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12 avril 2015 7 12 /04 /avril /2015 10:05
Vous êtes virés

(Mise à jour du 17/04/15 : le camp dont il est question dans cet article a été démoli et ses habitants chassés (Journal "Le Progrès" du 17 avril) "On" a dû attendre que l'hiver passe. "On" doit se dire qu'au printemps, on peut vivre sans rien au dessus de la tête.)

L’image : quand on va aux hôpitaux de Lyon et j’ai eu quelques raisons de m’y rendre ces derniers temps, on passe par le périf. Entre la bretelle de sortie et l’enceinte de l’hôpital « Le Vinatier » est installé un camp de roms. Vois ça comme un camping de bric et de broc, le bloc sanitaires en moins. L’image est très surprenante, par sa réalité même - des gens vivent ici, dans des conditions à l’évidence très éloignées de ce qu’on entend habituellement par « habiter en ville » - et par l’endroit : on est quasi sous le nez des milliers de citadins qui passent en voiture, quasi sous leurs roues.

Du coup, j’ai fureté ça et là sur la toile, ayant en tête les questions habituelles : qui, pourquoi, combien, comment se fait-il, quand est-ce qu’on mange ?

C’est vertigineux. Pas le « problème » rom - il y en aurait 1500 dans l’agglomération lyonnaise et dans le camp en question, une cinquantaine - pas de quoi fouetter un chat - non, ce qui est vertigineux, c’est le rejet qu’ils provoquent. J’écris « rejet », mais on trouvera sans chercher très loin également de la haine, de la violence et toute la gamme des sentiments négatifs dont nous sommes tous richement dotés, égoïsme, aveuglement, mauvaise foi, bêtise crasse, racisme… Tout. Dans ce registre là, ‘y a tout. C’est ce qui manque, qui me pose question. Ce qui manque trace si précisément les contour d’une réponse, qu’on peut l’écrire : ce qui est dit et fait au sujet des roms parle beaucoup plus de nous que d’eux.

Eux, on ne sait pas. Si j’avais trouvé quelque chose qui ressemble un peu à leur réponse aux questions d’usage comme « Bonjour. Vous venez d’où ? Qu’est ce qui vous a amené ici ? Qu’est ce que vous faites dans la vie ? Comment vous cuisinez les légumes ? » je me serais fait une joie de t’en faire part, mais non.

Mais on trouve assez facilement ça :

La solution globale ne pourra être qu’européenne, nous saisirons à cette fin les députés.

D’ici là les services de l’Etat doivent prendre leurs responsabilités pour assurer la sécurité sanitaire de riverains, les conditions nécessaires au maintien de l’activité de l’hôtel IBIS comme des Hôpitaux-Est .

Nous ne pouvons continuer à fermer les yeux en passant quotidiennement devant ce camp car, sinon, nous serions responsables si quelque chose de grave se produisait et si la l’activité (sic)économique aux alentours devait continuer à en souffrir.

À dessein, je n’indique pas ici explicitement la source de cet écrit, que tu trouveras au bout du lien, parce qu’en fait, cette prose pourrait venir aussi bien de gauche que de droite, de France ou de Navarre, de 2015 ou de bien avant. Alors que j’étais en Hongrie en voyage d’étude dans les années 90, on visitait des institutions ayant à voir avec les jeunes, la délinquance, la prise en charge éducative et j’entends encore l’un de nos interlocuteurs nous dire : « Ici, notre principal problème, c’est les tziganes. » Un détour par l’article « Roms » de Wikipédia enfonce de façon agréablement neutre ce clou : qu’ils soient tziganes, gitans, romanichels, sur place ou à emporter, gens du voyage ou pas, on confère de longue date aux roms ce statut de nuisibles que n’ont plus nos espèces protégées. Ce qui interroge sur pourquoi elles l’étaient - nuisibles - et sur pourquoi nous avons besoin d’en avoir.

Mais pour revenir vite fait sur le paragraphe cité, sans forcer le trait de ce qui est déjà une caricature de ce que beaucoup font quand ils prétendent faire de la politique, je relève que « solution globale » fait désagréablement écho à « solution finale », surtout s’agissant d’une minorité déjà largement génocidée par les nazis.

