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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 20:31

  

 

« Remboursez ! » On ne peut plus lancer ce cri libérateur et si français puisque, désormais, presque tout ce qui est culturel est gratuit (et comme presque tout est culturel...). Il n'y a guère que les livres traditionnels, blocs de feuilles ceints d'une couverture. Avec eux, on peut. Libraires et éditeurs acceptent. En raison non du contenu, mais de la fabrication défectueuse. Une page imprimée à l'envers dans des livres de poche surtout. Une feuille qui glisse entre deux feuilles à l'impression, et c'est un cahier de seize pages qui saute ; soudain, le roman passe de la page 80 à la page 96. Cela se sait peu car les intéressés n'en sont pas fiers : les fabricants, cela va de soi, les correcteurs itou et même l'auteur ; car le plus souvent, le livre a vécu sa vie durant plusieurs mois, et nul parmi les critiques et les lecteurs n'a pointé cette tragique absence. C'est la honte pour tout le monde, à commencer par le romancier : on ne saurait mieux lui signifier que des dizaines de paragraphes de plus ou de moins ne changent rien à l'économie de son récit, quand il s'est persuadé que la moindre virgule est une question de vie ou de mort.

 

Jonathan Franzen vient d'en faire l'expérience. L'auteur américain, célébré et adulé comme jamais pour Freedom, a récemment confié sa déception lors d'une lecture à Londres ; il a révélé que l'édition anglaise dont il faisait la promotion n'avait pas été imprimée avec les fichiers définitifs de son roman, mais à partir d'autres qui correspondaient à un état provisoire du tapuscrit. Ce qui est fâcheux pour un ouvrage qui est consacré en couverture par Time Magazine comme « le » roman de la décennie et son auteur comme un « grand romancier américain ». Son éditeur anglais HarperCollins, une grosse boîte pourtant (mais ceci explique peut-être cela), en fut tout contrit. On assista alors à une scène inédite : un écrivain adjurant ses lecteurs de ne surtout pas lire son livre, d'attendre l'arrivée d'un nouveau tirage et d'échanger leur exemplaire. À l'heure où nous mettons sous presse, nous ignorons encore si l'édition originale américaine est également affectée ; Farrar, Strauss & Giroux n'est pas très disert sur le sujet, d'autant que cela ferait tache en pleine Foire de Francfort. Si tel était le cas, la critique américaine devrait revoir ses critères du chef-d'œuvre.

 

La tyrannie du vintage

 

Il faut croire que le sort s'acharne sur les best-sellers de langue anglaise, puisqu'au même moment on apprend que Ken Follett connaît une semblable aventure avec la publication de son nouveau roman, La Chute des géants, lancé mondialement en seize langues la semaine dernière. Les libraires de Catalogne viennent de recevoir l'ordre de ne surtout pas vendre leurs 30 000 exemplaires en langue catalane au motif qu'une douzaine de pages, représentant les deux derniers chapitres 41 et 42 (important, la fin, surtout au-delà de la millième page, ce qui est le cas), manquent à l'appel. Rosa dels vents, filiale de Random House Mondadori, a présenté ses excuses pour cette « erreur de production ». Narrée en catalan, l'histoire s'arrête en 1920, alors qu'en castillan elle va jusqu'en 1924 : ça fait désordre dans un pays où l'on peut comparer les deux. Dans une dizaine de jours, les lecteurs pourront échanger leur livre, ce qui tombe bien, Ken Follett étant attendu pour des débats sur son livre à Barcelone le 20 octobre. Il y a fort à parier que tous ses admirateurs ne rapporteront pas leur livre chez le libraire. Car il n'y a pas que les bibliophiles pour vivre sous la tyrannie du vintage étendu aux éditions originales particulièrement originales. Une erreur de fabrication peut faire le bonheur et parfois la fortune des plus avisés. Par exemple, ceux qui ont songé à conserver cette récente édition d'un fameux dictionnaire retiré en catastrophe de la vente après qu'un expert eut écrit pour signaler qu'à l'entrée « champignon », une espèce vénéneuse était présentée comme comestible...

 

Nous connaissons même personnellement un biographe qui reçut un jour une lettre fort aimable d'une lectrice lui signalant qu'une ligne manquait au bas de la page 326, probablement avalée à l'impression, et que cela rendait le passage difficilement compréhensible : «Auriez-vous l'obligeance de me l'envoyer ? » Il la lui promit, d'autant que nul avant elle n'avait remarqué cette absence, ce qui en dit long sur la qualité d'attention des lecteurs. Mais la machine ne la retrouvant pas, et lui-même s'avérant incapable de combler cette absence, il oublia. Deux ans passèrent et, lors d'une conférence 'à Strasbourg, alors qu'il racontait cet te anecdote au public qui s'en gobergeait, une dame se leva : « C'était moi, et j'attends toujours ma ligne. »

(P.S. : Si certains paragraphes de cette chronique ne sont pas à la bonne place, merci de nous le faire savoir, mais discrètement)

 

Pierre Assouline pour Le Monde Des Livres daté du 8 octobre 2010

 

 

Les « accidents industriels » dont parle Pierre Assouline doivent être assez fréquents, ou alors j’ai la poisse, mais deux tiers de mes livres en ont été victime. Oui, bon, disons deux de mes livres sur les trois que j’ai écrit, ou publié. On pourrait également dire tous sauf « Zones d’ombres » paru chez Gallimard, ce qui plaide en faveur des grandes maison par rapport aux petites. Pour mon recueil de nouvelles « Routes enlacées », trois fois rien, juste que la correctrice s’est manifestement endormi sur le manuscrit, rêvant peut-être qu’elle avait fini, réexpédiant le tout chez l’éditrice, qui en bonne foi l’a sorti. Ça m’a valu une sorte de concours familial à qui trouverait le plus de fautes par page. Le record est à douze. Plus marrant, quand les exemplaires de « Photomaton » sont sortis de chez l’imprimeur, dans le lot, il y en avait deux et deux seulement qui étaient reliés « à l’envers », façon manga, c’est à dire que le livre s’ouvre sur la dernière page et se ferme sur la première. Marrant. Pas très facile à lire, mais marrant. Dieu merci, Scribulations a été relativement éparghée et Wan&Ted aussi.

 

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