'autres (mon frère, mon père, Coline, Jane,
un expert aéronotique etc.) Sinon, oui, je "tiens" les personnages principaux et je vois tout à fait où mener ce petit monde, du moins pour cet opus (l'idée, ce serait de pouvoir en faire une
trilogie. Mais là...) Sioui, non, je ne me sens pas "accompagné nuit et jour" contrairement aux autres fois, d'ailleurs. Il faut dire (je réfléchis en même temps que je commente) que ce récit,
plutôt d'action, plutôt pour ados, ne se prête pas tout à fait aux longues introspections, à cette fouille en profondeur des personnages, qui finit par nous les rendre vicéralement attachés,
puisqu'on puise leur vie intérieure dans la nôtre. En revanche, je retrouve ce phénomène bien connu : parfois, les personnages NE PEUVENT PAS dire ce qui me vient ou NE PEUVENT PAS réagir ou se
trouver dans la situation à laquelle j'avais pensé.



Lou de Libellus 02/01/2015 08:18


Je vous écrirai demain sans faute. Ne vous gênez pas, écrivez-moi comme à votre ordinaire.


(Rivarol)

Jimidi 02/01/2015 13:30



Hi hi ! Subtile et délicat !



Tmor 01/01/2015 10:44


Comme on écrit parfois à l'oral, et qu'on parle parfois dans sa tête, en effet, on n'écirt pas forcément quand on pense écrire et parfois on n'y arrive pas du tout quand on le décide. N'écris pas
qui ne veut pas.

Jimidi 01/01/2015 14:42



Heu... Oui, voilà. 



Laure 01/01/2015 10:13


C'est bien, continues !


Comme tu dis il y a écrire et écrire


Et j'ai perdu la gymnastique quotidienne, comme je le mentionne dans un commentaire sur mon blog. Arrgh


Surtout, surtout, ce que j'avais commencé ( et fini ?) ne me parle plus.


Donc , recommencer.

Jimidi 01/01/2015 14:40



Je viens de boucler la page 136. 



Elsa Saône 01/01/2015 10:09


C'est très intéressant ça !


(Oui bon j'avais mieux comme commentaire en tête, mais ça partait en monologue)

Jimidi 01/01/2015 14:41



Je n'ai rien contre les monologues. D'ailleurs moi-même... 



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