Je relève également - phrase d’après - que « la sécurité sanitaire » dont cet élu se préoccupe, est celle des riverains, pas celle des habitants du camp, dont il sait - il le dit ailleurs - qu’ils ont difficilement accès à l’eau potable.

Je suis assez d’accord avec lui pour ne plus fermer les yeux à cet endroit là, d’autant qu’en voiture, sur le périf, les yeux fermés… Mais je ne crois pas qu’en les gardant ouverts, lui et moi voyons la même chose.

Quand je vois ce bidonville, je me demande si l’alternative crédible et désirable est bien d’en prendre pour vingt ans de remboursement d’emprunt immobilier ?

Quand je vois ces gens installé là parce qu’ils ont été chassé d’un peu plus loin et encore et toujours chassés, je me demande ce que veut dire « les renvoyer chez eux » ? Où renvoie-t-on chez lui un nomade ? Ça veut dire quoi « chez lui » pour un rom ? Ne s’agit-il pas surtout, avant tout et seulement de les renvoyer de chez nous ?

Bref, ce que je vois du périf, ce sont surtout les très étroites limites de notre modèle économique, culturel et social, avec barbelés et miradors. Mais nous sommes dedans et eux dehors. Qui est le plus libre ?

Published by Jimidi
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commentaires

Lou de Libellus 17/07/2015 09:41

Magnifique Cocteau ! Je devrais ajouter la citation à mon article sur l'incendie du Bazar de la Charité.
http://www.libellus-libellus.fr/2015/05/gaelle-nohant-la-part-des-flammes-dans-ce-monde-il-n-est-pas-de-bonheur-possible.html

jerome mathias 16/07/2015 21:55

Pff quelles prose bien compatissante.
J'émets le souhait qu'un camp de Roms s'installent au bout de votre jardin, et nous en reparlerons.

Jimidi 21/07/2015 22:15

(Ah ! C'est là qu'il fallait appuyer ? ) Je disais donc : Cher Jérôme, je vous souhaite d'avoir un jardin.

Lou de Libellus 12/04/2015 13:15

C'est monstrueux, comme tu le décris.
Les "Manouches" (il y a Rom et Rom) ne sont pas des anges. Tu fais quoi quand tu es venu vers le paradis des richesses terrestres et que tu crèves de faim ?
Tu chapardes trois salades ? J'ai connu un cas dans une commune limitrophe de la petite ville d'à côté. On n'était même pas sûr que les trois salades n'avaient pas été bouffées par des lapins ou des taupins. Les Gitans campaient (sauvagement) sur la place de la Mairie, et du marché. Le maire, un homme de coeur et de dialogue, n'avait pas songé à leur donner accès à l'électricité et à l'eau potable prévues pour les commerçants - un de mes amis s'en est occupé.
Tu fais une petite arnaque en te faisant passer pour employé élagueur de la société d'électricité régionale ? J'ai connu, j'ai refusé l'offre de "service", elle était inutile mais on peut toujours essayer.
"Ce sont des chenapans" - mot de Philippe de Broca qui les a bien connus lors du tournage du film 'Le Magnifique'. Il ajoutait, dans son commentaire : mais j'aime leur liberté.
Voleurs de pommes, chenapans... Même l'anthropologue le plus ténu reconnaîtra que ce sont des gens comme nous. Quand nous passons nos vacances en caravane. Quand nous vivons dans une caravane (je suis en train de revoir la série ancienne 'Le Temps des copains'.
Dans un incendie, comme Giacometti, entre un chat et un Rembrandt je sauverai le chat. Entre un chat et un vilain manouche, je m'arrangerai pour faire fuir le chat, d'un crachat ou d'un coup de pied, et j'aiderai le vil.
Entre un Valls et un Rom, je ne ferai qu'une chose.

Jimidi 21/07/2015 22:14

Cher Jérôme, je vous souhaite d'avoir un jardin.

Jimidi 12/04/2015 13:28

J'abonde. Rien à voir, mais ça me fait penser à ce mot d'esprit qu'on prête à Cocteau : "Qu'emporteriez-vous si votre maison brûlait ?
-- Le feu. "

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